Gaïd Salah insiste sur la présidentielle : «La situation ne peut tolérer plus de retard»

R. N., El Watan, 05 septembre 2019

Poursuivant sa tournée dans le sud du pays, le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, s’est exprimé une nouvelle fois sur la «nécessité» d’aller vers une élection présidentielle.  Après avoir «suggéré», il y a trois jours, la convocation du corps électoral pour le 15 septembre, il revient à la charge et estime que la situation politique qui prévaut dans le pays «ne peut tolérer plus de retard».

«Concernant l’élection présidentielle, j’aimerais insister encore une fois que la situation ne peut tolérer plus de retard, elle exige au contraire la tenue de cette élection décisive pour le présent et le futur du pays, dans les délais que j’ai évoqués lors de ma précédente intervention», a réitéré Ahmed Gaïd Salah, hier, lors de son passage à Biskra. Pour le chef d’état-major qui se trouve en première ligne depuis la déposition de Abdelaziz Bouteflika, les délais qu’il a fixés sont «raisonnables et acceptables» et  «reflètent une revendication populaire insistante, à même d’instaurer l’Etat d’équité et de droit». Si le patron de l’armée s’accroche mordicus à la présidentielle pour sortir de l’impasse politique, la classe politique émet des doutes quant à l’efficacité de cette option dans les conditions actuelles. Les Algériens, qui poursuivent leur révolution démocratique depuis le 22 février, n’expriment pas non plus un empressement électoral. Ils revendiquent fortement un changement de système qui passerait par une période de transition. Mais au-delà des divergences sur la marche à suivre, il y a lieu de souligner le fait que ni la présidence de la République ni le gouvernement Bedoui ne donnent l’impression de vouloir réunir les conditions nécessaires pour la tenue du scrutin.

Ces deux institutions sont comme hors champ. Le choix de l’élection présidentielle appelle des exigences qui, pour l’heure, ne sont pas réunies, d’autant que le climat politique est extrêmement tendu. Dans une tribune publiée par El Watan dans son édition d’hier, l’ancien chef de gouvernement Mouloud Hamrouche rappelle le sens que doit prendre la présidentielle et sa portée historique : «Demander aujourd’hui l’organisation au plus vite de l’élection apparaît comme une logique froide de raison. Mais il reste à savoir et à fixer les conditions, les garanties et l’organisation des vérifications, des contrôles et des voies de recours pour une élection qu’on veut exemplaire et originelle. Toutes ces questions graves et plus décisives les unes que les autres échoient-elles à un processus de dialogue mené par ceux-là mêmes dont le hirak exige le départ ?» L’ancien chef de file des réformateurs en rajoute une couche, lorsqu’il assure  qu’«il n’y a pas que la question des conditions d’organisation des élections et ses conséquences.

Il y a aussi l’exigence de la séparation de l’Etat, sa pérennité et sa stabilité, de la vie d’un Exécutif. Les conditions de la légitimation du gouvernement, de son fonctionnement, de son évaluation et de son remplacement demeurent-elles tributaires des réseaux qui contrôlent aujourd’hui des administrations gouvernementales et locales et qui possèdent des relais clientélistes ? Ils manœuvreront pour bloquer la volonté des Algériens ou, à défaut, la dévier». Autrement dit, l’élection présidentielle servira-t-elle à changer le système de gouvernance ou à sa régénérescence ?