Le juge irrité par les déclarations des Chinois et des Japonais

Les représentants de Citic-Crcc et cojaal réfutent les accusations

Le juge irrité par les déclarations des Chinois et des Japonais

El Watan, 30 avril 2015

Les représentants de l’entreprise chinoise Citic-CRCC et de la japonaise Cojaal sont restés murés dans la dénégation de tous ce qui leur est reproché dans le cadre de l’affaire autoroute Est-Ouest, affirmant ne rien à voir avec l’affaire.

Les sociétés étrangères poursuivies pour «corruption» et «complicité de dilapidation de deniers publics» ont rejeté les accusations portées à leur encontre. Deux d’entre elles – la chinoise Citic- CRCC et la japonaise Cojaal – ont créé la surprise par les réponses apportées aux nombreuses questions du tribunal, au point de faire sortir le juge de ses gongs. D’abord, le représentant de Citic- CRCC, un groupement de deux entreprises publiques chinoises, affirme qu’il est de droit algérien et n’a aucune relation avec les sociétés mères, à Pékin.

Lorsque le juge demande au représentant chinois s’il connaît Medjdoub Chani, le représentant est affirmatif : «Je ne le connais pas. Il n’a jamais travaillé avec Citic.» Le juge lui rappelle que Chani a réglé les problèmes auxquels la société a fait face et le représentant de Citic-CRCC répond : «Lorsque nous avons des problèmes, nous en parlons avec la société mère ou au maître de l’ouvrage, qui est l’ANA. S’il a travaillé avec la société mère, nous ne le savons pas.»

Le président du tribunal se tourne vers Chani et lui demande ce qu’il a à dire. Chani : «Je n’ai aucune relation avec les Chinois d’Alger. J’ai signé avec la société mère à Pékin.» Le représentant du groupement réplique : «Je ne l’ai su que lors du procès…» Le juge : «Chani a reçu des commissions pour les services qu’il vous a rendus et la commission rogatoire venue du Luxembourg le confirme.» L’accusé : «Nous n’avons jamais payé de commissions. Nous n’avons pas de relation avec la société mère.» Le débat sur la relation du bureau d’Alger avec celui de Pékin se transforme en casse-tête chinois.

Durant deux heures, la réponse n’est pas donnée. Le magistrat s’énerve. «Vous voulez couper la courroie de transmission entre ici et Pékin ?», lance-t-il, avant de s’adresser à Khelladi, qui explique que «Citic et Cojaal rendent des comptes à l’ANA, qui est le maître d’ouvrage, et à la DPN chargée de suivre l’exécution du marché. Vous n’aurez rien de ceux-ci. C’est le docteur Khaoua qui a tout géré, et dès que l’affaire de corruption a éclaté, il a disparu. Il s’est installé en Australie avec son fils. J’ai des informations parce que j’ai enquêté sur les employés pour voir s’ils travaillent pour l’ANA ou contre, sur les étrangers, pour voir s’ils sont là pour travailler ou faire de l’espionnage économique.

«Nous n’avons pas de relations avec pékin»

C’est cela, mon travail». Maitrisant parfaitement son dossier, il déclare : «Il y a eu 17,4 milliards de dollars versés pour la plateforme de 6960 km de l’autoroute. Lorsque j’ai vu Chani, il m’a dit que la Citic l’avait mandaté, et il m’a clairement ordonné de demander aux Chinois de financer la caisse noire du DRS à l’étranger. Il m’a parlé aussi de bitume et de ciment.»

Le président n’arrive pas à obtenir des réponses claires, à part que les mises à disposition des moyens à la DPN entraient dans le cadre du contrat et qu’ils n’en ont jamais réclamé le paiement. Le représentant de Cojaal adopte la même attitude : tout nier. Il déclare que les moyens, véhicules, locations de logements et de villas ont été assurés au profit de la DPN que dirigeait Khelladi dans le cadre du contrat, précisant toutefois qu’ils ont l’intention d’en réclamer les montants.

Des retards de 64 mois

Le président se tourne vers Khelladi, qui précise : «Tous les contrats ont été établis de la même manière, y compris avec les bureaux de suivi et de contrôle. L’avocate de l’ANA a fait une confusion entre les travaux supplémentaires qui concernent la plateforme de 11 milliards de dollars et les travaux complémentaires qui concernent les échangeurs, d’un montant de 5 milliards de dollars.»

Puis il s’attaque à Cojaal : «Ils ont un retard de 64 mois, les tunnels qu’ils ont réalisés se sont effondrés. J’ai avisé le ministre sur la négligence du PDG de Cojaal, qui passait son temps à Paris, abandonnant les chantiers. Cojaal n’a pas honoré ses engagements. Citic avait mis 560 personnes par kilomètre, alors que Cojaal n’en a mis que 13 sur chaque kilomètre. Les bureau de suivi ont eux aussi mis les moyens, mais Cojaal n’avait rien, ni équipement adéquat ni personnel. Khlaouha.

Toutes les missions de contrôle à l’ANA et à la DPN de l’IGF, de la Cour des comptes, du commissaire aux comptes, qui sont passées n’ont rien trouvé jusqu’en 2009, lorsque le ministre a ramené un proche à lui, M. Ziani, de Aïn Defla, pour découvrir que j’avais fait pression sur les Japonais et les Chinois. Arrêtez, les Algériens méritent mieux que cette autoroute payée au prix fort !» Le représentant de la société portugaise Coba nie lui aussi les faits. Il affirme qu’il avait fait la meilleure offre pour trois projets en 2009, mais n’en a obtenu que deux, le troisième a été accordé à une société française.

Il dit ne pas connaître Tadj Eddine Addou mais plutôt sa société, Merlan, à laquelle il a fait appel pour s’occuper des démarches administratives dans le cadre de la réalisation du marché qu’il venait d’obtenir. Même déclaration faite par le représentant d’Isolux Carsan, la société espagnole qui avait obtenu des marchés en Algérie dans le cadre de la coopération bilatérale. Selon lui, la relation avec Sid Ahmed Addou était purement professionnelle. Il a confié à son bureau Mitalsun, l’étude de réalisation du projet, après l’avoir obtenu.

Le représentant de la société Garanventa, leader mondial des téléphériques, a tenu les mêmes propos ; il affirme avoir reçu de nombreux intermédiaires quand la société a obtenu le marché des téléphériques. Mais son avocat à Genève lui a conseillé de prendre Mitalsun pour ses compétences et son sérieux. «Nous préférons consacrer 1 à 2% du montant du marché à l’étude de réalisation plutôt que de prendre le risque de faire face à de nombreux problèmes administratifs et de perdre 30% du marché à cause des retards et des pénalités. Nous n’avons payé que les prestations assurées sur la base des factures bien établies.»

Le représentant de Pizarotti rejette toutes les accusations de corruption. Il explique que la société italienne a travaillé dans une totale légalité. Abondant dans le même sens, le représentant du bureau d’étude canadien SMI nie tous les faits qui lui sont reprochés : «Nous avions obtenu les marchés en soumissionnant dans le cadre de la loi. Nous n’avons jamais payé de pots-de-vin.» Demain les débats se poursuivront avec l’audition des témoins, le réquisitoire et probablement le début des plaidoiries.

Salima Tlemçani


Procès de l’affaire de l’autoroute est-ouest : Les Chinois renient Chani Medjoub

Lyas Hallas, Maghreb Emergent, 30 avril 2015

Les auditions des inculpés dans l’affaire de l’autoroute est-ouest sont terminées mercredi soir. Il ne reste que l’homme d’affaires El Khier Allab qui n’a pas été entendu pendant l’instruction qui doit passer à la barre aujourd’hui. Les déclarations des représentants du consortium japonais COJAAL et le groupement chinois CITIC-CRCC ont représenté le fait saillant de la journée d’hier.

Les représentants du groupement chinois CITIC-CRCC et du consortium japonais COJAAL, inculpés dans l’affaire de l’autoroute est-ouest, ont affirmé mercredi devant le juge que leurs entreprises ont mis des moyens à la disposition de l’Agence nationale des autoroutes (véhicules, les téléphones portables, le loyer payé à ses cadres et ingénieurs etc.) en application d’une clause contractuelle qui stipule des mesures d’accompagnement dans l’exécution des travaux.

C’était un moment fort de l’audition des entreprises où l’avocat de Mohamed Khelladi, inculpé justement pour avoir exigé à ces entreprises la mise à la disposition de sa division et de ses personnels lesdits moyens, a saisi l’occasion pour demander au juge de le souligner dans le dossier.  » Donnez-moi une attestation monsieur le juge ! « , s’est-il exclamé avec enthousiasme à chaque fois que cette clause contractuelle est évoquée. Le représentant de COJAAL est allé plus loin en disant que le consortium n’aurait pas demandé de les restituer après l’emprisonnement de Mohamed Khelladi si l’ANA ne lui avait pas demandé de le faire.

Ainsi, Khelladi, à qui le juge avait demandé ce qu’il pensait des déclarations du représentant de COJAAL, a formulé une autre accusation à l’encontre d’Amar Ghoul et l’ancien DG de l’ANA Mohamed Ziani qui se trouve être témoin dans ce procès : « C’est Ghoul qui a demandé à Ziani de le faire en contrepartie de son maintien dans le poste de DG de l’ANA ».

Le représentant du groupement CITIC-CRCC, une joint-venture de droit algérien entre CITIC International et CRCC a, lui, enfoncé Chani :  » CITIC-CRCC n’a jamais eu de relation contractuelle avec Chani Medjoub et en tant responsable je ne l’ai jamais vu ni lui ai fait part de nos contraintes ». Et d’ajouter :  » Nous avons eu à faire face à des difficultés certes, mais nous les exposions régulièrement au maître de l’ouvrage et nous en rendions compte à nos sociétés mères ». Chani s’est encore défendu en expliquant qu’il était conventionné par CITIC International et non pas par CITIC-CRCC.

Tadjeddine nie tout en bloc

Les représentants du consortium japonais et le groupement chinois étaient les derniers auditionnés pour ce premier volet de l’affaire qui concerne les contrats conclus dans le cadre du projet de l’autoroute est-ouest. Le juge a en effet auditionné Sid Ahmed Tadjeddine Addou et des bureaux d’études COBA (Portugal) et SMI (Canada) avant de passer au volet lié aux contrats du secteur du Transport.

En somme, Tadjeddine a nié avoir vu Chani avant de le croiser en prison. Tadjeddine qui a dit être le tuteur de sa petite famille et celle de son frère décédé a indiqué avoir connu Sacha en 1999. Ce dernier l’avait alors mis en contact avec une association française pour la prise en charge de sa nièce handicapée.

« Je l’ai présenté à Khelladi qui a un fils handicapé pour faire de même avec lui. Je n’ai ni payé le billet d’avion Alger-Paris pour Khelladi ni entendu parler de son voyage en Chine », a-t-il dit, soulignant que les aveux consignés dans le dossier judiciaire lui ont été extorqués sous la torture.  » C’était tellement inhumain que je disais ce qu’on me faisait répéter, pourvu qu’on me laisse regagner ma cellule pour dormir », a-t-il déclaré.

Au sujet d’un montant de 30 000 USD qu’il avait viré dans le compte d’Habib Mrabet, représentant de SMI au Maghreb, Tadjeddine a dit avoir rendu un service à son amie Lison Benarroch, vice-présidente de SMI International.

« C’était pour permettre à Habib Mrabet de régler une urgence liée aux activités du groupe au Maroc  » a-t-il dit. Habib Mrabet, convoqué comme témoin dans ce procès avant que le juge Tayeb Hellali ne décide de l’auditionner en tant représentant de SMI International qui est inculpé dans l’affaire en tant personne morale, a avoué qu’il avait décroché le contrat de contrôle externe dans le cadre du projet de l’autoroute est-ouest pour SMI avant qu’il n’intègre officiellement le groupe.

 » Je travaillais à Alstom et j’étais en négociation pour créer une filiale de SMI en Algérie », a-t-il déclaré. Quant au montant de 186 000 euros versés par COBA sur le compte HSBC Suisse de Tadjeddine, le représentant de ce bureau d’études portugais a précisé que c’était une avance sur des prestations contractuelles que devait fournir Tadjeddine à COBA, des prestations qui consistent en une « assistance dans le domaine administratif en Algérie « .

Le second volet de l’affaire

Le débat lié aux marchés du secteur du transport impliquant l’ancien directeur de la planification au ministère du Transport, Salim Rachid Hamdane, n’a pas pris beaucoup de temps. Tous les inculpés ont été auditionnés en l’espace de deux heures. L’audition de Salim Rachid Hamdane a tourné autour des conditions de son arrestation. « C’était un enlèvement ! « , a-t-il clamé, s’interrogeant sur les raisons qui auraient poussé les éléments du DRS à le traiter de la sorte.

« Je serais allé de mon propre chef, j’ai toujours répondu présent quand on me sollicitait pour des enquêtes d’habilitation ou autres », a-t-il regretté. Salim Rachid qui, par pudeur, a sollicité le juge pour faire sortir sa femme et ses belles sœurs de la salle afin de pourvoir raconter sa détention, a accusé les éléments qui ont perquisitionné son domicile et celui de sa belle-sœur d’avoir  » racketté sa famille ».

Sa femme et ses belles sœurs ont précisé que la relation qui les liait à la famille Addou était « familiale, amicale et fusionnelle » et que l’argent viré par Sid Ahmed Addou sur leurs comptes respectifs appartenait à leur père. C’était, selon leurs déclarations, une dette que devait le père de Sidi Ahmed à leur père, l’ambassadeur Abdelkrim Ghrib, et c’était ce dernier qui lui avait demandé de le verser à ses filles. Tout en expliquant au juge qui s’est demandé pourquoi n’avaient-elles pas parlé de cette dette lors de leur première audition par le juge d’instruction, que ce qui s’est passé avec Salim Rachid et la perquisition de leurs domiciles leur ont fait perdre confiance en tout.

Les déclarations de Sid Ahmed Addou se recoupent avec celles des filles d’Abdelkrim Ghrib s’agissant de ces virements. Sid Ahmed Addou est inculpé pour un rôle présumé dans l’intelligence économique que faisaient les entreprises Garavanta (Suisse), Pizzarotti (Italie) et Isolux Corsan (Espagne) ayant réalisé respectivement le téléphérique de Constantine, le tramway de Constantine et celui d’Oran.

Il a précisé au juge n’être qu’actionnaire dans la société Metalson qui a eu à prester dans le cadre des projets en question et que ces prestations étaient contractuelles et postérieures à l’attribution des marchés. Des déclarations confirmées au juge par les représentants de ces sociétés qui ont souligné que les prestations fournies par Metalson étaient réelles et facturées correctement.

A l’exception du représentant de la société Garavanta, leader mondial des téléphérique, qui a indiqué que la société Metalson basée à Londres a été recommandée à Garavanta par son avocat suisse à cause de la présence de Sid Ahmed dans son actionnariat, le décrivant comme fils d’une grande famille en Algérie, les autres ont déclaré ne pas avoir connu Sid Ahmed avant d’avoir sous-traité des tâches à Metalson.

L’autre déclaration plaidant la cause de Sid Ahmed est celle de son oncle Tadjeddine : « Il est là juste parce qu’il est mon neveu, il n’a rien à voir là-dedans. Je ne l’ai pas vu depuis le 3e jour du décès de son père. Ils ont voulu faire tomber son frère Karim que je rencontrais mais comme ils n’ont pas pu le faire, ils ont embarqué gratuitement Sid Ahmed ».