Démissions et limogeages de hauts responsables : la fin de l’impunité ?

Makhlouf Mehheni, TSA, 25 Août 2019

Le Hirak a aussi cela de bon : il contraint les responsables à assumer leurs défaillances jusqu’à déposer leur démission. Ce qui s’est passé ce week-end est assurément une première dans l’histoire du pays.

De hauts responsables sont limogés et une ministre a rendu le tablier conséquemment à un drame qui a endeuillé cinq familles. La tragédie a eu lieu jeudi soir au stade du 20-Août d’Alger au cours d’un méga-concert du rappeur Soolking.

Une bousculade, due à la forte affluence et vraisemblablement à de mauvaises décisions prises par les organisateurs, a fait cinq morts et des dizaines de blessés parmi les jeunes venus de tout le pays se distraire et voir se produire la star du rap.

Le lendemain, vendredi, jour de grande mobilisation populaire dans le cadre du hirak, toute l’Algérie s’est réveillée sous le choc de la triste nouvelle. Sur les réseaux sociaux, c’est l’indignation et les appels des internautes à prononcer le juste châtiment à l’égard des fautifs ont été vite entendus.

On a eu d’abord une réaction du chef de l’État, ce qui constitue une grande nouveauté qui tranche avec l’arrogance des années Bouteflika et même d’avant.

Abdelkader Bensalah a présenté ses condoléances aux familles des victimes et souligné la nécessité d’établir les défaillances et les responsabilités dans ce qui s’est passé. Le Premier ministre Noureddine Bedoui, qu’on entend pourtant très peu depuis son installation en mars dernier, a lui aussi réagi et pris la première grande décision en limogeant le directeur général de l’ONDA, l’office des droits d’auteur, organisateur de l’événement.

Il est évident que Samy Bencheikh el Hocine et l’organisme qu’il dirige sont moralement les premiers responsables de ce qui s’est passé, quand bien même les enquêtes diligentées situeraient les défaillances ailleurs.

En attendant donc d’établir avec exactitude ce qui n’a pas fonctionné et les parties qui ont failli, les autorités ont frappé parmi les premiers responsables des organismes directement concernés par l’organisation.

Après le directeur de l’ONDA, c’est celui de la police qui est brutalement relevé de ses fonctions, le drame ayant eu lieu dans le territoire de compétence de ce corps de sécurité.

Mais la grosse surprise est sans doute la démission de la ministre de la Culture, sous la tutelle de laquelle est placé l’organisateur du spectacle. Meriem Meradci a tiré les conséquences de ce qui s’est passé et n’a pas attendue qu’on lui montre la porte de sortie.

Un ministre qui démissionne suite à une défaillance de ses services, c’est peut-être une grande première en Algérie. Il faut dire que la ministre était particulièrement malmenée dès les minutes qui ont suivi le drame. Mais cela n’avait rien de nouveau pour elle. Elle est même habituée aux critiques sur les réseaux sociaux et les huées sur le terrain depuis sa nomination en avril.

Pour ne pas dire qu’elle est sortie par la grande porte, Mme Merdaci est au moins partie avec un minimum de dignité. Un geste à saluer quand on se rappelle toutes les tragédies qu’a connues le pays, aux bilans autrement plus lourds, mais qui n’avaient pas fait bouger même ceux dont la responsabilité était avérée.

Crash d’avions civils et militaires, inondations meurtrières, répression de manifestants comme en 2001, fraudes massives au bac, on aura tout vu dans l’Algérie de ces vingt dernières années, mais jamais un haut responsable n’a publiquement assumé les conséquences de sa gestion.

Autre attitude à apprécier à sa juste valeur, la célérité avec laquelle ont réagi les plus hautes autorités du pays en limogeant deux hauts responsables, dont celui qui occupe le poste hypersensible de DGSN. Une telle lourde décision était impensable il y a seulement quelques mois. C’est peut-être la fin de la politique de l’impunité pour les responsables de l’État qui était en vigueur sous le règne chaotique de Bouteflika.