Le rachat des actifs d’Anadarko par Total se confirme : L’Algérie pourra-t-elle user du droit de préemption ?

Zhor Hadjam, El Watan, 13 août 2019

Occidental Petroleum (OXY) a annoncé la conclusion effective de son acquisition d’Anadarko Petroleum dans le cadre d’une transaction évaluée à 55 milliards de dollars, incluant la prise en charge de la dette d’Anadarko. «Le portefeuille d’actifs d’Anadarko faisant désormais officiellement partie d’Occidental, nous entamons notre travail visant à intégrer nos deux sociétés et à libérer la valeur considérable de cette combinaison pour les actionnaires», a déclaré Vicki Hollub, présidente et chef de la direction suite au vote du rachat par les actionnaires.

Le rachat d’actifs pétrole et gaz appartenant à la société Anadarko par Occidental Petroleum Corp est devenu ainsi officiel, le 8 août dernier, ce qui ouvre la voie au rachat par Total des actifs d’Anadarko en Algérie. En effet, dans le sillage de l’opération principale, OXY devrait céder, en 2020, tous les actifs d’Anadarko en Afrique au français Total pour 8,8 milliards de dollars. L’opération se fera en vertu de l’accord engageant entre les deux groupes en vue de l’acquisition des actifs du groupe pétrolier américain Anadarko en Algérie, Ghana, Mozambique et Afrique du Sud. Un accord qui a poussé le gouvernement algérien à entamer des pourparlers afin de trouver un terrain d’entente avec le français Total au sujet des actifs algériens concernés par la transaction. Il s’agit du rachat des blocks 404a et 208 et une participation de 24,5% dans le bassin de Berkine (champs de Hassi Berkine, Ourhoud et El Merk) dans lesquels Total détient déjà 12,25%.

Dans un communiqué publié il y a quelques semaines, Total avait insisté sur l’importance de la transaction qu’il s’apprêtait à conclure avec Occidental : «Si elle se réalise, l’acquisition d’Anadarko par Occidental nous offrira l’opportunité d’acquérir un portefeuille d’actifs de classe mondiale en Afrique, ce qui renforcerait notre position de leader parmi les sociétés privées internationales sur le continent», a estimé Total, soutenant qu’«en acquérant les actifs d’Anadarko en Algérie, Total deviendra un opérateur d’actifs pétroliers majeur».

Les contacts entre le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, et le patron de Total, Patrick Pouyanné, ont été amorcés en juin dernier, sans qu’aucune information n’ait filtré sur les termes de la  négociation ou l’éventualité d’un accord. Le ministre de l’Energie avait d’abord annoncé un possible recours au droit de préemption, avant de se prononcer pour un compromis avec Total. Le ministère de l’Energie n’a cependant évoqué jusqu’à présent que la «volonté indéfectible des deux groupes Sonatrach et Total de préserver leurs intérêts communs et d’œuvrer à développer un partenariat pragmatique qui crée de la valeur pour les deux parties sur le moyen et le long termes». Le patron de Total s’est dit pour sa part confiant quant à un accord avec Sonatrach.           


Nazim Zouioueche. Expert pétrolier, ancien PDG de Sonatrach : «Le droit de préemption n’est pas applicable à une vente d’actions»

Zhor Hadjam, El Watan, 13 août 2019

Occidental Petroleum a finalisé l’acquisition d’Anadarko le 8 août, ce qui ouvre la voie au français Total de finaliser un accord avec Occidental en vue du rachat des actifs pétroliers et gaziers africains, dont les actifs algériens. L’Algérie a-t- elle  la possibilité d’user du «droit de préemption» pour récupérer les actifs concernés ?

La possibilité d’user du droit de préemption dépend de la forme que prendra la transaction entre Anadarko et son acheteur. Dans le cas d’une transaction sur actions, il sera difficile d’user de ce droit de préemption, par contre dans le cas d’une transaction sur actifs, la partie algérienne pourra sans doute user de ce droit. En examinant les sociétés affiliées d’Anadarko, on constate que les actifs algériens de cette compagnie sont logés dans une sorte de Sarl inscrite dans l’Etat du Delaware, aux Etats-Unis – donc n’obéissant pas au droit algérien. Il y a donc de grandes probabilités pour que la transaction soit réalisée sur actions.

De toute façon, si l’exercice du droit de préemption s’avérait possible, il serait judicieux de bien s’assurer que la récupération de l’ensemble des actifs détenus par Anadarko soit une opération positive pour l’Algérie. Il ne s’agit pas de se lancer dans une entreprise qui nous coûtera cher sans pour autant obtenir un résultat positif dans le temps.

Des discussions, dont la teneur n’a pas été divulguée, ont été entamées par le ministère de l’Energie avec Total. Patrick Pouyanné ayant fait le déplacement à Alger à cet effet, en mai. Pensez-vous qu’un terrain d’entente est possible ? Quelle en serait la forme ?

Il faut aussi signaler que la transaction entre Anadarko et Occidental n’est pas encore effective ; ce genre de transaction est toujours entourée de discrétion pour éviter des interventions inopinées bien qu’on aurait pu penser qu’Anadarko «en touche un mot à son partenaire Sonatrach». Il faut quand même préciser que les intérêts que détient encore Anadarko ne représentent que 24,5% de la production du bassin, qui est estimé à 300 000 barils par jour et que dans le cadre d’un contrat de partage de production (production sharing), la quantité de pétrole enlevée par le partenaire est limitée. En ce qui concerne les discussions entre le ministère de l’Energie et Total, rien de bien précis n’a filtré jusqu’à présent. Tout est possible, même le cas de voir Total proposer à Sonatrach des intérêts dans les autres assets concernés par la transaction, comme le Mozambique, le Ghana, et l’Afrique du Sud.