Il cherche 50 000 universitaires pour l’encadrement du scrutin : Le CNES au secours de l’Autorité indépendante des élections

Nabila Amir, El Watan, 17 octobre 2019

Il est vice-président de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) et président du Conseil national des enseignants du supérieur (CNES). Abdelhafid Milat tente de «séduire» la communauté universitaire : enseignants et étudiants pour les amener à encadrer le scrutin du 12 décembre prochain, rejeté par le mouvement populaire.

On ne se bouscule pas au portillon de cette autorité. M. Milat qui, selon ses pairs, est très contesté dans le milieu universitaire, y compris par les enseignants de sa faculté à Constantine, veut recruter 50 000 étudiants et universitaires pour palier au manque de cadres dont souffre l’autorité. En effet, l’ANIE, dans la mise en place de ses démembrements, peine à convaincre des personnes intègres à s’impliquer dans l’encadrement et à contribuer à la transparence de cette élection.

L’université est, certes, le poumon de l’activité politique de tout pays et les étudiants algériens n’ont pas manqué à leur devoir. Ils manifestent chaque mardi, depuis le 22 février, contre le pouvoir et pour dire «non» à une élection dans les conditions actuelles. «L’ANIE a besoin de 50 000 professeurs d’université pour accompagner et encadrer le processus électoral. Les étudiants sont aussi concernés par cet appel. Avec l’adhésion des universitaires, l’autorité aura atteint l’un de ses objectifs qui est, entre autres, d’inciter les Algériens à aller voter en leur garantissant la transparence du scrutin», explique Milat, qui pense que cette opportunité permettra à l’élite de reconquérir sa place sur l’échiquier politique et de redonner à l’élection présidentielle une crédibilité qu’elle a perdue depuis l’avènement de Bouteflika. A cette offre, des universitaires opposent un niet. Azzi, un ancien cadre du CNES, fustige Milat, qu’il accuse d’être une «imposture» qui, à travers cette opération, «cherche à tromper ni plus ni moins les Algériens : les coordinateurs installés dans les wilayas de Jijel, Bouira, Mostaganem, Relizane… n’ont aucun ancrage au sein de l’université. Ils ne représentent qu’eux-mêmes. Milat a fait appel à ceux qui ont grimpé les échelons grâce à la triche et avec sa bénédiction. Avec le recyclage de ces personnes, même les enseignants pacifiques qui ne s’impliquent pas dans la politique ne marcheront pas dans leur combine», réprouve Azzi.

Comme beaucoup d’universitaires, Azzi ne croit pas en l’indépendance de l’ANIE qui rencontre, à un peu plus d’un mois de ce rendez-vous électoral, des difficultés à installer ses délégués au niveau de certaines wilayas. Les universitaires mobilisés depuis le 22 février ne comprennent pas comment les responsables de cette autorité osent parler de l’engagement de 50 000 enseignants !