Me Mustapha Bouchachi, ancien président de la LADDH et ex-député : «La période de transition débute avec la désignation d’un chef de l’État consensuel»

Madjid Makedhi, El Watan, 31 mars 2019

Considéré comme l’une des personnalités nationales qui a su gagner l’estime de la population depuis le début du mouvement populaire demandant le départ du système, Me Mustapha Bouchachi livre ici sa vision concernant la sortie de crise. Selon lui, les Algériens ont eu raison de rejeter la proposition portant sur l’application de l’article 102 de la Constitution, car «la solution à la crise actuelle n’est pas constitutionnelle, mais purement politique».

La mobilisation populaire était au rendez-vous vendredi dernier pour rejeter la proposition portant sur l’application de l’article 102 de la Constitution. Quelle est l’issue envisageable à cette crise maintenant ?

Le peuple a raison de rejeter l’option de l’application de l’article 102 de la Constitution. Parce que cette disposition ne peut être appliquée dans le temps qui lui est imparti.

Comme tout le monde était au courant que le Président était dans l’incapacité d’assumer ses missions et de gérer le pays depuis plusieurs années, il fallait penser, à ce moment-là, à la mise en œuvre de cet article. On pouvait même penser à le faire avant le 22 février, date du début de la mobilisation populaire. Mais demander l’application de l’article 102 après que le pouvoir ait violé la Constitution à plusieurs reprises est insensé.

Le pouvoir, qui ne s’est pas soumis à la Constitution qu’il a lui-même élaborée, n’a pas le droit de dire aux Algériens qu’il ne faut pas sortir du cadre constitutionnel. De plus, le mandat du Président expirera dans 27 jours. Et donc, l’article 102 est dépassé. En outre, avec l’application de l’article 102, ce sont les symboles de ce système, qui a fraudé les élections et violé la volonté populaire, à savoir le président du Conseil de la nation et le Premier ministre, qui était auparavant wali avant de devenir ministre de l’Intérieur, qui auront à gérer la prochaine période.

Les Algériens ne peuvent pas leur faire confiance pour préparer une période de transition et chapeauter les prochaines élections. Je pense que cette réaction est légitime. C’est pourquoi je dis qu’il est facile de se référer à l’article 7 de la Constitution, qui stipule que le peuple est la source du pouvoir. Depuis le 22 février, le peuple organise pratiquement chaque week-end un référendum avec la participation d’une vingtaine de millions de personnes. Les Algériens demandent une période de transition avec des personnalités qui n’étaient dans le pouvoir durant les deux dernières décennies.

Justement, comment organiser cette transition après la fin du mandat du président Bouteflika, le 29 avril prochain ?

Je pense qu’après une grande consultation avec la participation de l’institution militaire qui s’est alignée, à travers ses communiqués, avec le peuple, on pourra désigner un chef de l’Etat accepté par les Algériens, la classe politique et la société civile. Ce Président, qui gérera la transition, peut, avec l’accord de l’opposition et de la société civile, nommer un chef du gouvernement qui fera des consultations avec tout le monde en vue de former un gouvernement auquel les Algériens feront confiance.

Parallèlement à cela, il faut que ce chef de l’Etat ait la possibilité, à travers des décrets présidentiels, de créer une commission indépendante de gestion des élections. Les Algériens seront toujours là à surveiller le processus électoral.

Et dès qu’il y aura une élection, la volonté populaire sera exprimée et on aura des institutions élues. Je pense que nous n’allons pas créer quelque chose de nouveau, car tous les pays qui ont connu des périodes de transition sont passés par cette étape. Ce n’est difficile à faire et cela apaisera les esprits des Algériens, qui ne demandent absolument rien d’impossible et qui n’ont pas un discours de haine ou d’exclusion. Ils veulent seulement une solution politique.