La société civile divisée sur la transition : pas d’accord sur une feuille de route

Riyad Hamadi, TSA, 08 Juin 2019

La réunion de préparation de la Conférence nationale de la société civile, prévue ce samedi 8 juin à Alger, s’est achevée sans accord, a-t-on appris des organisateurs.

« Les discussions autour d’une feuille de route consensuelle vont se poursuivre. La réunion est ouverte, nous allons nous rencontrer cette semaine », affirme à TSA Abdelouahab Fersaoui, président du RAJ, l’une des associations qui composent les trois dynamiques de la société civile, sans donner plus de détails. « Le débat reste ouvert pour trouver une solution consensuelle », se limite-t-il à dire.

Selon nos sources, les discussions entre les deux grandes tendances de la société civile ont buté sur la définition des mécanismes de la transition. « Il y a deux groupes, chacun a avancé ses arguments, mais aucun n’a pu convaincre l’autre », explique un participant sous couvert de l’anonymat.

Le premier groupe prône une transition démocratique avec l’élection d’une assemblée constituante, et l’autre soutient la proposition du pouvoir d’aller directement et rapidement vers une élection présidentielle. « Il n’y a pas eu d’accord sur les mécanismes de la transition », constate un participant à la réunion qui s’est déroulée à huis clos.

Le semi-échec de la réunion de ce samedi pourrait repousser la date de tenue de la Conférence nationale civile, qui est prévue le 15 juin.


Réunion de la société civile : le compte rendu de trois participants

Younès Djama, TSA, 08 Juin 2019

Des syndicats et des associations se sont réunies ce samedi pour préparer la Conférence nationale de la société civile prévue le 15 juin. La réunion s’est terminée sans accord, mais elle reste ouverte pour trouver un consensus sur une feuille de route. Meziane Meriane, coordinateur national du Snapeste, Said Salhi, vice-président de la LADDH et Abdelouahab Fersaoui, font leur compte rendu.

Meziane Meriane : « On a eu à discuter la feuille du consensus mais je dirais qu’une erreur a été faite : la commission de rédaction n’a pas tenu compte des amendements proposés. Probablement il va y avoir une autre lecture. La feuille de route sera refaite. On va y remédier si ce n’est pas déjà fait. Il n’y a pas eu de désaccord. En revanche nous avons assisté à un débat riche, nous avons discuté profondément de la situation politique mais aussi des enjeux. Lorsque vous avez 71 associations et syndicats c’est très difficile d’arriver à un consensus véritable. Mais la conférence n’a pas échoué. Je dirais qu’elle a été une réussite au regard de la qualité des débats qu’il y a eu. Il n’y aura pas de report de la conférence nationale du 15 juin. À 99% elle va se tenir comme on l’a prévu. »

Pour Said Salhi de la LADDH, « l’avant projet de la feuille de route à été largement discuté et débattue en commission de travail regroupant les 3 dynamiques à savoir notre Collectif, la confédérations des syndicats et le Forum civil. L’assistance a choisi de garder la réunion ouverte, pour se donner plus de temps en vue de consolider le consensus et rapprocher encore les points de vue autour de la transition, des institutions de transition et des contours de la nouvelle république en rupture avec le système ».

Et d’ajouter : « Au terme de la réunion, le consensus n’est toujours pas dégagé, mais tous les participants se sont mis d’accord pour poursuivre les discussions avant la conférence nationale pour l’élaboration d’une feuille de route pour la transition démocratique et pacifique répondant aux aspirations du mouvement populaire. Il est question de consolider les points de convergences et de rapprocher au maximum les divergences et les différents points de vue ».

Abdelouahab Fersaoui, président du RAJ : « La réunion de concertation entre les différentes dynamiques regroupant le collectif de la société civile pour la transition démocratique, le Forum civil pour le changement et la confédération des syndicats algériens est toujours ouverte, un débat franc et contradictoire autour de la feuille de route que nous voulons consensuelle.

Jusqu’à présent le consensus n’est toujours pas dégagé, mais tous les participants se sont mis d’accord pour poursuivre les discussions jusqu’à l’élaboration d’une feuille de route pour la transition démocratique et pacifique répondant aux aspirations du mouvement populaire. La mobilisation continue. »


La société civile se concerte : deux feuilles de route sur la table

Younès Djama, TSA, 08 Juin 2019

Des syndicats et des associations ont pris part, ce samedi 8 juin, à la 4e réunion de consultation des trois dynamiques de la société civile.

Cette réunion est une rencontre préparatoire de la Conférence nationale de règlement de la crise politique, prévue le 15 juin prochain. Objectif : sortir avec une seule proposition de sortie de crise commune à toutes les parties prenantes.

« Nous sommes trois dynamiques qui regroupent aujourd’hui l’essentiel des sensibilités de la société civile. En tant que tels nous avons pris notre responsabilité comme espace de médiation et de proposition afin de participer à trouver une résolution à la crise », explique à TSA, Saïd Salhi vice-président de la LAADH.

Pour autant, ces dynamiques n’entendent pas se substituer au Hirak. « Le but de la rencontre c’est de se concerter avec le maximum de syndicats et d’associations. Je précise juste une chose : nous ne sommes pas les représentants du Hirak, comme certains pourraient le faire croire, recadre Abdelmadjid Azzi, coordinateur du Conseil national des enseignants du supérieur (CNES) membre de la CSA. Nous sommes partie prenante du mouvement populaire certes, mais nous ne sommes pas là ni pour négocier du Hirak ni quoi que ce soit ».

« Nous sommes en train de discuter des différentes propositions techniques (de sortie de crise). Personnellement je pense que le problème n’est pas technique. Il y a des revendications populaires et il y a des gens qui sont aux commandes du pays, c’est à eux de répondre aux revendications populaires, ni plus ni moins », affirme le coordinateur du CNES.

« En étant des organisations structurées et organisées, on essaie de contribuer et faire entendre notre voix et joindre celle-ci à celle du peuple », poursuit M. Azzi. « Nous souhaitons aller vers une plateforme consensuelle. Nous n’y sommes pas encore mais il y a une ébauche », estime pour sa part Boualem Amoura président du Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (Satef).

Deux tendances ou feuilles de route sont enregistrées au sein des trois collectifs de la société civile. « Il y a ceux qui proposent une constituante laquelle va donner naissance à une Constitution avant les élections présidentielles, et ceux qui réclament d’aller vers les présidentielles et que c’est au président qui sera élu de convoquer le corps électoral pour une constituante laquelle se chargera d’élaborer le texte fondamental », détaille Meziane Meriane de la Confédération des syndicats algériens (CSA).

« Nous tentons de nous entendre malgré quelques désaccords. Il y a plus de 70 organisations mais toutes sont convaincues de la nécessité de dépasser la feuille de route vide du pouvoir », souligne Hakim Addad ancien président du RAJ, et animateur du CSVM-22 février (Collectif Soutien Vigilance mouvement 22 février).

Revenant sur la conférence nationale à venir, M. Addad précise que l’objectif est de définir la feuille de route de la société civile et politique « pour un processus de transition avec une direction ou présidence collégiale (hommes et femmes), un gouvernement de compétences nationales et un processus constituant ou une conférence pour travailler sur une nouvelle constitution ».

Selon lui, la société civile et la conférence nationale « se doivent d’être en phase et fidèles aux revendications populaires ».

Hakim Addad met en exergue les préalables à tout dialogue à savoir la libération des prisonniers d’opinion, l’arrêt immédiat de la répression, l’ouverture du champ politique et le respect de toutes les libertés individuelles et collectives. Enfin, M. Addad se prononce contre toute élection tant que le processus de transition n’a pas eu lieu. « Les élections sont une finalité pas une fin en soi. Elles arriveront à la fin du processus », soutient-il.

Les trois dynamiques de la société civile sont composées du Collectif des dynamiques de la société civile pour une transition démocratique créée le 27 février avec la Confédération des syndicats algériens (CSA) et le Forum civil pour le changement.