La dévaluation du dinar, prochaine planche de salut pour le gouvernement

Hassan Haddouche, TSA, 29 Juin 2019

Les résultats de l’exécution du budget de l’État au premier trimestre 2019, rendus publics en fin de semaine dernière, confirment la situation très inquiétante des finances publiques nationales. Quelques jours après l’annonce, par le gouvernement de la « fin de la planche à billets », ils soulèvent le problème du financement d’un déficit élevé et persistant qui pourrait conduire dans des délais rapprochés à une reprise du processus de dévaluation du dinar.

Un déficit d’un montant considérable

Il n’y a pas beaucoup de bonnes nouvelles dans les chiffres communiqués mercredi par le ministère des Finances. L’agence officielle a choisi d’insister sur une réduction du déficit budgétaire de plus de 22 %. Mais ce dernier s’affiche quand même toujours nominalement à près de 1000 milliards de dinars au premier trimestre.

En réalité la « baisse » du déficit est en grande partie imputable à un tour de passe-passe comptable qui a permis de transférer une partie des dépenses, celles du financement des retraites notamment, en hors budget au sein du FNI (Fonds national d’investissement).

Le solde négatif du Trésor, qui enregistre la totalité des dépenses de l’État, reste, lui, identique à son niveau de l’année dernière à la même époque et atteint toujours le niveau considérable de plus de 1350 milliards de dinars au cours des trois premiers mois de l’année 2019.

La bonne surprise des recettes de la fiscalité ordinaire

Une seule petite éclaircie dans ces chiffres publiés de façon précoce : on constate quand même une amélioration des recettes recouvrées qui sont en hausse de près de 7% grâce à une amélioration modeste du produit de la fiscalité pétrolière qui augmente de 3% et surtout de la fiscalité ordinaire qui est en hausse de 10 %.

L’augmentation sensible du produit de la fiscalité ordinaire est une petite surprise dans le cadre d’une Loi de finances qui n’avait prévu « aucune hausse des impôts ». Elle pourrait être due notamment, selon nos sources, à l’introduction de droits de douane supplémentaires (les DAPS) sur certaines catégories de produits importés.

Au total les recettes budgétaires au premier trimestre s’élèvent à un peu plus de 1450 milliards de dinars et sont néanmoins globalement en ligne avec les prévisions de la loi de finance 2019 qui tablent sur 6500 milliards de recettes pour l’ensemble de l’année en cours.

Les dépenses de fonctionnement battent des records

Côté dépenses, en revanche, les nouvelles sont très mauvaises. Elles se situent globalement déjà à près de 2450 milliards de dinars en trois mois. Ce qui les placent sur une pente nettement plus élevée que les 8500 milliards de dinars prévus par la Loi de finances pour l’ensemble de l’année 2019.

Plus encore que leur montant, c’est leur structure qui est un sujet de préoccupation. Ce sont en effet les dépenses de fonctionnement de l’État qui sont en hausse très sensible au premier trimestre.

Cette augmentation, proche de 12 %, est nettement supérieure aux prévisions de la loi de finance et n’a pas pour l’instant reçu d’explication convaincante.

Au premier trimestre, les dépenses de fonctionnement de l’État ont grimpé à plus de 1550 milliards de dinars. Extrapolé à l’ensemble de l’année en cours, ce niveau de dépenses courantes, supérieur à 500 milliards de dinars par mois, place les dépenses de fonctionnement de l’État sur une trajectoire record de 6000 milliards de dinars en 2019.

Des dépenses d’équipement en pleine dégringolade

Les dépenses d’équipement (liés à l’investissement) sont en pleine dégringolade et enregistrent une baisse de 28 %. Elles ne représentent plus que 890 milliards de dinars contre près de 1250 milliards l’année dernière à la même époque.

Un chiffre qui confirme et explique sans doute en grande partie les inquiétudes exprimées par beaucoup d’associations professionnelles, qui ont tiré la sonnette d’alarme sur la situation des entreprises dépendantes de la commande de l’État.

C’est en particulier le cas des entrepreneurs du BTP qui dénoncent au cours des derniers mois l’accumulation des arriérés de paiement et la baisse de leur plan de charge qui aurait déjà conduit à la fermeture de plusieurs milliers d’entreprises et la mise au chômage de plus de 200 000 travailleurs depuis le début de l’année.

Vers la dévaluation du dinar pour financer le déficit

Paradoxalement, c’est dans ce contexte que le gouvernement vient d’annoncer la « fin de la planche à billets ». La publication de ces chiffres interpelle sur les moyens dont pourra disposer l’État algérien pour financer un déficit budgétaire énorme et persistant en dépit de la réduction drastique des dépenses d’équipement.

Ce déficit devait initialement être couvert par le recours à la planche à billets. Si on en juge par les informations données en avril dernier par la Banque d’Algérie, les ressources mises à la disposition du Trésor public par la Banque centrale pourraient encore permettre de financer le déficit pour quelques mois.

Plus pour très longtemps cependant et les autorités financières pourraient, dès le deuxième semestre de l’année en cours ne plus disposer d’autre solution que la dévaluation du dinar pour financer le déficit.

En remettant en cause les engagements de « stabilisation de la valeur de la monnaie nationale pour une période de trois ans » contenus dans la Loi de finances 2019, cette probable dévaluation augmenterait mécaniquement le niveau de la fiscalité pétrolière mais aussi et surtout les « profits exceptionnels » réalisés par la Banque d’Algérie à travers la vente de devises et qui sont reversés à l’État.

Après une période de relative stabilisation de la valeur du dinar inaugurée en mai juin 2016 et facilitée par le financement monétaire du déficit, on s’oriente donc tout droit vers une nouvelle séquence de dévaluation du dinar au cours des prochains mois dans le but de sauver des finances publiques en très mauvaise posture.