La Conférence nationale de dialogue s’ouvrira aujourd’hui : «L’alternative démocratique» boycotte

Nabila Amir, El Watan, 06 juillet 2019

La conférence nationale de dialogue initiée par ce qui est appelé les forces du changement, regroupant entre autres les partis politiques dirigés par Ali Benflis, Abdallah Djaballah, Abderrezak Makri, Noureddine Bahbouh et Soufiane Djilali, se tiendra aujourd’hui à l’Ecole supérieure d’hôtellerie de Aïn Benian, à Alger.

Abdelaziz Rahabi, coordinateur de la conférence, a tenté de ratisser large en vue d’amener toutes les formations politiques à y prendre part. Cet ancien diplomate a pris attache avec les partis de l’opposition sans aucune distinction.

Il a ouvert les portes à la société civile, aux organisations estudiantines, aux syndicats et aux hommes d’affaires non impliqués dans des affaires de corruption. Concrètement, qui sera présent à cette conférence ? Selon Rahabi, dix partis politiques, cinq confédérations syndicales en plus de 80 associations de la société civile ont fait part de leur intention d’y participer. «Ce n’est pas la coordination qui adresse des invitations au nom du Forum.

Ce sont les partis politiques qui se sont proposés pour adresser des invitations aux personnalités. La conférence est un espace d’initiatives donc nous nous attendons à ce qu’un grand nombre de personnes y participent», espère le coordinateur de la conférence, qui affirme avoir reçu 23 plateformes politiques de sortie de crise. «Ce sont des contributions de personnalités, de syndicats, de la société civile et de partis politiques. Nous les avons étudiées et intégrées dans le document final qui sera une plateforme pour le dialogue», dit-il.

Mais le grand absent de cette rencontre sera le camp des démocrates, qui ont lancé dernièrement l’initiative de force de l’alternative démocratique regroupant sept formations politiques, notamment le FFS, RCD, PT, UCP, PST, MDS, PLD ainsi que la LADDH. Les efforts de Rahabi à amener le RCD et le FFS à participer à cette manifestation ont été vains.

La présidentielle n’est pas notre priorité

«Nous sommes en contact permanent avec ces partis. Nous voulons qu’ils viennent et qu’ils participent avec l’initiative qu’ils ont lancée dernièrement», avait souhaité Rahabi. Ce jeudi, les partis, organisations et personnalités engagés dans le pacte pour l’alternative démocratique se sont réunis pour décider de leur participation ou pas à cette conférence. A l’unanimité, ces entités ont dit «non». «Nous respectons toutes les initiatives, mais nous ne prendrons part d’aucune manière à cette conférence organisée par les forces du changement dont l’unique objectif est d’aller vers une présidentielle», expliquent les animateurs de ce pacte.

Pour Taazibt du PT, le pays vit une révolution authentique qui réclame le départ du régime et un changement radical. «Contrairement à l’objectif assigné à cette conférence, nous pensons que l’issue ne réside absolument pas dans le changement de l’identité du président de la République mais dans le démantèlement de toutes les institutions du système et la mise en place d’une nouvelle République avec une nouvelle Constitution garantissant réellement les droits et l’équilibre des pouvoirs», détaille Taazibt. Selon lui, fondamentalement aucune initiative ne peut avoir un crédit si elle n’exige pas clairement la libération de tous les détenus politiques et d’opinion, la libération du champ politique et médiatique et l’arrêt immédiat de toutes les mesures répressives.

De son côté, Zoubida Assoul, de l’UCP, affirme que l’élection présidentielle est le clou de cette rencontre, une démarche à laquelle s’opposent les démocrates. «La crise que vit le pays ne permet en aucun cas d’aller tout de suite à des élections d’autant que le gouvernement et les partis politiques sont directement responsables de l’état dans lequel se trouve le pays, si on se fie aux poursuites judiciaires. D’autant plus que le mouvement populaire rejette le processus électoral organisé par ce gouvernement», estime Zoubida Assoul, pour qui la solution à la crise consiste à écouter la voix du peuple et aller vers un dialogue sérieux et sincère avec le pouvoir afin d’élaborer une feuille de route consensuelle de sortie de crise, qui permettra d’aller vers l’Etat de droit et des libertés démocratiques à travers des assises nationales.

En plus du boycott des démocrates, nous apprenons des responsables des partis organisateurs, qu’aucune des personnalités nationales contactées n’a confirmé sa présence. Ni l’ex-président Zéroual, ni l’ex-chef de gouvernement Mouloud Hamrouche, ni encore Me Ali Yahia Abdennour et Taleb Ibrahimi ne seront au rendez-vous.