Abdelaziz Rahabi*: «La persistance de la crise risque de rendre la solution politique difficile»

Madjid Makedhi, El Watan, 04 juillet 2019

Le coordinateur de l’instance de gestion du Forum du dialogue national, prévu samedi 6 juillet à Alger, Abdelaziz Rahabi, s’exprime sur les préparatifs de cette rencontre et explique les objectifs de cette initiative. Selon lui, les initiateurs de ce rendez-vous visent à trouver des points de convergence avec tous les acteurs de l’opposition en vue de participer à solutionner la crise politique actuelle.

Trois jours nous séparent de la rencontre de l’opposition, prévue pour samedi 6 juillet. Comment se déroulent les préparatifs ?

Ils avancent bien. Ils avancent aussi bien dans la phase politique que la phase technique, car il y a une forte demande de participation que nous n’arrivons pas à gérer au regard des capacités de la salle et des exigences de l’organisation. Cette demande est naturellement une conséquence du hirak et du manque d’espaces de débat, de concertation et du dialogue.

Nous allons essayer de gérer, au mieux, cette situation. Sur le plan politique, nous sommes très avancés. Nous sommes à un stade final d’un projet de déclaration. Nous allons aussi proposer un document séparé sur les procédures et mécanismes de déroulement du dialogue, tel que nous l’envisageons.

Justement, il y a une sorte de polémique qui s’est installée autour de cette réunion. Certains, notamment sur les réseaux sociaux, accusent les initiateurs de cette rencontre d’avoir épousé la feuille de route de l’armée qui veut aller directement et rapidement vers une présidentielle. Est-ce vraiment le cas ?

Il y a beaucoup de choses sur les réseaux sociaux. Il y en a de bonnes et de moins bonnes. Mais, moi je veux parler de la réalité du projet que nous avons appelé le Forum pour le dialogue national. C’est un espace qui vise à chercher des convergences au niveau de toutes les initiatives afin de parvenir à un retour progressif vers le processus électoral, mais pas de façon inconditionnelle.

Nous pensons que l’impasse politique est très grave, que les perspectives d’une sortie de crise ne sont pas très visibles, que cela a créé une inquiétude très forte chez les Algériens, que cela peut fragiliser notre cohésion nationale et toucher à nos frontières. En d’autres termes, c’est l’état de la nation qui nous inquiète.

C’est uniquement à partir de cet esprit d’inquiétude pour la nation, de la nécessité urgente d’envisager la sortie de crise par la voie du dialogue, que nous avons entamé au nom de l’instance les contacts avec l’ensemble des forces politiques de l’opposition et de la société civile. Nous avons réuni une dizaine de partis et plus de 100 associations de la société civile (nous en sommes à plus de 120 demandes). Nous invitons les porteurs de projets et d’initiatives à nous rejoindre.

Nous allons travailler, comme nous le faisons depuis deux mois, à trouver une formule que nous allons proposer aux Algériens avant tout. Nous la proposerons également au pouvoir, mais également aux élites et aux autres forces politiques pour pouvoir chercher des convergences entre toutes les offres de dialogue faites jusque-là et aboutir, peut-être à court terme, à une vision globale de la sortie de crise. Concrètement, nous allons poser des principes et dire pourquoi nous allons au dialogue.

Nous n’allons pas au dialogue qu’avec des principes et des attentes. Le Forum pour le dialogue national a débattu des mécanismes, des procédures pour l’organisation du dialogue, son cadre et ses objectifs. Nous allons aussi proposer la création d’une direction du dialogue et l’ouverture du dialogue à toutes les bonnes volontés.

On a parlé de la participation de personnalités telles que Mouloud Hamrouche, Liamine Zeroual et Taleb El Ibrahimi. Ont-ils donné leur accord ?

Ce n’est pas la coordination qui adresse des invitations au nom du Forum. Ce sont les partis politiques qui se sont proposés pour adresser des invitations aux personnalités. La coordination du Forum, elle, travail uniquement sur les questions politiques et des propositions. Nous avons reçu, jusqu’à hier, 23 plateformes politiques. Je voudrais rappeler aussi que nous proposons la mise en place d’une instance indépendante d’organisation et de supervision des élections.

La rencontre a-t-elle été autorisée ?

J’ai bon espoir que nous allons recevoir l’autorisation, parce que lorsque nous avons fait quelques réunions de préparation au sein de l’instance, nous avons été très bien reçus, accompagnés et soutenus.

La société civile et les forces de l’alternative démocratique insistent dans leurs initiatives sur la transition. Cette question est-elle à l’ordre du jour de la rencontre de samedi prochain ?

J’ai été chargé de prendre part à la rencontre du 26 juin au siège du RCD pour présenter notre initiative et chercher les moyens de créer des passerelles entre les deux initiatives. J’ai également rendu visite au FFS pour présenter ce document. J’ai proposé à ce pôle de chercher, ensemble, les voies de convergence, de travailler dessus et de se revoir pour traiter les questions qui restaient en suspens. Nous sommes tous conscients de la gravité de la situation.

Nous sommes conscients également qu’il n’est pas possible de trouver une solution à la crise en dehors de l’organisation d’une élection présidentielle. Nous avons quelques divergences sur la voie à emprunter pour arriver à l’organisation de cette élection. Mais j’ai bon espoir que nous pourrions avancer vers une vision commune. Nous allons les inviter à venir participer à la réunion du 6 juillet, comme j’ai été moi-même invité à la rencontre du 26 juin. Pour le dialogue, il y a toujours un point de départ et j’ai bon espoir que nous pourrions, à court terme, nous revoir pour discuter et aller vers une plateforme commune.

Est-il possible d’aller vers un dialogue dans ce contexte caractérisé par la répression et la multiplication des arrestations ?

Les mesures de confiance et d’apaisement sont un préalable à tous les dialogues, pas seulement en Algérie. Elles sont un préalable, parce qu’elles remettent la confiance entre les parties au dialogue et elles nous permettent de mesurer l’engagement et la sincérité de chacun. Effectivement, il y a de la résistance au dialogue un peu partout. Je suppose qu’il existe dans les institutions étatiques, mais aussi dans l’opposition, au sein du peuple et au chez la société civile.

Chacun a ses motifs. Mais je pense que cela représente la minorité. Il y a une prise de conscience pas seulement politique, mais également sociale, que la persistance de la crise risque de favoriser les forces les plus radicales dans la société, comme elle rend la solution politique très difficile. Il faut aussi savoir que les Algériens sont inquiets et ils vont arriver à un stade où ils vont nous rendre coresponsables de la persistance de la crise.

Avez-vous perçu une prédisposition de ceux qui tiennent le pouvoir actuellement à accepter la proposition que vous allez rendre publique ?

Je n’ai pas de préjugés, ni favorables, ni défavorables. Le pouvoir appelle au dialogue, et nous nous ferons une offre de dialogue consensuelle, détaillée, responsable et nous attendrons. Nous aurons ainsi pris nos responsabilités vis-à-vis du peuple et de la nation. C’est parce qu’on a besoin de stabiliser le pays qu’on va au dialogue.

* Abdelaziz Rahabi. Coordinateur de l’instance de gestion du Forum du dialogue national