Le départ de Bouteflika et la transition dynamique

Brahim Tazaghart, TSA, 02 Avril 2019

Deux États profonds s’affrontent ! C’est inédit dans l’histoire politique de l’Algérie. Il y avait toujours des divergences, mais jamais elles sont sorties en public de la façon observée ces derniers jours !

Il est à mon avis probable qu’en contractant une alliance avec le cercle présidentiel, dans l’ambition de prendre possession de la citadelle d’El-Mouradia, l’Etat-DRS a fait accélérer les événements et par conséquence, le départ du président Bouteflika. 

Le communiqué de l’état-major dénonçant des tractations douteuses, le démenti de Mohamed Medienne, le communiqué de Liamine Zeroual, la confirmation de Bouregâa au sujet d’une rencontre à Bouchaoui ayant regroupé 33 délégués de wilayas dans le but d’arrêter les slogans des marches, sont les expressions d’une bataille acharnée au sommet de l’État.

La nomination d’un gouvernement composé de gens sans attaches dans la société, présentant des raisons objectives d’aggravation de la crise ; le risque d’un usage déstabilisateur du pouvoir présidentiel contre l’institution militaire ont mis une pression terrible dans le jeu politique de ces dernières heures.

Cela, sans oublier l’essentiel, que le départ du chef de l’État avant l’expiration de son mandat était une condition indispensable pour une transition douce et ordonné.

En ces moments sensibles, il est important de rester lucide.

La revendication du peuple de voir Bouteflika quitter le pouvoir a été satisfaite. C’est une victoire pour le mouvement pour le changement.

Faut aussi retenir que le chef de l’État, au lieu de s’entêter et de finir débarqué par l’armée, ou pire, par la population à l’exemple de Kadhafi, a cédé pacifiquement. Ce qui laisse intacte l’image redorée de l’Algérie au niveau international.

Seulement, cette victoire comporte de risques.

Celui de voir la revendication d’un changement radical du système échouer existe. Le maintien d’Abdelkader Ben Salah à la tête du Sénat, de Mohamed Bedoui et de son équipe au gouvernement ne sont pas pour lever les appréhensions. L’organisation du retour à la légitimité populaire par les mêmes figures du système est inacceptable. Le peuple ne s’est pas mobilisé pour le redonner les clés de la république, cela d’un côté.

D’un autre côté, les bruits des bottes ne doivent pas résonner dans les rues d’Alger et d’ailleurs comme expression d’une conquête. L’ANP, conformément à la constitution, est la garante de la légalité populaire et constitutionnelle.

Les jeunes officiers qui sont derrières Gaid Salah, formés dans les meilleures écoles du monde, doivent rester à l’écoute du peuple et continuer d’accompagner le mouvement populaire vers le changement pour un retour effectif et dans des meilleures conditions vers l’article 07.

Pour cela une période de transition dynamique est nécessaire. L’implication de toutes les forces politiques et sociales est impérative.

Le retour aux urnes doit se faire dans les meilleures conditions de liberté, de transparence et de la clarté de l’objectif à atteindre : “la construction d’un système politique démocratique qui fait du citoyen le premier protecteur de la sécurité et de la stabilité de son pays. Un citoyen libre et heureux dans son Algérie”