Des dossiers sales à l’IGF

MOURAD MEDELCI

Des dossiers sales à l’IGF

Le Quotidien d’Oran, 4 décembre 2006

Invité de l’émission «En toute franchise» de la Chaîne III de la radio nationale, le ministre des Finances, M. Mourad Medelci, a rappelé que l’essentiel du budget de l’Etat pour 2007 sera consacré aux équipements.

« L’année 2007 va nous permettre d’exécuter sur 12 mois une série d’engagements supplémentaires», a déclaré le ministre qui évoque à ce titre que la loi de finances 2007 porte d’importants programmes additionnels, notamment l’achèvement des VRD (programme de rattrapage à destination des wilayas) et pour lequel l’Etat a consacré 100 milliards de dinars, le programme de rattrapage pour les routes nationales, routes de wilaya et chemins communaux, 50 milliards de dinars, et le programme additionnel destiné aux grandes villes. A ce titre, le ministre a cité le programme spécial pour la wilaya d’Alger (90 milliards de dinars en 2 tranches) et le viaduc de Constantine (15 milliards de dinars).

Outre sa dimension économique, M. Medelci a indiqué que la loi de finances 2007 a une dimension sociale par l’importance accordée aux transferts sociaux. «L’Etat accorde des avantages aux citoyens, sans contrepartie. Les transferts sociaux ne cessent d’augmenter ces dernières années. En 2000, nous sommes partis à 8% du PIB de transferts sociaux, en 2007 les transferts sociaux seront de 11% du PIB», ajoute le ministre. Toujours sur le plan de la répercussion sociale, Mourad Medelci souligne que la loi de finances prévoit la création de 46.000 postes budgétaires supplémentaires, en dehors des autres dispositifs déjà en place (ANSEJ, pré-emploi… etc.). «Il y a aussi le nombre très important d’emplois qui seront créés grâce aux grands projets prévus sur les quatre années à venir» dit le ministre qui cite à titre d’illustration le projet de l’autoroute Est-Ouest. «Il y a aussi 40 milliards de dinars pour le soutien de l’emploi de jeunes, et des dispositions qui accompagnent les opérateurs qui veulent investir et créer des emplois», assure le ministre qui souligne à ce titre, la réduction de l’Impôt sur le bénéfice de la société (IBS), et le prolongement jusqu’à 2009 du dispositif d’allégement des impôts pour les jeunes promoteurs (30 à 35 ans).

Sur une question relative à la collecte des ressources, le ministre a assuré que l’Etat porte un intérêt particulier à la fiscalité, pour preuve, dira-t-il, l’Etat a récolté 900 milliards de dinars de fiscalité ordinaire. «La structure de nos ressources se repartit comme suit. 900 milliards de dinars de fiscalité ordinaire (hors hydrocarbures) et 900 milliards de dinars de fiscalité pétrolière. En matière de collecte de ressources, en cinq années nous avons réalisé un taux de progression de 12%» ajoute M. Medelci qui rappelle que d’énormes efforts sont consentis pour faire avancer les réformes en matière de fiscalité afin de les rendre plus simples. Le ministre a, par ailleurs, souligné que l’année 2006 a permis à l’Etat de rembourser la totalité de ses dettes et par là même d’économiser 02 millions de dollars.

Sur la question de la corruption et des scandales de détournement, M. Medelci a affirmé que l’Algérie a connu effectivement des dérives, soulignant que la corruption est un fléau qui gangrène le pays. «Pour parer à ce phénomène, une loi anticorruption a été promulguée» indique Medelci qui ajoute que, progressivement, l’Etat est en train de mettre en oeuvre les mécanismes allant dans le sens d’endiguer ce fléau.

Pour les détournements qui ont causé d’énormes préjudices à l’économie nationale, le ministre a tenu de prime abord à signaler que l’année 2005 a été celle de l’apparition des scandales et l’année 2006 celle de la gestion des scandales. «Des disposition ont été prises pour que cela ne se reproduise pas, déjà au niveau des banques concernées», souligne M. Medelci qui signale que dans une situation de transition, tous les pays ont connu la même situation. «Nous devons nous organiser pour pouvoir repousser le plus loin possible le risque. Pendant longtemps, le vol a été assuré d’impunité, aujourd’hui les gens ont fini par intérioriser le fait que celui qui vole doit payer. Personne n’est au-dessus de la loi», déclare le ministre des Finances. Ce dernier affirme que des milliards de dinars de biens volés ont été récupérés et que grâce à la justice, l’Etat procédera à la récupération d’une grande partie des biens volés non encore récupérés.

Revenant sur le sujet de la fiscalité, notamment la fiscalité locale et son apport dans le budget de l’Etat, le ministre des Finances a indiqué que la fiscalité locale n’existe pas mais qu’elle était en devenir. «C’est plutôt l’Etat qui donne aux APC. Nous sommes en train de revoir le code communal et de wilaya, ensuite la fiscalité locale va s’adapter. Cela demandera plusieurs années avant d’atteindre les taux de fiscalité collectés par nos voisins. 15 à 20% est notre objectif en matière de fiscalité locale pour l’avenir» ajoute M. Medelci.

Ce dernier a été catégorique sur la question de la réalisation du programme quinquennal dans les délais, malgré sa teneur. «C’est un programme extrêmement ambitieux, c’est vrai que cela fait rêver, mais les contrats sont signés et le travail se fera en quatre années. Ce n’est pas parce que nous avons vécu une décennie de drames que nous ne sommes pas capables de voir vers l’avant» déclare M. Medelci, en réponse à une question sur les possibilités de l’Etat de réaliser le programme du Président. «La politique de l’Etat est claire, les projets qui peuvent être réalisés par des entreprises algériennes seront confiés aux entreprises algériennes, lorsqu’elles ne peuvent pas, nous feront appel aux étrangers» souligne le même responsable.

Sur le sujet relation client-banque, le ministre des Finances ne cache pas qu’il y a effectivement des entraves, mais il est impératif parfois, dira-t-il, d’écouter les deux sons de cloche.

A propos de la dette algérienne, le ministre des Finances a rappelé que l’Algérie était endettée de 30 milliards de dollars. «Entre 2005 et 2006, nous avons réussi à ramener notre dette à moins de 04%. Il ne nous reste que 04 milliards de dollars de dettes privées. Nous sommes en train de voir comment permettre à nos banques de racheter une partie de ces dettes. Je tiens en passant à préciser qu’aujourd’hui nos réserves sont suffisamment importantes pour nous permettre de réaliser nos programmes sans nous endetter» affirme M. Medelci. Sur «l’état de santé du dinar», le ministre a rappelé que l’Algérie est encore dans une position de vulnérabilité dans le commerce extérieur. «Si nous réévaluons le dinar dans ces conditions, nous donnerons l’occasion aux importateurs d’importer au détriment de la production nationale», indique le ministre qui signale que, actuellement, le marché informel des devises est en train de s’aligner sur le marché officiel.

Medelci a, d’autre part, en réponse à une question sur la gestion des deniers publics, affirmé que des centaines de dossiers sont actuellement ouverts par l’Inspection générale des finances (IGF). Certains de ces dossiers sont entre les mains de la justice. Sur le plan de l’action de l’IGF, le ministre a souligné que beaucoup de choses restent à faire. «C’est dans ce contexte que nous sommes en train de revoir le statut de l’IGF pour élargir la portée de son intervention, augmenter son efficacité et lui permettre d’être plus libre dans ses investigations. Il faut aussi que les constats de l’IGF soient suivis de faits», déclare le même responsable.

M. Medelci a indiqué, par ailleurs, à propos de l’adhésion de l’Algérie à l’OMC, que 95% des points ont été négociés avec l’OMC. «Il reste quelques points actuellement en cours de négociations. L’adhésion à l’OMC est le souhait de tout pays mais cela ne doit pas se faire à n’importe quel prix», assure M. Medelci.

Enfin, le ministre a indiqué que les six banques étrangères retenues pour la privatisation du CPA, sont de grandes banques internationales, auxquelles sera soumis un cahier des charges fixant les objectifs assignés aux repreneurs et où ces objectifs sont biens cadrés.

Djamel B.