Ils sont sortis jeudi à Béjaïa : Les avocats fidèles au mouvement populaire

Kamel Medjedoub, El Watan, 19 octobre 2019

Les avocats de Béjaïa sont fidèles au mouvement populaire et à son combat qui dure depuis huit longs mois. Ils sont une nouvelle fois descendus dans la rue, jeudi à Béjaïa, pour manifester et rappeler aux tenants du pouvoir leur déroute et les détestables conséquences de leur entêtement à organiser une élection présidentielle.

Des centaines de robes noires se sont rassemblées, comme depuis la première marche au début du mouvement, sur le perron de la cour de justice pour ce qui est devenu le traditionnel discours du bâtonnier, avant d’investir la rue. «Je le dis de cette tribune, les pressions n’auront pas raison des avocats de Béjaïa, rien n’influencera notre position», a lancé Me Khatri. «S’il y a des pressions sur le hirak, nous sommes là pour faire face, et s’ils veulent revenir aux anciennes pratiques d’assassinats politiques, nous sommes aussi là pour faire face», s’est-il écrié sur un ton qui trahit un état d’exaspération. «La politique de la terreur et de menaces ne fonctionne pas avec nous, samidoune, samidoune, samidoune ! (résistants)», a-t-il précisé face à ses nombreux confrères qui ne sont pas moins engagés et qui se montrent prêts à rejoindre, le 24 octobre, la marche nationale à laquelle a appelé l’Ordre national des barreaux à Alger.

Ces actions de protestation signent la remobilisation de la corporation des avocats à laquelle ceux de Béjaïa apportent un soutien précieux et réconfortant. Le bâtonnier Khatri n’a rien changé à son discours qui reflète les positions tranchées du barreau de Béjaïa, lequel s’est impliqué dans la défense des détenus du mouvement en désignant des avocats pour les représenter même en dehors de la wilaya. Leurs dernières marches ont été décidées en premier lieu pour exiger leur libération.

Les avocats voient d’un mauvais œil le nouveau régime fiscal auquel ils seront soumis. Plus qu’une forme de pression, «c’est un chantage pour nous faire taire», considère le bâtonnier, qui a saisi l’occasion de la sortie de jeudi pour dénoncer le projet de loi sur les hydrocarbures, élaboré «contre la volonté populaire». Dans le discours du premier représentant des avocats de Béjaïa, pionniers du mouvement des révoltes des robes noires, il est loisible de constater que le ton est monté d’un cran, conséquence de l’augmentation des pratiques répressives des tenants du pouvoir.

Le même ton est perceptible dans les slogans scandés qui n’ont pas ménagé le chef d’état-major de l’ANP. La coïncidence de la marche avec le 58e anniversaire des manifestations des centaines d’Algériens pacifiques le 17 Octobre 1961, réprimées dans le sang par la police française, inspire des rappels. C’est l’occasion pour Me Khatri de rappeler que «la répression n’a jamais été une solution».

La marche des robes noires a pris le même itinéraire, passant devant le siège de la wilaya, où l’on a chanté l’hymne national. Comme le joyeux et révolté peuple du vendredi, les avocats ont manifesté en chantant et en tapant des mains. Ils n’ont rien changé de leurs slogans qui rejettent des «élections imposées au peuple» et dont ils sont convaincus des visées de «régénération du système».

Le maintien dans les prisons des détenus du mouvement populaire est pour eux incompatible avec le principe même d’organisation d’un rendez-vous électoral. La revendication de leur libération va de paire avec l’exigence d’un «Etat civil et non militaire» qu’ils continuent de réclamer.