La société civile appelle à la vigilance : «La désobéissance civile nous mènera vers le chaos»

Salima Akkouche, Le Soir d’Algérie, 04 août 2019

En ce 24e vendredi de mobilisation populaire, des manifestants ont brandi la menace de la désobéissance civile. Cette carte de pression peut-elle constituer une solution pour une sortie de crise ? Des représentants de la société civile, qui estiment que nous ne sommes pas dans une situation qui exige d’aller vers une démarche extrême, rejettent une telle option qui, affirment-ils, «ne mènera que vers le chaos».
Salima Akkouche – Alger (Le Soir) – Au moment où les pouvoirs publics se focalisent sur l’organisation de la présidentielle, dans les plus brefs délais, la rue, qui a réitéré, en ce 24e vendredi de mouvement populaire, son rejet du dialogue avant le départ des symboles de l’ancien système, a haussé le ton et menace d’aller vers la désobéissance civile. Sachant qu’au début du mouvement populaire, certaines organisations ont lancé, sur les réseaux sociaux, des appels à la désobéissance civile sous forme de trois jours puis de cinq jours de grève générale par semaine.
L’appel devait concerner uniquement certains commerces et les administrations publiques. Mais les citoyens ont fini par être paralysés, puisque même les boulangeries ont baissé leurs rideaux durant les jours de grève.
Cette action a fini par être abandonnée au bout de quelques semaines puisque la situation a failli dégénérer en raison notamment des élèves du primaire et du secondaire qui ont déserté les écoles durant les jours de grève. Lyes Merabet, représentant de la Dynamique de la société civile, estime que la situation actuelle n’exige pas d’aller vers cette option. «Nous sommes dans une révolution pacifique qui a réussi à arracher pas mal de choses, notamment l’annulation du 5e mandat, le départ de l’ancien Président, l’application de l’article 102, l’annonce d’une conférence nationale par le chef de l’Etat, et le report des élections qui devaient se dérouler le 4 juillet dernier en raison de leur rejet par la population. Il faut aussi revenir aux dossiers de corruption dont des ministres, Premiers ministres, des walis et des hommes d’affaires se retrouvent en prison. Tout ça a été réalisé grâce à la révolution pacifique des vendredis et des mardis», a déclaré le docteur Merabet.
C’est pourquoi, dit-il, « il n’y a pas lieu d’aller vers une action comme la désobéissance civile, car nous ne sommes pas dans une situation qui le justifie». Selon lui, d’ici la rentrée sociale, si la situation ne s’améliore pas, de nouvelles actions de rue seront initiées par les syndicats pour renforcer les marches des vendredis et des mardis. «D’ici la rentrée, si rien n’est fait pour améliorer les choses, nous allons nous concerter entre syndicats autonomes pour initier de nouvelles actions, tout au long de la semaine, pour augmenter la pression. Donc nous avons déjà cette carte», a-t-il souligné.
La désobéissance civile, dit-il, «nous mènera vers le chaos et elle servira l’agenda des personnes qui veulent le statu quo, et de ceux qui veulent compromettre les acquis de cette révolution et aussi ceux qui ne voient pas dans la tenue de l’élection présidentielle une solution au problème», a encore souligné notre interlocuteur. Selon lui, il y a d’autres cartes, à part la désobéissance civile, à faire prévaloir. Il estime que la solution consiste dans le lancement d’un dialogue et de la concertation.
Abderrahmane Arar, président du Forum civil pour le changement, avertit, lui aussi, contre des actions extrêmes. «Il faut être sage, il s’agit d’une révolution purement pacifique, les revendications populaires sont claires, et nous avons la voix du peuple qui est une véritable force de décision et la voix des véritables décideurs, représentée par l’institution militaire, il faut qu’ils trouvent un terrain de dialogue pour une sortie de crise, je pense que c’est la meilleure solution, et il ne faut pas chercher à aller vers l’extrême, à travers une grève générale, qui ne peut pas constituer une solution pour une sortie de crise, car le seul qui va payer la facture de cette action c’est le citoyen », dit-il. «Pour nous, le Hirak constitue une véritable force de pression, cependant, nous devons aller vers le dialogue, mais pour le lancer, les responsables doivent installer un climat de confiance», a déclaré M. Arar, qui rappelle que le Forum civil qu’il préside a déjà annoncé ses préalables pour pouvoir lancer le dialogue. Il s’agit, dit-il, de la libération des jeunes du Hirak, de la levée des pressions sur le mouvement populaire et le départ du gouvernement et les symboles de l’ancien système.
Les pouvoirs publics, dit-il, peuvent installer un climat de confiance en répondant déjà favorablement à ces préalables. Or, souligne-t-il, la désobéissance civile «nous mènera vers l’anarchie et une nouvelle crise».
S. A.