Les étudiants veulent éviter la confrontation

Ils ont édicté des règles strictes pour leurs marches

Abla Chérif, Le Soir d’Algérie, 02 juillet 2019

Le 19e acte de la protesta estudiantine se déroulera aujourd’hui à Alger et dans bien d’autres villes du pays. Dans ce contexte où se multiplient les arrestations, une démarche visant à éviter le piège de la provocation a été mise en place.
Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Les représentants du pôle des étudiants ont, pour ce faire, tenu à publier un communiqué fixant les règles strictes auxquelles doivent s’en tenir les manifestants afin d’éviter toute dérive. La foule est ainsi appelée à «éviter les chants de stade et tout slogan irréfléchi ainsi que les chants dévalorisant l’armée» et de se «concentrer sur les revendications essentielles».

Ces dernières sont d’ordre éminemment politique et se résument à des revendications de départ des symboles du système en place et de la mise en place d’un véritable processus de sortie de crise devant aboutir à des changements fondamentaux dans la gestion du pays. Il sera également question d’exiger la libération des détenus d’opinion et manifestants incarcérés pour port de drapeau amazigh et même de l’emblème national.
Les étudiants font également savoir que seul le port d’un grand drapeau (national) sera toléré, il sera tenu par ceux qui ouvrent la marche, «toute autre banderole devra être fixée sur des manches». Ici, la stratégie vise à éviter de donner aux forces de l’ordre l’occasion de réprimer et de procéder à de nouvelles arrestations comme cela a été le cas mardi dernier.

Deux étudiants qui portaient le drapeau amazigh ont été embarqués et présentés devant le procureur de la République qui les a placés sous mandat de dépôt. Autre conduite à tenir, l’une des plus importantes sans doute, consiste, explique le communiqué, à «éviter de répondre aux provocations des forces de l’ordre ou de se livrer à de la provocation à leur égard» ainsi que d’éviter de «courir pour éviter la dispersion».

Même si elle n’est pas nouvelle, la manière avec laquelle s’affine l’organisation des étudiants intervient au moment où le mouvement populaire tente lui aussi d’éviter de prêter le flanc et d’éviter de sombrer dans la confrontation directe avec les forces de l’ordre. Le fait est particulièrement perceptible sur les réseaux sociaux où un grand nombre d’Algériens expriment leur volonté d’éviter «tout ce qui peut dévier le Hirak de sa trajectoire ou compromettre son évolution». Des directives sont données par ceux-là mêmes qui avaient appelé ou participé au soulèvement du 22 février dernier.
Certains prônent l’abstention du port de tout drapeau, emblème national, amazigh ou autre soit-il, au moment où d’autres appellent à éviter «les sujets faisant diversion» et à se «concentrer sur l’essentiel». En raison des grandes tensions qui pèsent lors des vendredis, des consignes ont été lancées pour «éviter des rassemblements de petits groupes, ou de manifester de manière isolée afin d’éviter de se faire embarquer».
La plupart des arrestations opérées vendredi dernier l’ont été durant les premières heures de la matinée. Des manifestants ont été mis sous mandat de dépôt hier lundi. Alors que se profile un autre vendredi particulier, des appels à la vigilance ont commencé à se multiplier dès dimanche : «Eviter la confrontation, la provocation, seule silmia (pacifique) vaincra.»
A. C.