Les propositions de sortie de crise se multiplient : vers la décantation ?

Makhlouf Mehenni, TSA, 16 Mai 2019

Ce jeudi 15 mai, El Moudjahid a fait une grosse annonce. « Bientôt une conférence nationale », titre en Une le quotidien gouvernemental, sans rien préciser des contours de cette conférence ni de la date de sa tenue.

Le journal ne cite aucune source, mais précise que les parties qui rapportent l’information mettent « l’accent sur le fait que les concernés seraient dans leur majorité disposés à adhérer à un processus de réflexion sur la voie devant permettre de transcender la situation actuelles et d’aller vers des élections démocratiques ».

La veille, mercredi, plusieurs acteurs politiques se sont exprimés et chacun y est allé de sa proposition, avec comme point commun le rejet de la présidentielle du 4 juillet, du moins un constat partagé sur l’impossibilité de sa tenue dans les conditions actuelles.

Dans une contribution, Ali Benflis a noté que « le grand débat national qui s’est emparé de notre pays a fait émerger de nombreuses options de sortie de crise. Il s’agit de retenir la voie la plus courte, la plus sûre et la moins coûteuse pour le pays ».

« La question n’est pas de savoir si l’échéance électorale du 4 juillet va échouer mais de prévenir les coûts de son échec », a estimé, pour sa part, Saïd Sadi. La nécessité d’aller vers le dialogue sous une forme ou une autre est également soulignée. D’autant plus que, se félicite le fondateur et ancien président du RCD, « à quelques détails près, les organes et mécanismes dédiés à la transition font largement consensus ». Il s’agit de la « présidence collégiale, directoire de la conférence de transition, commission indépendante d’organisation des élections, assemblée chargée d’élaborer la constitution précédée de la prescription des préalables démocratiques ».

Le FFS s’est lui aussi exprimé par la voix du coordinateur de son instance présidentielle, Ali Laskri, qui a rappelé au forum du journal Liberté l’initiative lancée le 31 mars pour une « conférence nationale souveraine de dialogue, avec la participation de tous les acteurs politiques, sociaux, syndicats autonomes, des personnalités nationales indépendantes, des universitaires, des représentants du mouvement citoyen… ».

Le FFS a déterré à l’occasion sa vieille revendication d’une assemblée constituante « dont les membres auront pour mission de rédiger une constitution qui définit l’organisation et le fonctionnement des pouvoirs publics et des institutions… ».

Ahmed Benbitour estime que le maintien du scrutin mènerait l’Algérie vers « la catastrophe ». « Si on reste dans la perspective d’élection le 4 juillet, c’est fatalement une désignation et non pas des élections », a déclaré l’ancien chef de gouvernement à la radio nationale. Benbitour, dans un entretien à l’APS ce mercredi, a en revanche estimé que le Hirak « se doit de passer » à une nouvelle phase à travers « la désignation de représentants officiels capables d’élaborer une feuille de route pour négocier avec les parties dirigeantes en vue de réaliser la principale revendication de la rue algérienne, à savoir le changement de tout le système ».

De son côté, la Confédération des Syndicats autonomes (CSA) a annoncé la tenue, ce samedi 18 mai, d’une rencontre de concertation autour d’une proposition de sortie de crise élaborée par la confédération. Selon le coordinateur du CSA, l’objectif recherché est d’« ouvrir un dialogue sincère autour de la crise et d’essayer de trouver un consensus ».