Arrestation de plusieurs militants à Béjaïa : le président du RAJ témoigne

Yacine Babouche, TSA, 05 Septembre 2019

Les militants du Rassemblement action jeunesse (RAJ) arrêtés ce jeudi matin à Béjaïa par les autorités ont été libérés en début d’après-midi après plusieurs heures passées au commissariat. Le président du RAJ, Abdelouahab Fersaoui, faisait partie des personnes interpellées par la police.

Il livre à TSA son témoignage sur les événements ayant marqué cette journée mouvementée, dénonçant notamment l’atteinte aux libertés publiques sept mois après le début de la contestation populaire.

« Après le refus par les autorités d’accorder une autorisation pour la tenue de l’université du RAJ la semaine dernière à Tichy, nous avons décidé que notre université d’été serait maintenue et transformée en université populaire dans un lieu public sans qu’il n’y ait autorisation », relate M. Fersaoui.

« Nous avons fait le choix de l’organiser ce jeudi à la place Patrice Lumumba à Béjaïa, qui est isolée mais en même temps accueille des activités en semaine. Nous avons aménagé l’espace avec des chaises, la table des intervenants, la sonorisation, une bâche pour faire de l’ombre sous le soleil… Mais la police est vite venue. Les policiers nous ont exigé une autorisation puis nous ont demandé d’évacuer les lieux. Après discussion, nous avons fait la concession d’enlever les chaises, la bâche et autres et avons décidé de commencer les travaux de l’université », indique le président du RAJ.

Cependant, « dès le début des travaux, un renfort de la police est arrivé et nous avons été interpellés. Environ une vingtaine de citoyens ont été arrêtés. Nous avons été dispatchés dans différents commissariats où ils nous ont fait signer un PV avant de nous libérer aux alentours de 14h30 », raconte Abdelouahab Fersaoui, ajoutant qu’en parallèle « il y a eu une initiative de citoyens qui ont fait un rassemblement aux côtés de militants du RAJ à Béjaïa. Ils ont fait une marche jusqu’au commissariat centrale et sont revenus à la place Saïd Mekbel ».

Le président du RAJ n’a d’ailleurs pas hésité à dénoncer les agissements des autorités ce jeudi. « C’est une grave atteinte aux libertés d’association, de rassemblement et d’expression. C’est une grave atteinte aux libertés publiques. Je trouve que c’est aberrant, inacceptable et inadmissible qu’au moment où l’Algérie vit une période révolutionnaire, les pouvoirs publics demandent l’autorisation pour permettre aux Algériens de se réunir et discuter dans un espace public », dénonce M. Fersaoui.

« Au moment où le pouvoir appelle au soi-disant dialogue, il empêche les Algériens de dialoguer entre eux. Au moment où le pouvoir veut faire passer des élections, il empêche les Algériens de se rencontrer, de s’organiser et de s’exprimer. Sept mois après le début du mouvement, l’un des acquis phares du 22-Février vient d’être remis en cause un peu partout au niveau national, notamment ici à Béjaïa qui est un espace libéré depuis longtemps », déplore le président du RAJ.

« L’interdiction de cette université populaire est un indice qui montre que le pouvoir veut empêcher le débat dans la société alors qu’aujourd’hui, si on veut parler de débat et de dialogue, le meilleur dialogue se fait dans la société », estime Abdelouahab Fersaoui.

« Au sein du RAJ, ces interdictions ne vont pas nous affaiblir et ne vont pas réduire notre engagement. Au contraire, ça va nous renforcer de plus en plus. Nous allons continuer notre mobilisation car nous sommes conscients que le pouvoir qui a 60 ans d’existence et qui a gouverné l’Algérie de manière autoritaire ne peut pas partir dans un mois, dans six mois ou dans une année », indique le président du RAJ.

« Nous devons être armés de courage, de détermination mais surtout de patience et de vigilance », conclut M. Fersaoui.