Violence inouïe au Mali

Une centaine de personnes massacrées à Sobane-Kou

Zine Cherfaoui, El Watan, 11 juin 2019

Cette éruption de violence intervient à un moment où la communauté internationale a pourtant mobilisé de gros moyens pour venir à bout des groupes terroristes locaux.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, avait raison de s’inquiéter, dans son dernier rapport remis au Conseil de sécurité, de l’augmentation des attaques terroristes contre les civils et des conflits intercommunautaires dans le centre du Mali.

Les attaques sont non seulement persistantes, mais elles font chaque fois des victimes par dizaines, comme celle qui a ciblé, dans la nuit de dimanche à lundi, le village dogon de Sobane-Kou peuplé de 300 habitants. Au moins 95 personnes y ont été exécutées de sang-froid. Il est dénombré également 19 disparus.

Au moment où nous mettions hier sous presse, l’identité des assaillants n’était pas connue. Seul élément disponible : «Ce sont des hommes armés qui sont venus tirer, piller et brûler», selon des sources sécuritaires maliennes relayées par des médias locaux.

La presse malienne rappelle cependant que depuis l’apparition, en 2015, dans le centre du Mali du groupe terroriste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies Bambara et Dogon, pratiquant essentiellement l’agriculture, qui ont créé leurs «groupes d’autodéfense».

Le Mali, devenu après le renversement de Mouammar El Gueddafi une sorte de Mecque pour les terroristes du Sahel, est aujourd’hui dangereusement entraîné dans une spirale de violence et de règlements de comptes qui risque de déstabiliser tout le pays.

Le Burkina Faso et le Niger voisins endurent également la même situation. Les terroristes instrumentalisent les aspects religieux et ethniques pour attiser les tensions et précipiter des régions entières dans le chaos.

Critiques et interrogations

Cette irruption de violence intervient à un moment où pourtant la communauté internationale a mobilisé d’importants moyens militaires pour venir à bout des groupes terroristes locaux. La stratégie de lutte antiterroriste pour laquelle ont opté l’ONU, l’Union européenne et la France est-elle inadaptée ?

C’est ce que pensent le secrétaire général de l’ONU et de nombreux experts en sécurité (lire à ce sujet notre édition d’hier).

A quelques semaines d’une décision du Conseil de sécurité de l’ONU sur l’avenir de la Mission des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), Antonio Guterres appelle d’ailleurs à renouveler le mandat de la mission, mais en veillant cette fois à redéployer des troupes.

Pour le secrétaire général des Nations unies, l’effort sécuritaire doit se concentrer autour de Mopti, où les tensions communautaires s’aggravent et les attaques terroristes se multiplient.

Le rapport évoque aussi les risques liés à l’apparition de groupes d’autodéfense ethniques et à la prolifération d’armes. Aussi, M. Guterres a-t-il appelé le gouvernement malien à protéger les civils et à prendre «des engagements forts» pour mettre fin à l’impunité et éviter des «atrocités» comme celle d’Ogossagou, nom d’un village peul où 160 personnes ont été massacrées le 23 mars dernier. Ce massacre visant la communauté peule est le plus meurtrier depuis 2012.

Le rapport fait ainsi état de plusieurs attaques intercommunautaires mais aussi visant les forces de sécurité et la Minusma qui restent des cibles privilégiées pour les terroristes. 67 soldats maliens et quatre Casques bleus sont morts cette année dans des attaques.

Les zones frontalières avec le Burkina Faso et le Niger constituent une autre source d’inquiétude. Des régions entières du Burkina sont aujourd’hui hors de contrôle.

Des experts font remarquer que «la dégradation de la situation est comparable à ce qu’il s’est passé avec le nord du Mali». L’ONU attire l’attention notamment sur le fait que les groupes terroristes qui y évoluent traversent les frontières et élargissent leurs actions aux pays voisins.

    – 19 morts dans une attaque au Burkina Faso

    Au moins 19 personnes ont été tuées, hier soir, par un «groupe d’individus» dans la commune d’Arbinda, dans le nord du Burkina Faso, a indiqué hier une source sécuritaire. Déjà, dimanche matin à Arbinda, trois véhicules avaient été interceptés puis incendiés et un chauffeur tué par des hommes armés, ajoute la même source.

    Cette commune rurale, située à 90 kilomètres de Djibo, chef-lieu de la province du Soum, dans le nord du Burkina Faso, est en proie à des attaques de plus en plus en plus fréquentes et meurtrières, attribuées par les autorités à des groupes terroristes.

    Arbinda a enregistré une série d’attaques meurtrières ces derniers mois, alors que les forces de défense et de sécurité mènent une grande opération «antiterroriste» dans la zone. Début avril, toujours à Arbinda, 62 personnes ont été tuées lors d’attaques terroristes suivies d’affrontements intercommunautaires. Z. C.