Me Bouchachi opposé aux « poursuites sélectives », critique le discours de Gaïd-Salah

Younes Djama et A. Ait Ouazi, TSA, 24 Avril 2019

Me Mustapha Bouchachi a estimé ce mercredi à Tizi Ouzou qu’« il y a bien des arrières-pensées politiques derrière les poursuites judiciaires lancées contre des hommes d’affaires ».

« Avant de poursuivre des hommes d’affaires, il faut d’abord poursuivre ceux qui leur ont permis de commettre ces infractions aux lois », a remarqué Me Bouchachi lors d’une conférence-débat à l’université de Tizi Ouzou. 

« Il faut poursuivre les vrais criminels d’abord avant de se tourner vers leurs complices. Nous sommes favorables aux poursuites mais non aux poursuites sélectives, non à l’instrumentalisation de la justice », a-t-il insisté estimant que « seule une véritable démocratie consacrant une justice indépendante permettra des poursuites justes ».

L’avocat et militant des droits de l’Homme a souligné toutefois qu’il n’était pas contre la lutte anti-corruption.

« Notre pays fonctionnait avec le téléphone : donne à untel et pas à untel autre. Donne-lui tel port ou telle usine. Donne-lui 30 millions de dollars de crédit ou ne donne pas à untel autre. C’est de cette façon que les choses fonctionnaient. Mais avant de poursuivre les hommes d’affaires, nous devons d’abord poursuivre les personnes et les véritables criminels qui leur donnaient. On ne commence pas avec les partenaires », a-t-il insisté.

« Nous sommes pour les poursuites en justice, mais nous disons (…) qu’on ne doit pas utiliser la justice de cette façon, et donner d’elle une mauvaise image (…) la « 3issaba » a mis en place en 2015 une loi stipulant qu’il n’y aura pas de poursuite seulement si une plainte du Conseil d’administration de l’entreprise est déposée. Est-ce que la loi a changé depuis ? Non, la loi n’a pas changé. Il n’y a pas eu de plaintes », a rappelé l’avocat qui se dit favorable à la poursuite des véritables instigateurs pour ensuite se tourner vers les partenaires. « On ne doit pas utiliser la justice pour détourner l’attention du peuple de sa véritable revendication pour le passage vers une véritable démocratie ».

Poursuivant sa conférence, Mustapha Bouchachi a estimé que « les mesures conservatoires sont nécessaires pour empêcher la fuite des richesses du peuple vers l’étranger » mais se dit convaincu que les poursuites actuelles n’ont d’objectif que de faire oublier au peuple sa revendication principale, à savoir le départ du système.

Commentant le discours prononcé mardi par Gaïd-Salah, Me Bouchachi a dit « être pessimiste » avant de le rejeter complètement. Pour lui, il consacre « un recul quant à l’application de la volonté du peuple » et montre même qu’ « il n’est pas animé d’une réelle volonté de changer le système ».

« Ce que veut le peuple n’est pas une ouverture démocratique mais une véritable transition vers un régime démocratique. Aujourd’hui, tout le monde veut que l’institution militaire accompagne la transition mais personne ne veut qu’elle impose un agenda de maintien du système « , a-t-il souligné.

Abordant la solution à la crise, Me Bouchachi a estimé qu’elle ne peut être dans la Constitution mais qu’elle est d’ordre politique avec la mise en place d’une présidence collégiale qui va gérer la transition.