Auditionnés par le juge d’instruction : Les détenus renvoyés à la prison d’El Harrach

Iddir Nadir, El Watan, 07 septembre 2019

Quatre manifestants, incarcérés à la maison d’arrêt d’El Harrach pour «port du drapeau amazigh», ont comparu, jeudi, devant le juge d’instruction de la 2e chambre du tribunal de Sidi M’hamed (Alger). Les quatre détenus (Samira Messouci, Kichou El Hadi, Aouissi Mustapha et Amokrane Challal) entendus dans le fond par le juge Zerrouki, ont finalement été renvoyés à la prison d’El Harrach.

Les membres du collectif de défense, qui espéraient un non-lieu pour leurs clients, ont jugé utile de ne pas déposer une demande de libération vu que les accusations sont sans fondement juridique. «Les détenus ont été auditionnés dans le fond par le juge d’instruction.

J’avais une lettre pour demander la libération des détenus, mais le collectif a jugé utile de ne pas la déposer, vu que le dossier est vide», note Me Alili Yamina, membre du collectif de défense. Pour l’avocate, la procédure suivie par le tribunal s’apparente à celle d’une affaire criminelle dont l’instruction est plus poussée. «Les questions posées par le juge aux détenus ont porté sur le port du drapeau, ce que les concernés n’ont pas nié, mais aussi sur l’atteinte à l’unité nationale.

Là, c’était inacceptable. Challal Amokrane dit assumer tout, sauf cette accusation. Pour lui, c’est d’autant plus inadmissible que sa famille compte six martyrs, aussi bien du côté paternel que maternel», s’offusque Me Alili.

Me Hamaili Boubakeur dénonce des anomalies dans l’instruction et exige l’application stricte de la loi : «Auparavant, les juges attendaient des injonctions de l’Exécutif, maintenant de l’armée, ce qui est très grave.

Il n’y a rien de normal dans toute l’affaire. Il y a des anomalies, de l’arbitraire et des abus. Pourquoi pour le même fait il y a plusieurs décisions, alors que la loi exige une synchronisation des décisions ? Pour le même fait, port du drapeau, il y a des acquittements, un sursis ou une libération. La règle juridique a des caractéristiques claires : elle est générale, abstraite et impérative.

Comment tolérer le port du drapeau sur une partie du territoire et l’interdire ailleurs ? L’article 79 sur l’atteinte à l’unité nationale sur lequel s’est basée l’accusation n’est pas clair, et donc ne peut pas être interprété, comme l’ont fait les juges.» La semaine prochaine, le juge rendra une ordonnance de non-lieu ou renverra l’affaire en correctionnelle. «Dans le premier cas, nous aurons l’opportunité de dénoncer l’absence d’éléments de l’infraction et, donc, d’absence d’équité de l’affaire. Le juge devrait prononcer le non-lieu s’il se réfère à la loi», estime Me Hamaili.

Plusieurs personnes se sont rassemblées, dès la matinée, jeudi, devant le tribunal de Sidi M’hamed pour exiger la libération de tous les détenus. Le Comité national pour la libération des détenus d’opinion (CNLD) a dénoncé, dans un post sur sa page Facebook, des mesures «arbitraires et sans fondement», rappelant qu’il continuera d’exiger la libération de tous les détenus d’opinion, une quarantaine à Alger, et maintiendra sa mobilisation et sa détermination.