Un rassemblement a été organisé pour exiger l’annulation du congrès qu’il a convoqué : Le rejet de Sidi Saïd s’organise

Iddir Nadir, El Watan, 13 juin 2019

Des centaines de syndicalistes de l’UGTA ont tenu, hier, un rassemblement devant le siège de la centrale syndicale à Alger, pour réclamer le départ du secrétaire général de l’UGTA, Abdelmadjid Sidi Saïd, et exiger la «réappropriation» de l’organisation à travers l’organisation d’un congrès national extraordinaire.

Un dispositif policier renforcé a empêché les travailleurs, issus de plusieurs entreprises publiques, à l’instar de la CNAC, Cosider, CNAS, ADE, d’accéder à l’esplanade de la Maison du peuple. Les protestataires, rassemblés rue Aïssat Idir, ont scandé des slogans exigeant le départ de Sidi Saïd et l’annulation du congrès «préfabriqué» convoqué pour la semaine prochaine.

Des pancartes accrochées sur les murs du lycée Idrissi portent des messages hostiles à l’actuel secrétariat et son inamovible chef : «Sidhoum Saïd dégage», «Non pour un congrès préparé par la « 3issaba» (bande), «Système mafieux, dégage», «Yetnahaw ga3 sans exception».

Le rassemblement national d’hier a été décidé à l’appel du Comité national de réappropriation et de sauvegarde de l’UGTA, regroupant, principalement, les unions de 5 wilayas (Béjaïa, Saïda, Constantine, Tlemcen, Tizi Ouzou) et des représentants de la Fédération nationale des travailleurs de la mécanique et de la métallurgie. «C’est la troisième action d’envergue nationale, après celles du 17 avril et du 1er mai.

Aujourd’hui, on est revenus avec les mêmes objectifs : la réappropriation de l’UGTA, le départ du secrétaire général et de son comité, dire non au congrès préfabriqué et pour dénoncer les mesures coercitives à l’endroit des membres du conseil national», résume Abdelaziz Hamlaoui, secrétaire général de l’union de wilaya de Béjaïa et coordonateur du Comité national de réappropriation et de sauvegarde de l’UGTA.

Le syndicaliste estime que la désignation des congressistes s’est effectuée sans l’adoption du bilan moral et financier par la commission exécutive nationale (CEN). «Les textes sont clairs, il faut trois mois pour organiser le congrès», précise Hamlaoui.

Les détracteurs du secrétaire général de la centrale parlent d’une «cabale» contre des opposants : à ce jour, 65 membres du CEN sont suspendus pour empêcher qu’ils «contestent» les options qui seront soumises lors de ce congrès.

Le Comité de réappropriation a déposé deux plaintes : une pour invalider les décisions prises lors du CEN d’Oran et une autre devant le Conseil d’Etat pour «bloquer» le congrès.

«Contre le SG des patrons»

«Nous sommes contre ce congrès sur mesure que Sidhoum Saïd veut mettre en place. Il veut placer son équipe. Ces gens-là n’ont aucune crédibilité. Le SG actuel ne nous représente pas, il est le représentant des patrons.

Où qu’ils fassent leurs congrès, nous irons le bloquer. La base le rejette, le peuple aussi. Sidi Saïd doit partir. Nous installerons à sa place une personnalité intègre que choisiront les travailleurs», tranche Djemai Saïd, président du comité de participation du groupe SNVI.

Il est reproché à Sidi Saïd son «unilatéralisme» et son long compagnonnage avec les patrons. «Sidi Saïd est sorti, que je sache, de la base, mais à la télévision on le voit défendre Ali Haddad, Tahkout et toute la bande. Il a trahi les travailleurs. Les travailleurs veulent son départ», lance Bachiri Saïd, secrétaire général du syndicat de l’entreprise La Belle.

Des actions de protestation ont été organisées, ces dernières semaines, devant le siège de l’UGTA et les unions de wilaya pour exiger la réappropriation de l’organisation. A Tizi Ouzou, toutes les unions locales ont fait un retrait de confiance à Sidi Saïd, qui en est issu. «Comme représailles, Sidi Saïd a envoyé des huissiers. Notre SG de l’union de wilaya, Ramdhani Bachir, est convoqué demain (aujourd’hui) pour passer devant la commission de discipline.

La convocation est caduque. Elle n’est pas signée par le président de la commission de discipline qui est contre Sidi Saïd, qui a instruit son organique pour l’envoyer», s’offusque Berchiche Yacine, syndicaliste à l’ADE de Tizi Ouzou. Les protestataires affirment qu’ils «empêcheront par tous les moyens» le prochain congrès prévu, dénoncent-ils, à Club des Pins.

Le Comité national de réappropriation et de sauvegarde de l’UGTA a annoncé l’installation d’un comité national souverain de réappropriation de l’UGTA par les travailleurs (CNRUT), «compétent pour programmer et préparer le congrès national extraordinaire de l’UGTA avant la fin de l’année».

Le comité a également lancé une pétition nationale (un million de signatures) pour exiger la restitution de l’UGTA aux travailleurs. «A Béjaïa, uniquement, nous avons collecté plus de 10 000 signataires », se réjouit Hamlaoui.