Elle fustige le pouvoir et le chef d’état-major de l’armée: La députée Salima Ghezali démissionne de l’APN

N. A., El Watan, 24 septembre 2019

Exclue du Front des forces socialistes (FFS) pour avoir signé une tribune intitulée «Réponse au général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah», où elle reprochait, notamment, au chef d’état-major de l’armée de «défendre un système autoritaire et corrompu», Salima Ghezali, députée, tête de liste du FFS à Alger, a décidé cette fois-ci de quitter l’Assemblée populaire nationale (APN).

Pour elle, sa démission se justifie par l’absence de la politique. «Quand le politique ne peut rien changer, c’est qu’il n’y a pas de politique.» Dans sa lettre de démission, Salima Ghezali n’a pas ménagé le premier responsable de l’institution militaire. «Après un premier geste d’accompagnement du peuple par la démission forcée du Président et un engagement à bannir la violence, le commandement de l’ANP s’est vite révélé atteint des mêmes limites que la classe politique : absence de vision stratégique alternative pour le pays réel.

Doublée d’une gestion aléatoire des mêmes pulsions suicidaires qui ont conduit à l’effondrement des Etats dans notre environnement le plus proche», accuse-t-elle. Pourquoi ne pas avoir démissionné quand le peuple est sorti massivement, pour s’opposer à un 5e mandat et réclamer le départ d’un système corrompu autoritaire ?

Pourquoi avoir attendu aujourd’hui ? Elle s’est laissée, selon elle, convaincre qu’à une demande collective aussi forte, il fallait une réponse institutionnelle qui offrirait une alternative ordonnée et puissante, d’où «sept mois après le début du hirak, aucune offre politique institutionnelle n’est à la mesure des défis à relever : la sagesse se résume à l’inertie et l’audace reconduit les mêmes alignements inconditionnels.

Tout l’édifice institutionnel avec son gouvernement, sa représentation politique et son système partisan, son administration et ses médias se sont révélés réfractaires au changement», dénonce-t-elle.

Pour elle, la situation actuelle du pays, partagé entre partisans et adversaires du scrutin présidentiel, ne fait que jeter dans les tribunaux et dans la rue un conflit généré par et autour du pouvoir, que ce dernier refuse de régler au sein de ses arcanes, préférant, comme à son habitude, en faire supporter le poids et les retombées désastreuses sur l’Etat et le peuple, tout en gardant le monopole de la décision.

«Ceci est une forfaiture qui s’ajoute aux précédentes. D’autant plus impardonnable que le peuple est sorti, uni, pacifique et organisé en tirant les leçons politiques du passé. Tout au contraire du régime dont la culture arrogante et irresponsable continue d’inspirer les conduites du pouvoir.»