Les algériens ne veulent pas d’une élection avec les «symboles de la bande» : Rejet de la feuille de route du pouvoir

Abdelghani Aichoun, El Watan, 07 septembre 2019

La réponse des Algériens, hier, au calendrier électoral «proposé» par le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, a été nette et sans appel : «Pas d’élection avec la bande !» C’est ce qu’ils ont unanimement scandé lors du 29e vendredi de protestation.

Des manifestants ont même brandi des pancartes sur lesquelles étaient inscrits : «15, 16, 17 septembre, désobéissance civile !» Le 15 septembre étant la date «suggérée» par le vice-ministre de la Défense nationale, dans ses discours de lundi et mercredi derniers, pour la convocation du corps électoral.

Allant encore plus loin dans leur rejet de la feuille de route du pouvoir en place, les manifestants ont crié plus d’une fois : «Barakat, barakat min khitab ethakanat !» (Y en a marre du discours des casernes).

Dans un discours prononcé lundi dernier, à l’occasion d’une visite effectuée à la 4e Région militaire, le chef d’état-major de l’ANP avait indiqué qu’«il est opportun de convoquer le corps électoral le 15 septembre courant et que les élections puissent se tenir dans les délais fixés par la loi». «Des délais raisonnables et acceptables qui répondent à une revendication populaire insistante», avait-il ajouté.

Deux jours plus tard, dans un troisième discours prononcé durant la même visite, il insiste sur ce calendrier en réitérant son appel à la tenue de l’élection «dans les délais» qu’il a «évoqués» lors de sa précédente intervention. Une feuille de route rejetée par les manifestants qui ne veulent pas d’élection sous la conduite des «symboles» de l’ancien régime – en l’occurrence le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, et le Premier ministre, Nourredine Bedoui – et avec les mécanismes et règlements actuels.

D’où l’insistance des Algériens sur le slogan «Makanch intikhabat maâ’l issabat !» (Pas d’élections avec la bande). Beaucoup de marcheurs ont également repris le slogan apparu ces dernières semaines, à travers lequel ils affirment qu’ils ne s’arrêteront pas de sortir les vendredis,«tant que Bensalah et Bedoui sont toujours là».

Les manifestants ont, une nouvelle fois, exprimé leur rejet du panel de dialogue et de médiation que dirige Karim Younès. Des slogans entendus pas seulement dans la capitale, mais dans toutes les régions du pays.

Comment le pouvoir en place compte-t-il organiser une élection dans un contexte de rejet généralisé ? Un rejet exprimé aussi à l’encontre des ministres du gouvernement Bedoui, comme ce fut le cas cette semaine à l’occasion de la rentrée sociale, qui n’arrivent plus à effectuer de visites sur le terrain «dans le calme». Qu’en sera-t-il avec le début de la campagne électorale, par exemple ? Y aura-t-il des candidats «crédibles», sachant que même la majorité des partis politiques de l’opposition sont sceptiques vis-à-vis de cette feuille de route ?

En tout cas, les Algériens, qui sont, ces dernières semaines, notamment hier, de plus en plus nombreux à participer à ces marches, ont, encore une fois, exprimé leur rejet d’une élection présidentielle organisée «dans les plus brefs délais» et dans les conditions actuelles. Une position qui sera certainement encore plus marquée lorsque le corps électoral sera convoqué – si jamais il l’est – dans les tout prochains jours.