Dialogue : une pléthore d’initiatives face au jeu trouble du pouvoir

Makhlouf Mehenni, TSA, 21 Juillet 2019

Ce dimanche 21 juillet, les partis signataires du pacte de l’Alternative démocratique s’apprêtent à dévoiler leur vision du dialogue et leur plan de sortie de crise. Il s’agit du RCD, du FFS, du PT, du PST, du MDS, du PLD, de la LADDH et de nombreuses personnalités politiques sans attache partisane.

« En écho à l’espoir suscité auprès de la population par le pacte de l’alternative démocratique, une conférence de presse est convoquée pour le dimanche 21 juillet 2019 au siège du RCD sis à El Biar à 10h00 afin d’annoncer une initiative politique à même de répondre aux aspirations de la révolution », ont-ils annoncé dans un communiqué publié mercredi soir à l’issue d’une réunion au siège du PT. 

Soit le jour même où le Forum civil pour le changement (FCC), une des dynamiques ayant participé à la conférence de la société civile en juin, a dévoilé une liste de personnalités nationales proposées pour mener la médiation et le dialogue. Une initiative un peu trop vite accueillie à bras ouverts par le pouvoir.

Dès le lendemain, jeudi, le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bansalah, qualifiait la proposition de « pas positif allant dans le sens de la concrétisation de la démarche proposée par l’État ».

L’initiative est toujours entourée de conjectures à cause de cette célérité du pouvoir à la saluer, du temps de couverture qui lui a été consacré par les médias publics et surtout de la polémique née de l’inclusion de noms de certaines personnalités qui n’ont pas été préalablement consultées.

Le respect des libertés, un préalable commun

La moudjahida Djamila Bouhired a clairement refusé de prendre part à tout processus de dialogue dans un climat marqué par des atteintes aux libertés.

« Alors que des patriotes sont jetés en prison pour délit d’opinion, dont un officier de l’ALN, le frère Lakhdar Bouregaa, il ne peut y avoir de dialogue avec ceux qui nous menacent et nous accusent de trahison. Je réaffirme ma solidarité avec le peuple en lutte pour son émancipation citoyenne, dans la liberté, la dignité et la démocratie », a-t-elle indiqué.

Quant à Mouloud Hamrouche et Ahmed Taleb Ibrahimi, ils n’ont pas encore réagi, ayant peut-être jugé que tout n’est pas à jeter dans la proposition.

Car cette fois, des préalables relatifs au respect justement des libertés sont posés avec clarté et toutes les autres personnalités proposées, comme Mustapha Bouchachi, Karim Younès ou Nacer Djabi ont conditionné leur participation par l’ouverture des champs médiatique et politique et l’arrêt du harcèlement des manifestants et des acteurs politiques.

Avant cette initiative, les partis des Forces du changement avaient eux aussi tenté lors de leur forum tenu le 6 juillet à Aïn Benian sous la houlette de Abdelaziz Rahabi, de dégager un consensus et de faire une proposition de sortie de crise, apparemment sans succès puisque la conférence a été suivie de tiraillements publics entre les participants et surtout, elle n’a suscité aucune réaction du côté du pouvoir.

Ce dimanche, on devrait donc découvrir la teneur de la troisième initiative de sortie de crise en moins de deux semaines et qu’on devine, au vu des positions exprimées jusque-là par ceux qui s’apprêtent à la lancer, très différente des deux premières.

Des résistances internes ?

Les partis de l’Alternative démocratique refusent catégoriquement l’idée d’aller vers une élection présidentielle sans passer par une période de transition. Certains d’entre eux, comme le FFS, défendent toujours l’option de l’élection d’une assemblée constituante comme point de départ au processus de changement.

Surtout, les sept partis insistent plus que les autres sur les mesures d’apaisement à prendre avant toute discussion. Leur communiqué de mercredi est d’ailleurs imprégné de cette intransigeance, appelant « à l’arrêt immédiat de la répression sous toutes ses formes, à la libération de Louisa Hanoune, de Lakhdar Bouregâa et de tous les détenus politiques et d’opinion et l’ouverture du champ politique et médiatique sans lesquels aucune issue positive à la situation actuelle n’est possible ».

Cette exigence d’un meilleur climat avant d’entamer le dialogue revient dans toutes les propositions émises jusque-là, y compris celle qui vient de trouver grâce aux yeux du pouvoir, ce qui n’est pas sans soulever des interrogations quant au jeu et aux intentions de ce dernier.

Chercherait-il à légitimer un processus électoral pas très différent des précédents ou alors le processus d’ouverture ferait-il face à des résistances internes ? Quoi qu’il en soit, il n’a échappé à personne que Bensalah, en saluant l’initiative du FCC, n’a annoncé aucune des mesures réclamées et aucun changement n’a été constaté dans l’attitude des forces de l’ordre lors des marches hebdomadaires qui ont suivi, hormis le fait que, pour la première fois depuis quelques semaines, il n’y a pas eu d’arrestations.