Les Algériens veulent de vraies solutions

Lounes Guemache 17 Mai 2019

La révolution populaire entamée le 22 février dernier a remporté ce vendredi 17 mai une nouvelle bataille d’importance contre le régime et sur le chemin de la démocratie.

Malgré le jeûne, la chaleur et surtout un durcissement des blocages routiers par la police et la gendarmerie qui ne touchent désormais plus uniquement Alger mais s’étendent à d’autres wilayas, les Algériens ont répondu présent pour ce 13e vendredi. Par centaines de milliers, ils ont marché dans la majorité des wilayas du pays. 

À Alger, comme dans les autres wilayas, la mobilisation était intacte. Les slogans scandés n’ont pas évolué par rapport aux précédentes manifestations : l’exigence d’une transition démocratique, le départ des 2B, l’annulation de la présidentielle du 4 juillet et le rejet d’une dictature militaire. « Les décisions de la Révolution du 22 février ne sont pas négociables », résume une grande banderole déployée à Tlemcen.

En réitérant les mêmes revendications, les Algériens envoient un message au régime : les arrestations, les poursuites judiciaires contre des figures du pouvoir, constituent certes une avancée mais elles ne répondent pas aux revendications exprimées par le peuple.

La semaine qui vient de s’achever a été marquée par une accélération spectaculaire sur le plan judiciaire, avec la convocation de figures de l’ancien régime. La journée d’hier, veille du 13e vendredi, a vu défiler Ahmed Ouyahia, Abdelmalek Sellal, plusieurs anciens ministres ainsi que l’ex-puissant wali d’Alger devant le tribunal de Sidi M’Hamed. D’autres devraient suivre dans les prochains jours pour des affaires de corruption. L’enquête sur l’affaire dite de « Saïd, Toufik et Tartag » se poursuit, avec les auditions de Khaled Nezzar et Tayeb Belaiz.

La semaine a également été marquée par l’annonce de l’expulsion d’Ahmed Ouyahia et d’autres anciens hauts responsables des villas qu’ils occupaient à Club des pins. Mais ces annonces ont eu peu d’impact sur la mobilisation des manifestants. Les Algériens le savent : pour chaque Ouyahia neutralisé, des dizaines d’autres prédateurs qui attendent leur tour ; pour chaque Said Bouteflika incarcéré, il y a d’autres apprenti-dictateurs prêts à le remplacer.

Pour ceux qui doutent encore, il n’y a qu’à regarder le comportement des forces de sécurité et de la justice : le moindre relâchement de la mobilisation, la répression est accompagnée d’arrestations et de convocations devant les tribunaux reprennent.

Aujourd’hui, les Algériens veulent une solution sérieuse à la crise. Une crise qui n’est pas seulement le résultat des 20 années d’une présidence chaotique de Bouteflika et de son clan, comme tente de le faire croire le pouvoir, mais d’une confiscation de la démocratie. En réponse, le régime propose une nouvelle alternance clanique au sommet de l’État qu’il tente d’imposer par l’intimidation et la ruse. Une stratégie vouée à l’échec face à la mobilisation populaire.