Le FCE plante le décor : «Une conjoncture économique de plus en plus vulnérable»

Zhor Hadjam, El Watan, 12 septembre 2019

Le Forum des chefs d’entreprise (FCE) a lancé un cycle mensuel de rencontres-débats consacrées, pour sa première édition organisée hier au siège du Forum, à la situation économique actuelle et les possibles scénarios de sortie de crise.

Les experts qui se sont relayés au micro pour exposer leur vision de la conjoncture actuelle, exacerbée par le blocage politique, ont déroulé un diagnostic peu complaisant de la situation, en mettant notamment en avant la vulnérabilité de l’économie algérienne et les sombres perspectives qui se profilent, au vu du peu de marge de manœuvre dont dispose le gouvernement pour redresser la barre.

Si pour le constat, les experts ont trouvé matière à expliciter la dangerosité de la crise qui était, ont-ils souligné, installée avant l’avènement du hirak populaire, la question des solutions à entreprendre a été plus ardue à débattre, tant des remèdes immédiats et efficaces sont difficiles à prescrire tant le mal est profond et tire ses racines d’un système rentier qui perdure depuis l’indépendance.

Pour une vision à plus long terme, les experts ont été unanimes à dire que la dépendance aux hydrocarbures, le peu de diversification économique, le cloisonnement du système bancaire, l’inexistence d’un marché financier, le recours à de fausses solutions telles que la planche à billets, mais aussi l’adossement de beaucoup d’entreprises privées à la commande publique, sont les sujets qu’il faut défricher pour tenter d’annuler les obstacles qui freinent une relance économique efficiente.

Pour le professeur Mohamed Cherif Belmihoub, la transformation de l’économie nationale nécessite une vision à long terme, adossée à des réformes audacieuses, une gestion plus judicieuse des subventions pour cibler les plus démunis et une économie régulée par le marché au lieu du système de gestion administré.

Farid Bourennani, expert en ingénierie financière et stratégie de croissance des entreprises, estime pour sa part que la convertibilité du dinar est la solution, ce qui permettra, selon lui, de libérer l’entreprise et d’accroître sa marge de manœuvre, tout en mettant fin au phénomène de la surfacturation qui gangrène l’économie nationale. L’expert préconise par ailleurs la création d’un fonds de garantie pour aider les entreprises en difficulté.

Des centaines d’entreprises seraient, selon le président du FCE, Samy Agli, dans une mauvaise passe du fait d’un assèchement de la trésorerie, du manque de commande publique, du gel de lignes de crédit, etc. Des milliers de travailleurs auraient, selon le FCE, d’ores et déjà perdu leur emploi. Dans ce contexte, M. Bourennani «milite pour la convertibilité du dinar». L’expert le revendique tout en décriant «l’inefficience des différentes aides publiques» qui doivent, selon lui, «être limitées et réservées à des cas précis, tel par exemple, les zones isolées». M. Bourennani insiste aussi sur «la nécessaire révision de la politique de subventions», estimant qu’ «il faut subventionner les ménages qui en ont besoin, au titre de la justice sociale, plutôt que les produits dont les prix doivent rester libres».

Intervenant à son tour, Lhachemi Siagh, docteur en mamagment stratégique, a estimé que «la conjoncture internationale est extrêmement mauvaise, au vu notamment des guerres commerciales menées par le président américain, Donald Trump, qui veut garder la main sur l’économie mondiale». Une situation mondiale «qui risque d’impacter encore plus l’économie algérienne» et handicaper, selon l’expert, le gouvernement dans sa recherche de solution, tant le risque pays est prépondérant dans la perspective, par exemple, d’une solution d’endettement extérieur. Un endettement que l’expert préconise comme un mal nécessaire, ainsi que la convertibilité du dinar en tant que piste à explorer pour remettre la machine économique en marche. Pour M. Siagh, «le rating», soit le recours à une évaluation dans le cadre de la notation financière «est certes douloureux, mais constitue une condition nécessaire pour l’amélioration de l’économie». L’expert avertit que si le recours à la planche à billets se poursuit, la situation va être encore plus tendue. Et d’ajouter : «Si on veut sortir du guêpier, il faut changer de paradigme en permettant au secteur privé de prendre le relais.» M. Siagh souligne qu’il est urgent de générer de la richesse, de valoriser la vertu du travail, de subventionner les catégories vulnérables tout en taxant les plus riches.