Nouvelle confrontation entre les deux ailes qui se disputent le contrôle du parti : La crise s’accentue au FFS

Madjid Makedhi, El Watan, 23 juin 2019

Nouvel épisode dans la crise interne qui secoue le Front des forces socialistes (FFS). Le siège national du parti a été, une nouvelle fois, le théâtre de quelques scènes de violence opposant les deux parties en conflit : l’équipe menée par le coordinateur de l’Instance présidentielle (IP), Ali Laskri, et celle conduite par Hayat Tayati et Sofiane Chouikh, tous deux ex-membres de l’IP. Que s’est-il passé ?

A l’origine de cette nouvelle bagarre, la tenue d’une session du conseil national du parti, convoquée par les opposants à Ali Laskri qui tiennent le contrôle du siège national depuis le 13 avril dernier. Mais la rencontre ne s’est pas tenue dans le calme comme le voulaient les organisateurs. Les partisans d’Ali Laskri, qui revendiquent la légitimité de leur direction nationale, se sont présentés sur les lieux pour y tenir un sit-in en vue de récupérer, selon Brahim Meziani, membre de l’instance présidentielle, le siège du parti «squatté». Et remake des scénarios précédents qui ont conduit le plus vieux parti de l’opposition à cette situation inédite.

Aussitôt, selon des témoins, les échanges entre les deux parties ont viré à la confrontation devant le portail principal du siège national du FFS. «Les partisans de Tayati et Chouikh nous ont agressés en faisant usage de projectiles divers. Ils ont même passé à tabac des anciens militants de 1963», accusent les soutiens de Laskri et de sa direction, dont Kaci Ahmed, ancien militant de 1963 qui dit avoir été «victime d’agression».

Il a fallu l’intervention massive des forces de l’ordre pour séparer les deux parties qui ont continué, durant toute la matinée d’hier, à s’échanger des accusations à distance. Pendant ce temps, à l’intérieur du siège, les travaux dudit conseil national ont commencé avec la présence, selon Djamel Baloul, député du parti, de «la majorité des membres de cette instance». «Le quorum est atteint. Aujourd’hui, on a réussi à récupérer le parti. C’est un cadre légal. Maintenant, il faut aller expliquer notre démarche aux militants. Le FFS a toujours été un parti de militants», affirme-t-il, niant «toute implication de l’ancien cabinet noir dans ce conflit».

Les participants à cette rencontre ont procédé à la désignation d’un nouveau premier secrétaire national, en l’occurrence Belkacem Benameur. S’exprimant devant la presse, ce dernier «fait part de sa volonté de faire tout son possible pour rassembler les rangs au sein du parti», soulignant que son «objectif principal consiste à organiser le 6e congrès du parti à la fin octobre de l’année en cours».

«Un hold-up du parti»

Cette décision a été rejetée par les contestataires qui remettent en cause la légitimité de ce conseil national qui n’a pas réuni, selon eux, le quorum. «Ils ont organisé un conseil national avec 30 personnes et désigné un premier secrétaire avec seulement deux membres de l’instance présidentielle, dont un est radié des rangs du parti. C’est une grave violation des statuts du FFS», dénonce Brahim Meziani.

Intervenant devant ses partisans à l’extérieur du siège, Ali Laski dénonce la transformation du siège du FFS en «caserne». «Le siège national a toujours été ouvert aux militants. Aujourd’hui, les putschistes l’ont transformé en caserne. Ils ont mis des fils barbelés et un portail blindé. Pis, ils tiennent leurs réunions sous la protection de la police et agressent les militants en mobilisant des voyous», lance-t-il, dénonçant une «volonté du pouvoir de casser le FFS qui a retrouvé sa ligne politique radicale».

Mais, dit-il, «ils ne réussiront pas». «En 1963, ils ont voulu créer un FFS 2. Mais Si Lhocine (Hocine Aït Ahmed, ndlr) les avait devancés. Ils n’ont pas réussi. Et ils ne réussiront pas cette fois aussi.»

La crise se corse

Pour Ali Laskri, ce conflit «est suscité par des officines du pouvoir dérangé par l’action menée par le parti en vue d’aller vers une conférence nationale». «Cette décision a été prise lors du dernier congrès. Nous avons rencontré tout le monde : partis, associations, syndicats et personnalité. Donc, on a voulu neutraliser le FFS», ajoute-t-il.

Des accusations que récusent ses adversaires. «C’est bien lui (Ali Laskri) qui a voulu exclure tous les militants. Avec Mohand Amokrane Chérifi, ils prennent les décisions sans consulter les autres membres de l’instance présidentielle et sans prendre l’avis du conseil national.

cela le problème. Aujourd’hui, il se cache derrière la rencontre avec les partis pour se donner une nouvelle légitimité», affirme Djamel Baloul. Selon lui, «la crise n’est certes pas réglée», mais «avec l’adhésion des militants, elle sera solutionnée». Mais le parcours risque d’être encore long. Car la direction regroupée autour du trio Laskri-Chérifi-Meziani ne compte pas se laisser faire. «On va continuer et on va résister. Nous allons poursuivre notre démarche visant à organiser la conférence prévue avec les partis le 26 juin courant. Concernant le siège, nous allons exploiter toutes les procédures légales pour le récupérer, y compris une action en justice», précise Brahim Meziani.

Démission du parlement : la goutte qui a fait déborder le vase

La crise qui secoue actuellement le FFS, rappelons-le, couvait depuis plusieurs années déjà. Elle remonte, plus particulièrement, à la veille de la tenue du congrès extraordinaire, le 20 avril 2018. Elle s’est accentuée à l’occasion de la tenue, en février dernier, d’une session du conseil national du parti. Lors de cette rencontre, rappelons-le, Hayat Tayati a contesté le maintien du premier secrétaire, Mohamed Hadj Djilani. Le conflit s’est accentué par la suite pour déboucher sur une rupture définitive entre les deux parties opposées après la décision de l’instance présidentielle du FFS appelant ses parlementaires «à quitter le Parlement pour rejoindre le mouvement populaire qui venait de commencer». Mais la décision n’a pas été acceptée par le groupe parlementaire qui l’avait dénoncée.

La suite est connue. Ali Laskri a été chassé de force du siège national. Le même lieu a également connu d’autres scènes de violence durant le mois de mai dernier. Et la crise ne cesse de s’accentuer, au grand dam des militants du FFS, consternés par cette situation.