Le peuple fait échec aux derniers plans du pouvoir

Makhlouf Mehenni, TSA, 19 Avril 2019

Les Algériens devraient pousser un grand ouf de soulagement à l’issue de ce neuvième vendredi de contestation. Les pires scénarios redoutés, soit une baisse de la mobilisation du fait des incidents de vendredi passé ou le recours de nouveau des forces de l’ordre à la répression, n’ont pas eu lieu.

Surtout, le nouveau stratagème du pouvoir ne passera pas. Le mouvement se porte plus que jamais bien, n’a rien perdu de sa détermination et de son pacifisme et les mêmes revendications sont réitérées comme au premier jour.

 A Alger et partout à travers le pays, les Algériens sont sortis encore par millions. Dans les rues, beaucoup de femmes et d’enfants, soit la meilleure réponse à ceux qui ont testé l’arme de la dissuasion et de l’intimidation. Les Algériens n’ont peur de rien et ont signifié qu’il faudra plus que des coups de matraque et des gaz lacrymogènes pour qu’ils perdent de vue leur projet.

Les policiers, même déployés en nombre, ont retrouvé leur comportement exemplaire des premières marches et qui leur avait valu l’admiration unanime des manifestants et des observateurs. Le pouvoir a sans doute compris que la manière forte est contre-productive et risque de mener le pays dans une voie sans issue.

Ce vendredi, il a laissé faire, si l’on excepte les innombrables barrages filtrants dressés par la gendarmerie sur les principaux axes routiers menant vers la capitale. Les casseurs, sortis de nulle part et en nombre impressionnant la semaine passée, ont aussi disparu ce vendredi comme par enchantement. Même ceux qui ont tenté d’actionner les démons du régionalisme devront repasser. Les drapeaux amazighes étaient présents en force aux côtés de l’emblème national.

Cela dit, si le pouvoir semble s’être rétracté dans sa décision d’en finir avec le mouvement par la force, il continue néanmoins à s’enfoncer dans la voie de la manœuvre qui, elle non plus, ne mène nulle part. La veille de ce neuvième vendredi, la présidence a surpris tout le monde en annonçant la tenue d’une rencontre ce lundi avec des personnalités politiques et des acteurs du mouvement de contestation pour la préparation de la présidentielle rejetée du 4 juillet.

Le message envoyé à travers cette annonce frise la provocation. Il signifie que le pouvoir est déterminé à imposer sa solution et que la démission de Tayeb Belaïz du Conseil constitutionnel n’est qu’une petite concession qui ne sera pas forcément suivie par le départ des « deux B » restants.

Même si l’annonce de la conférence prévue lundi n’a été faite que jeudi en fin de journée, les manifestants ont eu le temps d’adapter leurs pancartes et slogans pour les marches de ce vendredi. Sans surprise, le nouveau plan du pouvoir est unanimement rejeté à travers le pays.

Les Algériens ont réitéré leur revendication d’une vraie transition qui ne peut s’accommoder de Abdelkader Bensalah, de Noureddine Bedoui et même du nouveau venu Kamel Feniche aux commandes.

Beaucoup de leaders de l’opposition étaient aussi parmi les manifestants. Par leur seule présence, ils ont décliné l’invitation de Bensalah qui voit ainsi son plan échouer avant même sa mise en branle. La division escomptée n’aura pas lieu, c’est l’autre bel enseignement de ce neuvième vendredi.