Abdelwahab Fersaoui. Président de RAJ : «On ne peut pas aller vers un dialogue conditionné par une élection présidentielle»

Nabila Amir, El Watan, 8 juillet 2019

Les Dynamiques de la société civile, qui ont adopté le 15 juin dernier leur plateforme de sortie de crise et dont vous faites partie, étaient représentées hier au Forum du dialogue national. Quel est le but de votre présence ?

Pour nous, l’organisation de la conférence nationale de la société civile le 15 juin, où nous avons adopté une feuille de route pour une sortie de crise, est une étape importante. Cependant, ce n’est pas une fin en soi, car nous avons tracé comme objectif de réussir, à l’avenir, une rencontre nationale unitaire et inclusive qui rassemble toute la classe politique de l’opposition, les dynamiques de la société civile et les personnalités nationales intègres afin de sortir avec une seule feuille de route consensuelle, traduisant davantage les revendications légitimes du mouvement populaire, à savoir le changement du régime actuel, et aller vers un nouveau régime qui garantisse la démocratie et l’Etat de droit.

C’est pour cela que nous n’avons jamais rompu les contacts avec la classe politique. Nous étions présents à la rencontre du 26 juin, qui a regroupé des partis politiques autour de l’alternative démocratique, nous avons aussi délégué des personnes, en tant qu’invitées et non partie prenante, pour représenter notre conférence dans la rencontre du dialogue national du 6 juillet pour transmettre notre message sur la nécessité de rassembler toutes les initiatives inspirées du hirak, de discuter et d’échanger entre nous, afin de traduire le consensus populaire exprimé dans la rue, depuis le 22 février, en un consensus politique au niveau de la classe politique et la société civile, autour du mot d’ordre qui est le changement du système, en organisant cette conférence unitaire.

Nous souhaitons la contribution de toutes les forces vives qui se reconnaissent dans le mouvement pour réussir cette rencontre unitaire et inclusive. C’est de cette manière que l’on peut peser, garder la cohésion du mouvement et imposer, d’une manière pacifique, le changement démocratique souhaité par les Algériennes et les Algériens.

Que pensez-vous de ce Forum de dialogue et de ses conclusions ?

Contrairement à d’autres partis qui demandent un processus constituant, la feuille de route adoptée ce samedi 6 juillet reflète l’approche d’une partie de la classe politique qui veut aller coûte que coûte à la présidentielle, avec des préalables liés au respect des libertés fondamentales, ainsi que la commission indépendante pour l’organisation des élections, que je trouve importants, mais insuffisants.

A mon avis, la crise est politique et la solution ne peut être que politique, indépendamment du cadre constitutionnel qui n’a plus de sens. Il ne faut pas avoir le complexe de revendiquer clairement une période de transition démocratique, que je considère inéluctable. Cette période va assurer le passage à un autre régime démocratique.

On ne peut aller vers un dialogue conditionné uniquement par la tenue de l’élection présidentielle. L’organisation des élections dans le contexte actuel ne peut que prolonger la crise, nous avons vu en Mauritanie, le candidat du système gagner le scrutin, malgré l’existence d’une commission indépendante pour l’organisation des élections, car les anciens mécanismes du système sont toujours en place.

Il faut réfléchir et œuvrer ensemble pour réussir cette transition que beaucoup essayent de diaboliser. Rapprocher des visions est possible, il suffit juste de se mettre autour de la table et de discuter. Notre objectif est d’aller vers une rencontre inclusive et unitaire. D’ailleurs, nous travaillons dans ce sens.

Quel commentaire faites-vous du dernier discours de Abdelkader Bensalah ?

La seule nouveauté dans son discours est la commission de dialogue qui sera composée de personnalités nationales et qui ne font pas partie du système et de l’armée, sans donner plus de détails sur sa composante, ses attributions et le sort de ce dialogue. Sinon, on constate que le pouvoir s’accroche toujours à l’organisation de l’élection présidentielle dans les plus brefs délais, avec pour seule et unique garantie, la commission indépendante de l’organisation des élections. Le peuple a besoin de gages de bonne volonté pour changer le système ; le peuple n’est pas intéressé par le changement des personnes et des Présidents qui peuvent reproduire le même système.

Et sur la notion du dialogue tel que prôné par le pouvoir ?

Personne ne peut refuser le principe de dialogue, mais un dialogue non conditionné par la tenue d’une élection présidentielle, rejetée déjà par le peuple. S’il y a dialogue, il doit être ouvert et sans conditions, et avec des préalables, dont la libération des personnes arrêtées durant le mouvement et tous les détenus d’opinion, sans oublier le moudjahid Lakhdar Bouregaâ, cesser les interpellations, enlever cet embargo sécuritaire sur Alger, cesser toutes les restrictions et le musellement liés aux libertés fondamentales, notamment la liberté de réunion, de rassemblement, de circulation, d’expression et de la presse. Dans tous les cas, la poursuite de mouvement et de la mobilisation pacifique à Alger et au niveau national est le seul garant.