Un vingtième vendredi qui s’annonce historique

Hassane Saadoun, 05 Juillet 2019

Le 20e vendredi de mobilisation populaire contre le pouvoir coïncide avec le 5 juillet, fête nationale de l’indépendance.

Un hasard dans lequel beaucoup d’Algériens voient un signe du destin, une occasion de raviver la mobilisation en appelant à faire des marches prévues lors de cette journée les plus importantes depuis le 22 février. 

« Libérer l’Homme »

Les appels à manifester pour le 20e vendredi ont été, tout au long de la semaine, plus nombreux et plus insistants que jamais, qu’ils proviennent d’anonymes sur les réseaux sociaux ou d’organisations, collectifs, partis politiques ou personnalités nationales.

Des publications raillant ceux qui s’apprêtent à « aller à la plage ce vendredi au lieu de faire leur devoir en manifestant dans la rue contre le pouvoir », sont massivement partagées par les activistes du hirak.

« Tout indique que la mobilisation de ce vendredi 5 juillet sera la plus importante depuis le début du mouvement », assurent de nombreux internautes.

Les « Dynamiques de la société civile », collectif regroupant plusieurs syndicats et associations ont invité, dans un communiqué diffusé le mardi 2 juillet « les Algériennes et Algériens à sortir massivement dans toutes les wilayas pour participer avec force aux marches du 20e vendredi pour réaffirmer leur unité et leur attachement à la construction d’une Algérie libre, démocratique, plurielle, civile, gouvernée par le Droit en accord avec les principes tracés par la proclamation du premier novembre 1954 ».

Le même jour, Fatiha Benabou, Smail Lalmas, Abdelaziz Rahabi, Samir Belarbi, Nacer Djabi, Mostefa Bouchaci et Karim Tabou, sept personnalités parmi les plus respectées et écoutées par les activistes du mouvement populaire, ont diffusé un message vidéo de la même teneur.

Ils ont appelé « toutes les tranches de la société algérienne à sortir massivement et avec force le jour de la fête de l’indépendance qui coïncide avec le 20e vendredi du mouvement populaire pour faire du 5 juillet la date de libération des Hommes après avoir été celle de la libération de la terre ».

Le réseau contre la répression, pour la libération des détenus d’opinions et pour les libertés démocratiques, récemment créé, a appelé, quant à lui, « l’ensemble des citoyens algériens à manifester en force » ce vendredi 5 juillet. Une date qui sera « la journée de la confirmation de l’attachement inébranlable du peuple à sa liberté et à sa souveraineté ».

Le Rassemblement Action Jeunesse (Raj) a lui aussi appelé les Algériens à être « à ce rendez-vous historique » et à « une mobilisation populaire historique pour le 20e vendredi qui coïncide avec le 5 juillet, fête de l’Indépendance nationale et de la jeunesse, pour dire à ce régime Basta, demander la libération immédiate des détenus, exiger le changement du système et la construction de la nouvelle république, celle des droits et des libertés, de l’égalité et de la justice sociale.

Les appels à sortir nombreux pour manifester ce vendredi ont souvent été accompagnés d’appels et de conseils visant à héberger ou faire héberger les manifestants qui viennent de l’extérieur d’Alger, pour leur permettre de venir la veille ou même avant, pour leur éviter d’être pris dans le blocus qu’imposent chaque jeudi et vendredi les forces de l’ordre sur les routes menant à Alger.

« J’héberge 10 personnes jeudi », a lancé un internaute algérois sur un groupe rassemblant plusieurs milliers d’activistes du hirak. « Nous appelons les hôtels d’Alger à héberger le maximum de manifestants ce jeudi, gratuitement ou à un prix symbolique pour faire réussir la marche de l’indépendance », a demandé un autre.

Une réponse à Bensalah

La semaine du 19e au 20e vendredi a été riche en annonces et événements politiques. Moad Bouchareb, président de l’APN, un des « B » dont le départ a été demandé de façon pressante par les manifestants lors des 19 vendredis précédents n’a pas été accueilli comme une grande victoire du mouvement. « Une revendication dépassée depuis longtemps », ont commenté beaucoup d’Algériens qui voient dans cette démission un non-événement tant que Bensalah et Bedoui sont encore en place.

Le chef de l’État par intérim, Abdelkader Bensalah s’est adressé aux Algériens mercredi et a appelé à un dialogue mené par des personnalités nationales et auquel ne prendront part ni l’État ni l’armée.

Le discours qui veut donner l’illusion d’ouverture et de concession en faveur du hirak jure avec l’atmosphère répressive qui règne en Algérie depuis quelques semaines.

Les pressions sur les médias indépendants, l’incarcération de manifestants pacifiques, de personnalités politiques dont Lkhdar Bouregâa emprisonné puis dénigré sur des médias ne s’accordent pas avec l’image du compromis que semble vouloir renvoyer le chef de l’État par intérim dont le départ est également réclamé par les manifestants.

Accueilli avec beaucoup de suspicion et déjà massivement tourné en dérision sur les réseaux sociaux, le dernier discours de Bensalah ne semble pas avoir convaincu grand monde.

Ce vendredi, les Algériens répondront aux propositions de Bensalah par les slogans qu’ils scanderont, les banderoles qu’ils brandiront mais le sens de la réponse dépendra surtout du nombre de manifestants qu’il y aura dans la rue. Une forte mobilisation ce vendredi 5 juillet sera un énième désavoue populaire pour Bensalah et son gouvernement.