Arrestation de Louisa Hanoune : la classe politique, entre indignation et inquiétudes

Ryad Hamadi, TSA, 10 Mai 2019

Depuis hier Louisa Hanoune dort en prison à Blida. Convoquée comme témoin, la secrétaire générale du PT a fini par être placée, jeudi après-midi, sous mandat de dépôt.

Que lui reproche-ton au juste ? Pour l’ENTV qui a diffusé les images de son arrivée au tribunal militaire de Blida, Louisa Hanoune a été convoquée dans le cadre de l’enquête sur le « complot contre l’autorité de l’armée » et « atteinte à l’autorité de l’État ». C’est dans le cadre de cette enquête que Said Boutefika, Toufik et Tartag ont été inculpés et placés en détention par le même tribunal militaire. 

Sitôt connue, la nouvelle a suscité une vague d’indignation parmi le mouvement associatif, mais également au sein de la classe politique. Mohcine Belabbas a été l’un des premiers à réagir. Il évoque « les caractéristiques du coup d’État militaire qui apparaît, selon lui, « jour après jour ». Sans citer Louisa Hanoune et son incarcération, le président du RCD a écrit : « Les caractéristiques du coup militaire apparaissent jour après jour par le contrôle militaire de la décision politique et l’exercice de la justice par des ordres ».

« Un tournant dangereux »

« L’arrestation de Louisa Hanoune marque un tournant dangereux dans l’évolution de la crise dans notre pays. C’est l’inquisition », a réagi, de son côté, l’animateur politique et ancienne figure de proue du FFS, Djamel Zenati.

« Cette affaire « de conspiration contre l’armée » ne sera-t-elle pas un bon alibi pour faire taire toutes les voix discordantes contre la feuille de route politique que le général Gaid Salah veut imposer au peuple ? », s’est interrogé, pour sa part, la LADDH, estimant que « la situation prend dangereusement une autre tournure, le coup de force s’installe en faveur d’une transition clanique, où de plus en plus, l’armée nationale populaire apparaît être au centre de la manœuvre ».

De son côté, le FFS a appelé à la libération immédiate de Louisa Hanoune. Le parti condamne avec force ce qu’il a qualifié de « nouveau forcing du pouvoir réel algérien qui vise à faire aboutir son agenda politique en laminant toute voix discordante et en torpillant la révolution populaire ».

Pour Soufiane Djillali, la mise en détention préventive de Mme Louisa Hanoune, première responsable d’un parti politique, « pose clairement la question des libertés politiques et interroge sur les véritables intentions du nouveau pouvoir ». « Faisant suite à une série d’arrestations d’anciens responsables du pays et d’hommes d’affaires, ce dernier acte fait peser de lourdes présomptions sur l’orientation que prend le cours des événements », écrit-il.

Le président du MSP, Abderrazak Makri, s’est refusé à tout commentaire au motif qu’il « n’a pas connaissance sur le sujet et sur les accusations ».