Projets d’investissement surestimés : 22 ministres frappés d’ISTN

Mohamed Fawzi Gaidi, El Watan, 25 juin 2019

Quelque 22 membres (ministres) ou leurs représentants (secrétaires généraux), qui siégeaient au Conseil national de l’investissement (CNI), viennent d’être frappés par une interdiction de sortie du territoire national (ISTN). Cette mesure, selon des sources sûres, est préalable à une convocation par la justice.

En effet, les conclusions des enquêtes engagées par les services de sécurité sur les projets d’investissement étrangers font état de graves atteintes à l’économie nationale. «Plusieurs investisseurs étrangers ont bénéficié d’une présumée complicité des membres du CNI en validant des valeurs de projets d’investissement surestimés lors de l’examen de leurs dossiers qui, soi-disant, présentaient un intérêt pour l’économie nationale», expliquent les mêmes sources.

Il en est ainsi, abondent ces sources, de l’investissement du groupement turc Tosyali Iron & Steel, spécialisé en sidérurgie dont le complexe est implanté à Bethia dans la wilaya d’Oran. La réalisation de ce projet, inscrit au titre de l’investissement direct étranger (IDE), a été lancée en septembre 2011 après sa validation par le CNI dont le président était Abdelmalek Sellal.

L’investisseur turc s’était engagé à apporter un autofinancement partiel à hauteur de 30% sur un total de 750 millions d’euros et le reste dans le cadre d’un financement bancaire. «La supercherie réside, justement, dans l’autofinancement déclaré par l’investisseur étranger et validé par les membres du CNI. Sachant que le montant de l’investissement est surestimé, l’investisseur étranger n’a pas eu à débourser le moindre sou, sinon un apport négligeable, pour apporter son autofinancement de 30%.

Il a suffi qu’il contracte son crédit bancaire pour financer son projet avec de l’argent algérien», détaillent d’autres sources proches de l’enquête.

Le projet du groupement turc Tosyali en Algérie ne serait pas seul à être sous la loupe des enquêteurs des services de sécurité. D’autres investisseurs, ayant bénéficié des mêmes largesses avec la complicité du CNI, font l’objet d’investigations.

Rappelons que le CNI a été créé auprès du ministre chargé de la Promotion des investissements qui en assure le secrétariat. Il est placé sous l’autorité du chef du gouvernement ou du Premier ministre – Abdelmalek Sellal puis Ahmed Ouyahia – qui en assure la présidence. Ses travaux sont sanctionnés par des décisions, des avis et des recommandations. L’action de ce Conseil s’exerce en matière de décisions stratégiques relatives à l’investissement et d’examen des projets présentant un intérêt pour l’économie nationale.

Les membres permanents qui composent le CNI sont les ministres chargés des portefeuilles des Collectivités locales, des Finances, de l’Industrie et la Promotion des investissements, du Commerce, de l’Energie et des Mines, du Tourisme et de l’Environnement.

L’Agence nationale du développement industriel (ANDI), qui met en œuvre les décisions du CNI, assiste, en tant qu’observateur, aux réunions du CNI. Ce dernier se réunit au moins une fois par trimestre et peut être convoqué par son président, ou à la demande d’un de ses membres.

Depuis le 22 février, date symbolique du déclenchement du hirak, il n’a pas tenu une seule réunion. A suivre…