Mouvement du 22 Février: «La France n’a rien vu venir»

Yazid Alilat, Le Quotidien d’Oran, 16 juillet 2019

L’ambassadeur de France en Algérie Xavier Driencourt a reconnu dimanche 14 juillet à Alger que le mouvement populaire du 22 février a surpris tout le monde, autant les politiques que le gouvernement algériens, et le reste des chancelleries occidentales.

La très puissante volonté de changement politique des Algériens, exprimée à travers le refus du 5ème mandat et la revendication populaire d’un changement politique et de gouvernance radicaux dans le pays, a surpris les observateurs étrangers. Le diplomate français, lors d’une conférence organisée à l’occasion de la fête nationale française, a avoué n’avoir « pas vu juste sur la force de changement en Algérie». «Nous n’avons peut-être pas vu juste », a-t-il reconnu, avant de souligner : «il faut l’avouer, nombre d’entre nous n’ont pas perçu la formidable force de changement qui sommeillait dans ce pays». L’ambassadeur français explique qu’ « en quelques jours, nous nous sommes retrouvés dans un monde transformé, aux horizons redéfinis, aux perspectives nouvelles et l’Algérie d’aujourd’hui n’est pas celle que j’ai connue durant mes années passées ici ». Terrible aveu d’un diplomate, qui connaît pourtant bien l’Algérie. Ainsi, pour Xavier Driencourt, « l’Algérie est revenue, en peu de temps, à sa vieille tradition de pays révolutionnaire », et elle est en train d’écrire, ajoute t-il, à travers les manifestations populaires pacifiques pour le changement « une nouvelle page de son histoire et de l’histoire du monde sous le regard ébahi et admiratif de la planète». Pour lui, l’Algérie donne « un exemple à tous ceux qui, voulant transformer les vieux ordres et les systèmes anciens, refusent de payer le prix de la violence ». Mais, il va plus loin en relevant, à l’adresse des Algériens, que «quel que soit l’avenir que vous écrirez, une chose restera, c’est la relation entre la France et l’Algérie ». « Nous sommes unis, a-t-il dit, dans nos différences, unis par nos populations, nos cultures, nos économies, la langue aussi que nous avons en partage. Nos rapports sont uniques dans leur genre, inédits de proximité entre deux nations si différentes par leur histoire et leurs références. » Enfin, cet ambassadeur, nommé pour la seconde fois en 2017 à Alger après un premier passage (2008-2012), estime que le Hirak « est une opportunité pour l’Algérie, c’est une chance pour la France, qui a aussi tant à apprendre de l’Algérie. C’est aussi une chance pour les Français qui, surpris comme ils l’ont été depuis ce mois de février, souhaitent mieux vous connaître». Le mouvement populaire du 22 février dernier avait été, dés le début, très suivi par Paris. Pis, l’Elysée était « en alerte rouge », selon le Nouvel Observateur, dès les premières informations sur les manifestations populaires contre le 5ème mandat de Bouteflika. Selon cet hebdomadaire parisien, citant une source de l’Elysée, «le président Macron suit de très près les manifestations», et il fait «faire l’aller-retour dans la journée de mercredi à l’ambassadeur de France à Alger. Le Président suit personnellement et de très près ce qui se passe en Algérie. Non seulement il lit tous les rapports diplomatiques sur le sujet, mais – fait très inhabituel – il a téléphoné lui-même mardi (26 février) à l’ambassadeur de France sur place Xavier Driencourt pour connaître son appréciation de la situation. Il lui a également demandé de venir d’urgence au Quai d’Orsay pour informer le ministre, Jean-Yves Le Drian». Selon la même source à l’Elysée, « rien de ce qui se passe en Algérie n’est indifférent pour la France et donc pour le Président. Les enjeux pour nous sont considérables. Avec l’Algérie, nos liens historiques, économiques, politiques, sécuritaires sont très importants. La France a des intérêts sur place, elle abrite aussi une forte communauté algérienne et franco-algérienne. Pour nous, la stabilité de l’Algérie est donc un enjeu majeur, compte tenu notamment de la proximité géographique et des liens humains entre les deux pays. Et puis, il y a l’enjeu sécuritaire, y compris sur le plan régional. Nous avons besoin d’une coopération avec l’Algérie pour la lutte contre les groupes terroristes dans le Sahel».