L’opposition fixe le prix du dialogue : le pouvoir dos au mur

Makhlouf Mehenni, TSA, 08 Juillet 2019

L’objet du Forum organisé samedi 6 juillet par une partie de l’opposition n’était pas tant de trancher la question d’engager oui ou non des discussions avec le pouvoir, le dialogue étant préalablement défini comme un principe immuable et comme la voie la moins coûteuse pour le règlement de la crise, mais de déterminer le seuil d’ouverture à partir duquel la discussion deviendra possible et ne s’apparentera pas à un marché de dupes.

La déclaration finale peut se résumer à ceci : oui au dialogue mais pas à n’importe quel prix. Cela se lit à travers les trois préalables ajoutés au texte initial, à savoir le départ du gouvernement Bedoui ainsi que la libération des détenus d’opinion et du moudjahid Lakhdar Bouregâa.

Avant la tenue du forum, beaucoup de critiques avaient fusé concernant la démarche de ses initiateurs. On leur a reproché notamment d’accepter d’aller vers un dialogue puis vers une élection dans un environnement politique et médiatique fermés.

Des griefs pour le moins fondés puisque les partis des Forces du changement ont beaucoup hésité pour mettre des préalables clairs liés au respect des libertés qui connaissent un recul qui saute aux yeux depuis au moins quelques semaines.

Cela, contrairement à l’autre faction de l’opposition, les partis de l’Alternative démocratique, qui eux, ont eu une position plus tranchée dès leur premier conclave, avec un argument inattaquable : les pratiques auxquelles on assiste ne sont pas celles d’un pouvoir animé d’une réelle volonté d’ouverture et de changement.

L’état d’esprit des participants à la conférence de samedi est résumé par l’intervention de l’universitaire Mohand Arezki Ferrad qui a fait part de toute sa gêne : « Je m’efforce de croire à la bonne foi du pouvoir, mais ce n’est pas évident avec toutes les atteintes aux libertés auxquelles on assiste. Si les choses restent en l’état, je ne serais pas concerné par le dialogue à venir ».

La déclaration finale adoptée s’apparente donc à une réponse et aux pourfendeurs de la démarche et au pouvoir qui, mercredi dernier, avait formulé une offre politique. Abdelkader Bensalah s’est engagé, au nom sans doute de tous les tenants de la décision, à laisser à la classe politique l’exclusivité inespérée de mener le dialogue et de contrôler la prochaine élection présidentielle de bout en bout à travers une instance électorale mise sur pied sans aucune interférence des autorités et avec de larges prérogatives allant de la révision du fichier électoral jusqu’à l’annonce des résultats définitifs.

Mise devant la responsabilité historique de ne pas laisser passer une telle opportunité, l’opposition a renvoyé la balle dans le camp du pouvoir, le mettant devant le même défi de prouver sa bonne foi. C’est désormais toute l’opposition qui refuse de dialoguer à n’importe quel prix.

Au pouvoir de ne pas laisser passer l’opportunité au risque d’avoir à assumer seul la persistance du blocage et ses répercussions sur la stabilité du pays. Un gouvernement accepté par le peuple et l’ouverture du champ politique et médiatique et le respect des libertés collectives et individuelles, c’est le minimum que l’on puisse exiger pour une élection libre et transparente.

Des gages que nul ne peut mettre dans la case des préalables insurmontables ou des revendications « irréalisables ».