Grave détérioration de l’état de santé du général Hocine Benhadid

Après deux opérations chirurgicales au bloc pénitentiaire de l’hôpital Mustapha Pacha

Salima Tlemcani, El Watan, 23 juillet 2019

L’état de santé du général à la retraite Hocine Benhadid s’est dangereusement dégradé après sa deuxième opération chirurgicale.

Son avocat, Me Bachir Mechri, affirme qu’il n’est plus en mesure de marcher, de parler ou d’être transporté. Il craint pour la vie de son mandant et s’interroge sur les raisons «qui font que le juge d’instruction n’arrive toujours pas à clôturer une enquête aussi simple, dans laquelle il n’y a qu’un seul prévenu et aucune partie civile ou plainte».

Incarcéré depuis le 12 mai dernier pour avoir publié une lettre adressée au vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’Anp, Ahmed Gaïd Salah, dans laquelle il a exprimé sa vision de la crise politique que traverse le pays, le général à la retraite Hocine Benhadid «va très mal et son état de santé ne fait que se dégrader», a révélé hier son avocat, Me Bachir Mechri, après lui avoir rendu visite dans la matinée.

«Depuis sa deuxième opération subie à la hanche au pavillon pénitentiaire de l’hôpital Mustapha Pacha à Alger, il n’arrive toujours pas à bouger sa jambe droite et l’infection au niveau de la plaie n’a pas guéri.

Il va très mal. Sa vie est en danger», s’est écrié Me Mechri qui poursuit : «Le prévenu souffrait d’une lourde maladie avant d’être placé en détention. En prison, il a fait une chute qui lui a causé une fracture de la hanche. L’a première opération chirurgicale qu’il a subie n’a pas réussi.

Idem pour la seconde. J’avais introduit une demande de mise en liberté, mais elle a été rejetée et j’espérais qu’avec la désignation d’un médecin légiste chargé de rédiger un rapport sur son état de santé, les souffrances du détenu et de sa famille allaient prendre fin.

M. Benhadid a eu une infection nosocomiale, très répandue en milieu hospitalier. Il doit être transféré en urgence vers une clinique pour lui assurer les soins dans de bonnes conditions. Cela fait des jours que le médecin légiste a remis son rapport au juge d’instruction, mais aucune décision n’a été prise.»

Me Mechri s’est dit «très préoccupé» par l’état de santé de son mandant, tout en s’interrogeant sur «les raisons qui font que le juge d’instruction n’arrive toujours pas à clôturer une enquête aussi simple». Malgré le rejet de la première demande de mise en liberté, l’avocat a annoncé avoir déposé un deuxième appel contre l’incarcération de M.
Benhadid et l’audience, a-t-il précisé, n’a pas encore été fixée.

«En le maintenant au pavillon carcéral dans l’état où il est, ils portent l’entière responsabilité de ce qui pourrait lui arriver. Son état de santé ne fait que se détériorer. Ce matin (hier), je lui ai rendu visite et j’ai très peur pour sa vie. C’est un appel que je lance aux autorités. Le prévenu est très malade. Son infection risque de l’emporter d’un moment à l’autre…», souligne Me Mechri.

Pour lui, la lettre écrite par Benhadid «ne comporte aucune phrase ou mot qui peuvent être interprétés comme un acte de participation en connaissance de cause à une entreprise de démoralisation de l’armée ayant pour objet de nuire à la défense nationale. Je défie quiconque de me prouver le contraire».

Dans cette lettre, M. Benhadid a salué les décisions du chef d’état-major de l’Anp, exprimé sa vision de la crise politique que traverse le pays et conseillé au vice-ministre de la Défense de continuer sur la même voie en privilégiant des solutions politiques.

Agé de 76 ans, le général à la retraite, Hocine Benhadid, a été inculpé et placé sous mandat de dépôt à la prison d’El Harrach le 12 mai dernier et c’est sur une chaise roulante qu’il était à chaque fois transféré au tribunal de Sidi M’hamed pour être entendu par le juge.

Depuis sa chute et ses deux opérations chirurgicales, il est cloué au lit, ne pouvant ni parler, ni se lever et encore moins être transporté. «Qui a intérêt à laisser ‘‘mourir’’ un prévenu en prison ?» s’est demandé Me Mechri. En tout état de cause, la justice se trouve face à la grande problématique de la détention provisoire, une mesure exceptionnelle selon la loi, mais généralisée dans la pratique.

Deux hommes, le journaliste Mohamed Tamalt et le militant des droits de l’homme et médecin, Kamel Eddine Fekhar, sont morts non pas des conditions dans lesquelles ils étaient détenus, mais du fait de leur mise sous mandat de dépôt par des juges qui font de la loi une lecture restrictive.

Pourtant, le code de procédure pénale est très clair, la détention provisoire n’est prévue que dans les cas suivants : lorsqu’il s’agit de préserver des éléments de preuve que le prévenu risque de faire disparaître, lorsque le mis en cause ne présente pas de garantie comme par exemple une adresse fixe pour se présenter devant la justice, ou lorsqu’il y a risque qu’il fasse l’objet de vengeance.

Or, ni Mohamed Tamalt, ni Kamel Eddine Fekhar, et encore moins Hocine Benhadid, et tant d’autres détenus d’opinion arrêtés ces derniers jours ne tombent sous le coup de cette mesure. Leur détention est tout simplement abusive. Plus grave, lorsqu’il y a risque sur leur santé, elle devient criminelle. La question qui reste posée est celle de savoir si nous sommes dans le premier ou le deuxième cas…