Initiés par des jeunes à Boumerdès : Des débats citoyens pour mieux structurer le hirak

Ramdane Koubabi, El Watan, 16 mai 2019

Au départ les choses semblaient très compliquées pour certains, mais il a suffi d’une première rencontre et tout le monde a fini par adhérer et soutenir l’initiative.

Après deux discussions en plein air, des jeunes engagés dans le hirak à Boumerdès se sont donné rendez-vous pour ce soir à 22h au niveau de l’esplanade jouxtant la Maison de l’environnement pour  échanger leurs idées sur l’insurrection citoyenne.

La réussite des débats de la semaine passée  a incité les initiateurs, dont le groupe Boumerdès Debout à multiplier les contacts pour une plus large participation.

Outre des étudiants, des dizaines de membres de la société civile, dont des syndicalistes et des militants associatifs, ont salué l’initiative et affiché leur volonté de venir ajouter leur pierre à l’édifice pour mener le mouvement à bon port. «On a remarqué un grand engouement pour ce type de rencontres.

La première fois, il y avait une trentaine de personnes de divers horizons, dont des femmes jeunes et moins jeunes. Lors des retrouvailles  d’après, on constaté que le nombre a doublé. Les gens parlaient à tour de rôle. Il y avait un modérateur et on a mobilisé même une sono pour le bon déroulement du débat. Cela démontre que les Algériens s’intéressent à la politique et à l’avenir de leur pays et peuvent échanger leurs avis dans un cadre serein et démocratique.

C’est déjà un des plus importants acquis du mouvement populaire. Souvenez-vous, il y a trois mois, on n’avait même pas le droit de marcher sur Alger», rappelle Sofiane (32 ans). Architecte de formation, il se félicite du niveau de maturité et de conscience des participants et de la qualité des interventions.

Son ami Salim est lui aussi très engagé dans le combat en faveur du changement.

Ce dernier prévoit «la venue d’un juriste qui devra nous expliquer les risques à encourir si le pouvoir maintient sa décision d’organiser les élections le 4 juillet prochain».

«Aujourd’hui, il  sera question aussi d’affiner le mode d’organisation des marches de vendredi à travers la préparation de banderoles et des slogans une journée auparavant afin d’éviter tout amalgame ou désaccord sur les revendications du mouvement», a-t-il ajouté. S’agissant de la désignation de représentants, nos interlocuteurs estiment que cette question n’est pas à l’ordre du jour, d’autant plus que la priorité du hirak est départ des symboles du régime. Pour Salim, «cette problématique a toujours été évoquée par les tenants du pouvoir.

Ils veulent nous piéger pour se maintenir. Pour l’heure, notre objectif n’est pas de désigner ou voter sur qui que ce soit. Nous estimons que ce n’est pas le moment de le faire et que chaque chose en son temps.

La priorité est d’inciter les Algériens à débattre entre eux dans le respect afin d’apprendre à surmonter leurs différences et arriver, quand la situation l’exige,  à des compromis, dans l’intérêt de tous. C’est d’ailleurs ce que nous essayerons de faire à travers les rencontres d’aujourd’hui et de demain».