Appel au dialogue de Bensalah: L’accueil favorable des forces du changement

Mohamed Kebci, Le Soir d’Algérie, 7 juillet 2019

La dernière offre de dialogue du chef de l’Etat intérimaire semble trouver preneurs parmi, notamment, les forces du changement, pour le triomphe du choix du peuple.

M. Kebci – Alger (Le Soir) – Des acteurs qui l’ont signifié, hier samedi, à l’occasion du Forum national pour le dialogue organisé par ce conglomérat de forces politiques et de personnalités. Et de tous les intervenants, 18, lors de ce conclave boudé, faut-il le rappeler, par les Forces de l’alternative démocratique (RCD, FFS, PT, PST, MDS, PLD, UCP et Laddh) en sus de l’absence remarquée de Mouloud Hamrouche, Ahmed Benbitour, Sid-Ahmed Ghozali, Me Mustapha Bouchachi et Me Ali-Yahia Abdennour et de Djamila Bouhired, dont la participation a été pourtant annoncée en grande pompe, quelques jours avant, Ali Benflis a été le plus clair.

«A l’inverse de ses devanciers, le message à la Nation du 3 juillet courant introduit une certaine rupture avec le discours politique qui faisait la marque de fabrique du régime politique en place. Il a fait bouger quelques lignes dont il ne faut pas sous-estimer l’importance. Il a présenté une base certes encore incomplète, sur laquelle il est possible d’envisager une sortie de l’impasse actuelle», a, en effet, affirmé le président du parti des Avant-gardes des libertés. Et de « nommer » ces lignes, estimant que le régime politique en place a «renoncé à la mainmise sur la conduite et la gestion du dialogue national confiée, désormais, à un panel de « personnalités nationales crédibles, indépendantes, sans affiliation partisane et sans ambition « électorale », un régime politique qui, en sus, poursuit Benflis, «s’engage à ne pas être partie pressante au dialogue national et à observer la plus stricte neutralité tout au long du déroulement de ce processus».

Autre signe de « bonne volonté du pouvoir en place, cette fois-ci, ajoute encore l’ancien chef de gouvernement, le fait que «c’est au dialogue national, et à lui seul, qu’est confiée la double mission de mise en place de l’autorité ou de l’instance chargée de la préparation, de l’organisation, de la supervision et du contrôle de l’élection présidentielle et de l’amendement de la loi organique relative au régime électoral».

Des principales données de la nouvelle réalité politique que le dernier message à la Nation a créées et auxquelles Benflis a ajouté le fait que le dialogue national voit son mandat étendu aux «conditions à réunir pour garantir la crédibilité du scrutin », ce qui, selon lui, «inclut les conditions politiques dont le dialogue national jugera opportun et nécessaire de se saisir à l’effet de répondre aux attentes et aux demandes légitimes du peuple algérien». Pour sa part, le président du MSP a fustigé les partisans d’une période de transition devant être entamée par l’élection d’une Assemblée constituante pour la reconstruction de l’Etat, qualifiant cette démarche d’«irraisonnable» et de « non démocratique».

Pour Abderrezzak Makri, les «longues périodes de transition ont souvent débouché sur l’anarchie et l’émiettement, relevant que l’écrasante majorité s’en tient au respect du cadre constitutionnel».

L’orateur qui, au passage, a loué les «mérites historiques» de l’institution militaire dans ce qui fut réalisé depuis le début du mouvement populaire le 22 février écoulé, a mis l’accent sur la nécessité d’adopter des «mesures politiques à même de consacrer la véritable souveraineté populaire. Makri a également plaidé pour «l’enracinement de la démocratie après l’élection présidentielle».
Et si Abdallah Djaballah a estimé que le dialogue ne doit pas se focaliser sur la seule «instance indépendante d’organisation des élections», plaidant, dans la foulée, pour des mesures d’apaisement, dont la libération de tous les détenus d’opinion et la libération des champs politique et médiatique comme l’a souligné, par ailleurs, Sadek Dziri, au nom de la conférence nationale de la société civile, Soufiane Djilali soutient que «si le pouvoir actuel est sincère dans sa volonté d’aider au changement exigé par le peuple, tel qu’il le proclame, il doit remettre en liberté tous les détenus d’opinion». Pour le président de Jil Jadid, «il n’est pas possible de dialoguer alors que des jeunes et des moudjahidine sont en prison pour avoir participé à une manifestation, avoir arboré l’emblème amazigh ou même avoir critiqué les dirigeants du pays». Pour lui, «un tel pas est un préalable qui favorisera, à n’en pas douter, la mise en forme du dialogue», estimant «qu’il n’y a aujourd’hui, pour les tenants du régime, plus qu’une seule issue : organiser la passation de pouvoir au peuple».
Les dynamiques de la société civile pour le changement pacifique précisent, par ailleurs, «n’avoir pas pris part à ce forum pour lui conférer une quelconque légitimité ou cautionner sa feuille de route, mais juste pour passer leur message, au nom de la conférence nationale de la société civile du 15 juin, quant à la nécessité de tenir une rencontre unitaire et consensuelle de toutes les forces politiques et de la société civile».
M. K.

RÉACTIONS / ALI BENFLIS, PRÉSIDENT DE TALAIE EL HOURIAT : «Un dialogue transparent, sans injonction ou interférence»

«L’opposition algérienne dispose de nombreux espaces, ce qui est très positif, mais ce forum pour le dialogue est un espace qui a pu rassembler un nombre important de partis politiques et d’acteurs de la société civile. C’est un fait exceptionnel que nous devons saluer.
Cette conférence propose un cadre pacifique de sortie de crise qui s’appuie sur trois piliers : la qualité des personnalités qui devront présider le dialogue national, un dialogue transparent sans aucune injonction ou interférence, un objectif clair qui consiste à organiser une élection présidentielle. L’Algérie est victime d’une crise de légitimité et cette crise ne peut être dépassée que par une élection démocratique, propre et honnête.
Les personnalités qui auront à conduire ce dialogue, l’Algérie en compte un grand nombre. Ces personnages doivent être propres, ne pas avoir été mêlés à la corruption, qu’ils n’aient aucune ambition politique et ne soient pas partisans. Toute personnalité qui répond à ces conditions pourra conduire le dialogue national.»

SOUFIANE DJILALI, PRÉSIDENT DE JIL JADID :
«La solution devra venir du dialogue»

«Ce forum est un premier pas pour ouvrir un dialogue au sein de l’opposition. Dans tous ses courants et toutes ses représentations. Il n’est pas complet et il n’est pas exhaustif mais c’est une première étape. La solution finale devra venir par le dialogue et non pas par la violence, cela peut donc ouvrir des perspectives.
Tous les partis politiques ont leurs positions, ils ont cependant leurs places ici, au sein de ce forum. Je parle notamment des partis démocrates d’opposition . Pour le moment, ils ont fait le choix de ne pas participer, c’est leur évaluation et c’est leur droit. Mais j’espère qu’au final, il y aura une entente générale sur une feuille de route, pour pouvoir négocier en position de force, vis-à-vis du pouvoir.»

LAKHDAR BENKHELAF, PRÉSIDENT DU CONSEIL NATIONAL DU PARTI EL ADALA :
«L’armée doit garantir l’application des résultats du dialogue national»

«Nous estimons que le forum a atteint ses objectifs avec plus de 800 participants représentant les partis politiques, la société civile et différentes corporations. Le document que nous avons préparé servira de plateforme pour le dialogue qui sera mené prochainement. Ce document comporte des mécanismes pour une solution politique et des mesures d’apaisement. Cette rencontre est une victoire pour la démocratie, pour les partis politiques de l’opposition.
Nous espérons juste que notre proposition sera prise en compte par le pouvoir réel, c’est-à-dire l’institution militaire. J’espère que l’état-major réagira positivement et qu’il ne reproduira pas la réaction négative de 2014, lorsqu’il avait qualifié l’initiative de l’opposition de ‘’non-événement’’. Dans son dernier discours, le chef de l’Etat par intérim avait déclaré que l’armée n’interviendra pas dans le processus de dialogue. Nous ne sommes pas dupes, nous savons que l’armée est le pouvoir effectif en Algérie. Il reviendra à l’institution militaire de garantir le respect du résultat du dialogue national. Nous n’allons pas compter sur Bensalah qui est une simple marionnette ou sur Bedoui qui doit partir incessamment en prison.
Pour ce qui est de la sélection des personnalités nationales qui conduiront le dialogue, nous avons posé des conditions claires : il ne faut pas qu’elles soient corrompues, qu’elles n’aient aucune implication dans le régime de Bouteflika ni dans la promotion du 5e mandat. Il faut que ces personnalités soient acceptées par le peuple algérien, et c’est la condition la plus importante. Nous ne pourrons pas négocier avec des personnes rejetées par le peuple.»

KAMEL MESSAOUDI, MEMBRE DE L’INITIATIVE NATIONALE DES ÉTUDIANTS :
«Nous sommes ici pour faire entendre la voix des étudiants»

«L’Initiative nationale des étudiants est présente dans toutes les wilayas. Nos adhérents sont sortis le 22 février, puis le 26 février aux côtés de centaines de milliers de citoyens et d’étudiants pour demander la fin de l’ancien système. Notre présence aujourd’hui à ce forum pour le dialogue national est logique car nous avons nos propositions à faire valoir en qualité d’instance estudiantine.
Nous revendiquons la participation des jeunes dans toutes les initiatives politiques. Personnellement, je regrette que les jeunes soient exclus et c’est d’ailleurs le cas aujourd’hui. Il suffit de voir l’âge des participants qui sont au premier rang de ce forum pour le confirmer. Nous sommes ici pour faire entendre la voix des étudiants. Bien sûr, nous ne représentons pas l’ensemble des étudiants car d’autres organisations sont également très actives. Nous continuerons à sortir tous les mardis dans les rues des villes d’Algérie pour défendre le projet d’un Etat démocratique et civil. Les étudiants poursuivront la lutte jusqu’à ce que le pouvoir prenne en compte les revendications légitimes du peuple. L’Initiative nationale des étudiants aura l’opportunité de présenter ses propositions à l’occasion d’une conférence nationale qui se tiendra mardi prochain à Alger.
Propos recueillis par Tarek Hafid