Le gouvernement navigue à vue sur fond de crise politique : L’économie en otage

Said Rabia, El Watan, 26 août 2019

Six mois après la chute de Bouteflika, peut-on encore parler d’une chose qui s’appellerait «économie nationale» ? Tous les indicateurs sont au rouge. Le pouvoir qui prend en otage le pays en s’érigeant en écueil à toute solution négociée pour sortir de la crise politique est en train de compliquer dangereusement la situation économique.

Le secteur privé se retrouve tétanisé après l’arrestation des patrons des plus importantes sociétés. Pas seulement. Le niveau d’implication de hauts responsables de l’Etat dans la gabegie nationale – dont deux anciens Premiers ministres et plusieurs ex-ministres mis en détention provisoire à la prison d’El Harrach – a détracté tous les segments de la machine économique, du moins ceux qui fonctionnaient plus ou moins bien. Très impacté par la crise qui secoue le pays, le secteur bancaire est entré, lui aussi, dans une léthargie qui paralyse l’activité et le fonctionnement des entreprises.

Près de 400 entreprises du secteur du bâtiment et des travaux publics ont rendu leurs registres du commerce. Des chefs d’entreprise n’arrêtent pas de se plaindre de l’excès de prudence des banquiers, gagnés par la psychose générée par les affaires de corruption. Les problèmes qui se posent à l’Algérie sont énormes. Ce n’est certainement pas le gouvernement Bedoui, hérité de la gestion de l’ex- Président et imposé, contre vents et marées, contre la volonté des Algériens qui revendiquent son départ, qui pourra leur apporter des solutions.

Réduire les importations pour combler les déficits ne peut pas être la solution que recommande la situation économique du pays, qui est en train de passer carrément une année blanche. Preuve en est, le déficit de la balance commerciale s’est creusé au terme du premier semestre 2019 : 3,18 milliards de dollars contre 2,84 durant la même période de l’année précédente. Si les importations algériennes ont diminué de 4,30%, les exportations, elles, ont baissé de 6,57%, selon les chiffres publiés par les services des Douanes algériennes.

Continuer ce jeu, que permet pour l’instant ce qui reste des réserves de change, met l’économie dans une précarité qui sera difficile à traiter dans les prochains mois. Mais le gouvernement Bedoui et surtout ceux qui le maintiennent ne semblent pas, obnubilés qu’ils sont par l’enjeu de pouvoir, s’en inquiéter outre mesure. Le départ du gouvernement ne constituera pas uniquement un début de solution à l’impasse politique que vit le pays, mais une issue à la crise économique qui a besoin en urgence de la mise en place d’un véritable commando de compétences, capable de sauver ce qui reste encore à sauver de la machine de production nationale et remettre les gens au travail. L’équipe en place ne donne pas l’impression de le faire. Elle ne peut en être capable d’ailleurs. Car l’économie a besoin d’un climat de confiance et des règles pour continuer à fonctionner.

L’on se demande, en effet, quelle sera la teneur du projet de loi de finances 2020, élaboré par un gouvernement qui n’a ni vision ni perspective pour les prochains mois. Ce sera encore un alignement de chiffres de dépenses publiques calculés sur les aléatoires revenus des hydrocarbures. Serons-nous encore amenés à faire tourner la planche à billets ou aurons-nous recours à l’endettement extérieur ?

Ce sont les deux alternatives, aussi compliquées l’une que l’autre, qui se présentent à un gouvernement en totale léthargie, avant une éventuelle explosion sociale doublée d’une inextricable crise politique si les choses restent en l’état.