Organisation des familles des détenus d’opinion en comité : «Nous n’accepterons aucun marchandage sur le dos de nos enfants»

Iddir Nadir, El Watan, 27 août 2019

Les familles des détenus d’opinion se structurent en comité pour la défense des droits de leurs parents incarcérés. Hier, une réunion a été organisée à l’initiative de Kaci Tansaout, juriste et élu RCD à l’APW de Tizi Ouzou, au siège du MDS, rue Krim Belkacem, à Alger, pour l’installation du Comité national pour la libération des détenus (CNLD).

Des familles de détenus, des avocats membres du collectif de défense des détenus, des militants politiques de l’opposition, des militants associatifs et des droits de l’homme, des syndicalistes, des journalistes, etc. de toutes les wilayas du pays composent ce comité chargé «d’assurer la solidarité avec et entre les familles de tous les détenus d’opinion et politiques sans aucune exception, comme il se chargera aussi d’informer l’opinion publique nationale et internationale sur l’état des détenus pris en otage et les actions à mener pour leur libération», a précisé un communiqué des initiateurs du comité. «Des parents de détenus sont partie prenante de ce comité. Ces familles s’étaient déjà engagées dans le cadre d’un collectif, jeudi dernier. Il n’y avait pas toutes les familles, vu la distance et le manque de moyens.

Les détenus sont originaires d’Alger, Tizi Ouzou, Bouira, Béjaïa, Skikda, Batna…», précise Souad Leftissi, sœur de Messaoud Leftissi, jeune détenu incarcéré à la prison d’El Harrach. Il y au moins une soixantaine de détenus d’opinion, dont une quarantaine à Alger, précise Aouicha Bakhti, une des avocates du collectif de défense. Ils sont poursuivis principalement pour «port du drapeau amazigh», conformément à l’article 79 du code pénal (atteinte à l’unité nationale). Un réseau national des comités de wilaya et des collectifs de défense des détenus s’était constitué pour la défense des prisonniers, originaires de plusieurs wilayas du pays.

Jeudi 22 août, des familles s’étaient organisées au sein d’un Collectif pour la défense des droits des enfants et parents des détenus. «Nous avons décidé de nous constituer en collectif pour la défense des droits de nos enfants et de nos parents injustement et arbitrairement incarcérés. Le collectif représentera les parents auprès de qui de droit et, si nécessaire, engagera toute action qu’il jugera utile pour la défense et la sauvegarde des droits des détenus», a précisé un communiqué rendu public à l’issue de la réunion constitutive.

Les participants se veulent les «interlocuteurs» des différentes parties impliquées dans l’affaire des détenus. «Il y a une quarantaine de détenus d’opinion, que j’appellerais otages. Lors de la réunion de jeudi, il n’y avait pas toutes les familles. Toutes n’ont pas pu être là, vu l’éloignement… Nous avons décidé de nous constituer comme un vis-à-vis de la presse, des ONG et des institutions. Ces dernières auront donc affaire à un seul interlocuteur avec qui ils doivent discuter», assène Challal Arezki, porte-parole du collectif et père du jeune Amokrane, incarcéré à El Harrach depuis le 30 juin 2019.

Des actions particulières seront-elles engagées par les familles ? «Nous n’avons pas convenu du type d’action à mener. Rien n’a été décidé pour le moment», répond M. Challal. Et d’ajouter : «Les détenus sont pris en otages… En tant que parents, nous remercions toutes les bonnes volontés qui nous apportent un soutien précieux. Mais nous dénonçons toute volonté de récupération ou de marchandage. Nos enfants ne sont pas une marchandise. Que Karim Younès ou Amnesty International négocient, ça les concerne. Nous, parents, nous voulons la libération inconditionnelle de nos enfants puisqu’ils n’ont rien fait. Les chefs d’inculpation sont invalides.»

Les autorités ne semblent pas décidées d’organiser des procès. «Des juges sont rentrés de congé mais n’ont encore rien programmé, d’autres sont encore en vacances», signale Me Bakhti. Le collectif estime que le combat pour la libération des détenus d’opinion est encore long. «Le chemin est encore semé d’embûches et nous avons plus que jamais besoin de ce soutien et de cette solidarité», note le communiqué du collectif. «Nos enfants tiennent bon. Ils ont le moral, mais la prison reste une prison», note Challal Arezki.