Destitution annoncée de Bouteflika : ses soutiens applaudissent, l’opposition refuse

Makhlouf Mehenni, TSA, 26 mars 2019

Plusieurs formations politiques ont réagi rapidement à la proposition du chef d’état-major d’appliquer l’article 102 de la Constitution.

Unanimement, l’idée est rejetée par l’opposition et, paradoxalement, les seuls qui l’ont applaudie sont ceux qui, hier, comptaient parmi les plus zélés soutiens de Bouteflika.

Parmi ceux qui ont fait connaître leur avis, Amar Saâdani qui a estimé que « l’armée a protégé la Constitution et préservé les institutions de l’État pour éviter leur effondrement ». Il y a deux jours, l’ancien chef du FLN était sorti de son silence, dans un entretien à TSA, pour prendre la défense de « l’état-major de l’armée » contre ce qu’il appelle « l’État profond », soit les réseaux de l’ancien chef du DRS. Saâdani a jugé que ce qu’a fait Ahmed Gaïd-Salah ne constitue pas « un coup d’État ».

Seddik Chihab, porte-parole du RND, un autre fervent soutien du président, s’est félicité de ce « retour à la raison ». « Nous sommes satisfaits de ce retour à la voie constitutionnelle, chose qu’on ne devrait jamais quitter. Il est peut-être vrai que la Constitution aujourd’hui ne fait pas l’unanimité, mais cela reste un rempart ou une référence républicaine importante. Par conséquent, ce retour à la voie constitutionnelle est une voie de sortie honorable pour tout le monde pour peu que les citoyens restent vigilants », a réagi Chihab sur TSA.

Si Saâdani a indiqué qu’il ne s’agissait pas d’un coup d’État, c’est parce que l’accusation a vite fusé. Elle émane du RCD, l’un des tout premiers partis à réagir. Son secrétaire national à la Communication a parlé de « tentative de coup d’État », estimant que « Gaid Salah est partie prenante de nos malheurs, il ne peut aucunement être la solution ».

« Il ne s’agit plus pour eux de sauver le soldat Bouteflika, mais d’organiser le sauvetage du ‘régiment’. Ceux qui se sont rendus complices, par leur trahison légendaire, auront à répondre de leurs actes ignobles devant le tribunal de l’histoire. Ils veulent une passation de consignes à l’intérieur du même système, nous exigeons une transition démocratique qui pose les fondations de l’Algérie nouvelle », réclame le RCD.

Le parti fondé par Saïd Sadi y voit donc une tentative de faire oublier au peuple sa principale revendication, soit le changement de tout le système politique. Le même souci est exprimé par le Mouvement de la société pour la paix. Moins critique, le parti de Abderrazak Makri a reconnu qu’il s’agit d’une « proposition de solution », mais a exigé des garanties pour une transition démocratique. « L’application de l’article 102 ne garantit pas à elle seule la réalisation de réformes, de la transition démocratique et la tenue d’élections propres et honnêtes. L’institution militaire doit se limiter à un rôle d’accompagnateur pour parvenir à une solution politique et à un consensus national, ainsi que pour la préservation du caractère civil de l’État », estime le MSP qui rappelle ses préalables propositions, dont « la nomination d’un chef de gouvernement consensuel, la mise en place d’une commission d’organisation des élections et la révision de la loi électorale ».

Même son de cloche chez Abdallah Djaballah qui trouve la proposition en contradiction avec les revendications de la rue et qui refuse le transfert du pouvoir au président du Conseil de la Nation, Abdelkader Bensalah.

Il reste à connaître l’avis des autres formations, à l’image du PT, de Talai El Houriat d’Ali Benflis, du FFS, mais la tendance chez l’opposition semble au rejet unanime. Sur les réseaux sociaux aussi, les citoyens ont fait part du même scepticisme.

L’appel de Gaïd n’est pas franchement dénoncé comme une immixtion dans la chose politique, mais le chef de l’armée est soupçonné de vouloir faire oublier aux Algériens leur revendication principale, soit le démantèlement du système. Leur réponse, la bonne, ils la donneront vendredi prochain dans les rues d’Alger et des autres villes.