Saïd Sadi accuse les anciens du DRS de préparer « une OPA » sur le mouvement populaire

Fayçal Métaoui, TSA, 25 mars 2019

Les marches populaires contre le pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika sont, pour Said Sadi, ancien président du RCD, un miracle qui « se renouvelle dans le calme chaque semaine » depuis le 22 février 2019.

« Des questions ont pu surgir quant aux origines de ces manifestations. Quelles que soient les supputations, ce souffle résiste, pour l’instant, aux manipulations et relève désormais, de l’ordre de l’Histoire qu’il interroge implicitement pour la réinterpréter », a-t-il écrit dans une contribution publiée, ce lundi 25 mars, sur Facebook.

Saïd Sadi a suggéré une « relecture libre du passé », « catharsis inévitable si l’on veut éviter de revivre les travers qui ont congelé la nation pendant plus d’un demi-siècle ».

Il a détaillé les circonstances historiques de la mise en avant d’Ahmed Ben Bella par la France et l’Egypte après le Congrès du FLN d’août 1956 durant lequel la primauté du civil sur le militaire a été proclamée.

Il a rappelé la mort de Larbi Ben M’hidi et Abane Ramdane, la même année, en 1957, évoqué le rôle du MALG, « qui a aspiré, souvent à leurs corps défendant, l’essentiel des cadres de la Révolution », et souligné le rôle de l’armée des frontières qui; dirigée par Boumediene, a lancé, en 1962, une attaque contre « l’ALN exsangue ».

« Depuis, la doxa officielle légitime l’arbitraire d’Etat du système FLN par deux contrevérités originelles. Le pouvoir algérien serait le prolongement du combat libérateur et, pour soutenir cette usurpation, on définit l’ANP comme héritière de l’ALN, alors qu’elle en fut le bourreau. Quand une jeune nation commence sa vie par un déni de réalité doublé d’un viol de la légalité constitutionnelle (renversement du GPRA), il ne faut pas s’étonner que des gestations soient marquées par de lourdes aberrations », a-t-il souligné.
« Des menaces pèsent sur le mouvement du 22 février »

Il a appelé à rouvrir le débat arrêté en 1957, non pas pour le prolonger, « mais pour le dépasser ». « Aujourd’hui, des menaces de même nature que celles qui ont détourné, confisqué et perverti l’indépendance pèsent sur le mouvement du 22 février (…) Parmi les menaces immédiates, il y a les interventions de la police politique dont on retrouve la marque pesante sur la Toile et dans les foules. Le surinvestissement des réseaux sociaux et l’acquisition de matériels sophistiqués pour inonder le Net par les fake news, les diffamations et le détournement de comptes des blogueurs contestataires les plus actifs ont pu désorienter l’opinion », a-t-il noté.

Selon lui, l’explosion du mouvement a atteint un seuil critique, ce qui a « disqualifié les impacts de la colonisation de la Toile, le monde réal, trop massif, devenant réfractaire à l’emprise du virtuel ».

« Ayant perdu la manche de la pollution du Net, les services de renseignement tentent de rattraper le coup par l’infiltration du terrain. La reprise du slogan « Un seul héros le peuple » est l’un des marqueurs de la lettre de cachet des potentats qui se sont attribué le droit de penser et d’agir au nom du peuple (…) Plus insidieusement, on a vu des hommes déguisés en paysans porter des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « la Soummam, la Evian, November houa lbayan » (Ni Soummam ni Evian Novembre est la seule source). La primauté du civil sur le militaire, nœud gordien de l’impasse algérienne, n’est donc pas à l’ordre du jour pour la police politique qui ne renonce pas à infléchir ou même à briser la trajectoire de rupture et de renouveau du mouvement. Mais il y a plus grave. On sait maintenant que ceux qui ont provoqué le rejet ou le chahut des responsables politiques, ou, plus exactement, ceux qui les ont initiés, sont des éléments des services spéciaux », a accusé Saïd Sadi.

Les anciens du DRS et Zeroual

Et de s’interroger : « En vertu de quoi un citoyen ou même un groupe d’individus s’arrogeraient-ils le droit d’exclure des marches un personnage de l’opposition ? (…) Nul doute que si ces mêmes personnes avaient décidé de rester à l’écart des manifestants, les mêmes officines se seraient précipitées sur les réseaux sociaux pour dénoncer « les dirigeants qui se prélassent dans les palaces pendant que le peuple se bat contre la tyrannie ».

Comble du cynisme, ce sont les mêmes cercles qui tentent d’inviter le… FLN et le RND dans la rue ». L’ancien président du RCD considère comme « capitale » la neutralisation de « ces nervis, avec la même rapidité et la même fermeté que les réactions qui ont circonscrit les groupuscules ayant tenté de souffler quelques slogans islamistes ».

Sans le citer, Saïd Sadi critique les dernières déclarations de Ali Benflis, président de Talaie Al Hurriyet et de Chihab Seddik. « Des voix reconverties à l’opposition avouent que le pouvoir a été exercé par « des forces extraconstitutionnelles ». La belle affaire. La principale force extraconstitutionnelle est la police politique. Aucun oligarque, aucun apparatchik ne peut violer durablement la loi s’il n’est pas couvert ou encouragé par les services parallèles, bras politique séculier de l’armée. On assiste à plusieurs manœuvres où les anciens réseaux du DRS, fidèles au général Mediène, se reconnectent aux structures actives du renseignement pour préparer une OPA sur le mouvement à travers le parachutage de Liamine Zeroual dont un poster géant a été accroché ce vendredi (22 mars) sur un bâtiment de la Place Audin (Alger). Fausse piste ou ballon d’essai, il est trop tôt pour dire si l’ancien chef d’Etat se laissera reprendre au jeu des appels obliques des services », a-t-il souligné.