Libération de la militante Sabrina Malek : un espoir pour les détenus du hirak ?

Makhlouf Mehenni, TSA, 02 Septembre 2019

Inexplicablement, la procédure de présentation de la militante Sabrina Malek devant la justice n’a pas eu lieu. Interpellée lors du vingt-huitième vendredi à Alger en possession du drapeau amazigh, la militante de RAJ était convoquée pour être présentée ce lundi 2 septembre devant le procureur de la République de Sidi M’hamed. Mais elle a été remise en liberté.

L’association RAJ indique que Sabrina Malek « a été présentée devant le procureur ce matin » et que « ce dernier a classé l’affaire sans poursuite ni procédure », mais son avocat précise qu’elle n’a même pas été présentée.

« La procédure de présentation n’a pas eu lieu. Elle a été convoquée pour être présentée devant le procureur de Sidi M’hamed mais elle n’a pas été présentée. Elle a été relâchée tout simplement », a déclaré Me Amirouche Bakouri, du barreau de Béjaïa, à l’issue de la relaxe de sa cliente. « Pourquoi elle a été relâchée ? Je laisse aux spécialistes le soin de répondre », ajoute-t-il, sans exclure la possibilité qu’il y ait eu « des instructions ».

Au-delà du cas de Sabrina Malek, Me Bakouri s’élève contre toutes les poursuites engagées à l’encontre des manifestants ayant brandi l’étendard amazigh.

« Le ministre de la Justice a déclaré lors de son discours du 29 août à la Cour de Ouargla que les jugements et les décisions judiciaires sont l’empreinte héréditaire du juge, en tant qu’avocat de la défense, je lui dis que ces poursuites pour port de l’étendard amazigh est l’empreinte héréditaire d’un système dictatorial et totalitaire », dit-il.

« La preuve, explique-t-il, nous vivons dans une République où la loi est censée s’appliquer de la même manière sur tout le territoire, et une juge d’Annaba a acquitté un détenu poursuivi pour les mêmes accusations, soit le port du drapeau amazigh et l’atteinte à l’unité nationale. Il s’agit d’une juste application de la loi qui ne punit pas un tel acte. Je me demande pourquoi la police judiciaire et le pouvoir politique donnent des instructions pour poursuivre des citoyens algériens, notamment à Alger, pour cette accusation ».

L’avocat faisait référence au cas de Nadir Fetissi, contre lequel le procureur près le tribunal d’Annaba avait requis une peine de dix ans de prison ferme pour port de l’emblème amazigh mais qui a fini par être acquitté le 8 août.

Mais une trentaine d’autres détenus, poursuivis pour le même chef d’accusation, demeurent incarcérés, principalement à la prison d’El Harrach depuis fin juin.

Des poursuites qui, selon Me Bakouri, « ne servent pas l’Etat algérien » et relèvent d’une « tentative de division ». « Le ministre de la Justice a dit que le rôle de la défense est de nous alerter sur les atteintes aux libertés, je sonne donc, en tant qu’avocat, la sonnette d’alarme car ces poursuites ne servent pas l’État algérien mais servent un système dictatorial. (…) Je me demande pourquoi les poursuites ne se font pas à Tizi Ouzou, Bouira, Béjaïa ou Boumerdès. Il s’agit d’une politique de division », dénonce-t-il.

« Ce qui s’est passé aujourd’hui constitue une victoire de la société civile sur ces instructions politiques parce que nous sommes dans une période sensible où le citoyen doit avoir confiance en la justice. Mais avec de telles mesures, en tant que citoyen et en tant qu’avocat, je n’ai pas confiance », ajoute-t-il tout en appelant à la poursuite de la mobilisation populaire pacifique car, estime-t-il, ce qui s’est passé aujourd’hui constitue déjà « une victoire ».

« Nous devons démontrer à ce système que nous n’avons nullement l’intention de porter atteinte à l’unité nationale. Nous avons un seul emblème national, c’est celui pour lequel sont morts les chouhada, mais nous avons aussi un étendard identitaire amazigh parce que nous sommes des Amazighs », conclut-il.