Une semaine après l’appel de Bensalah au dialogue, l’impasse politique persiste

Fayçal Métaoui, TSA, 10 Juillet 2019

Cela fait une semaine depuis que le chef d’Etat par intérim a lancé son appel au dialogue. Abdelkader Bensalah, qui entame aujourd’hui un « nouveau mandat » validé par une « fatwa » du Conseil constitutionnel, est tenu d’organiser l’élection présidentielle. C’est d’ailleurs, officiellement, la seule raison de son maintien au poste.

Mercredi dernier, Abdelkader Bensalah a appelé « les acteurs politiques nationaux, l’ensemble des composantes de la classe politique, les personnalités patriotiques nationales, les mouvances qui structurent la société civile et tous ceux qui sont considérés comme exprimant les sentiments d’une frange de la population, ou de ses élites, notamment les jeunes et les femmes » à s’engager « dans le processus de dialogue national inclusif » que l’Etat « entend lancer dès à présent ».

Mais une semaine après cette semaine, Bensalah, qui a invité toutes les parties à mettre de côté « les calculs marginaux et les exigences irréalistes », n’a encore rien entrepris de concret pour préparer les conditions politiques pour le lancement de ce « processus du dialogue » devant aboutir à l’organisation de la présidentielle.

Un processus qui sera, selon lui, mené en toute liberté et en toute transparente « par des personnalités nationales crédibles, indépendantes, sans affiliation partisane et sans ambition électorale ».

Ces personnalités seront-elles nommées par le chef d’Etat par intérim ou désignées par l’opposition et la société civile ? Si oui, dans quelle forme ? Rien n’est encore précis. Bensalah a promis que l’Etat, « dans toutes ses composantes, y compris l’institution militaire », ne sera pas partie prenante à ce dialogue. Théoriquement, le dialogue n’est précédé d’aucune condition.

Respect des libertés et des droits

Une partie de l’opposition et de la société civile regroupée au sein du Forum du dialogue national a répondu partiellement à la nouvelle offre du pouvoir.

Réunis le 6 juillet à Alger, les partis, les associations et les personnalités se sont engagés, à la fin des travaux, d’élaborer une feuille de route « bien définie » pour régler la crise politique, « sur la base d’une solution dans le cadre de la Constitution et répondant aux exigences de la solution politique ».

Selon eux, le dialogue souverain est la seule voie pour surmonter la crise et une élection « libre et régulière » est « la seule voie pour accéder au pouvoir ».

Le Forum du dialogue national a insisté sur la question du respect des droits et libertés comme la liberté de la presse et la liberté des actions associatives et sur le respect du pluralisme politique et syndical.

C’est sur terrain que le pouvoir est attendu puisque, selon plusieurs personnalités d’opposition, un vrai climat d’apaisement doit être crée avant l’entame d’un « dialogue sérieux ». Selon elles, les autorités peuvent, par exemple, libérer les détenus d’opinion (manifestants arrêtés durant les marches) ou lever les pressions sur les médias privés et publics (blocage de sites d’information, censure, etc).

La remise en liberté du Moudjahid Lakhdar Bouregâa sera, dans cette optique, un acte concret exprimant la bonne volonté des autorités de sortir le pays de la crise politique en travaillant avec l’opposition et la société civile dans une démarche consensuelle de dialogue et de concertation.

Refus des élections « dans les conditions actuelles »

Une autre partie de l’opposition, rassemblée au sein de l’Alternative pour le changement démocratique, refuse toute idée de dialogue avec les « symboles du régime de Bouteflika » et tout recours au processus électoral avec les mécanismes actuels et dans les conditions politiques présentes. « Nous considérons que l’organisation d’une élection présidentielle dans le cadre du système actuel ne servira qu’à sa régénération », ont estimé les sept partis réunis au sein de l’Alternative.

La contestation populaire, qui se poursuit chaque vendredi, exige le départ de Bensalah et du gouvernement Nourreddine Bedoui, considéré comme un préalable à tout dialogue ou toute élection présidentielle.

Que faire face à cette situation inédite dans l’Histoire contemporaine de l’Algérie ? Bensalah, affaibli davantage avec sa nouvelle situation née après la fin de son mandat constitutionnel, saura-t-il surmonter les obstacles et fédérer les opposants autour de son projet de « dialogue inclusif » en leur donnant tous les moyens politiques et légaux pour réussir ?

A l’heure actuelle, cette entreprise paraît encore compliquée à moins que des issues de secours soient trouvés à partir d’importantes concessions politiques.