Des manifestations rejettent l’offre de Bouteflika : Le veto populaire

Madjid Makedhi, El Watan, 13 mars 2019

«Non au 4e mandat», «On veut le départ du système». La réponse de la rue à la nouvelle offre faite, avant-hier, par le président Bouteflika est sans appel. Elle constitue une nouvelle gifle aux tenants du pouvoir qui ont tenté d’absorber la colère populaire en mettant en avant le renoncement du chef de l’Etat à un 5e mandat.

L’offre n’a fait que relancer la protestation, à tous les niveaux et chez l’ensemble des corporations. Des enseignants, avocats, magistrats, étudiants, associations, partis politiques de l’opposition et même des candidats à la candidature à la présidentielle reportée étaient unanimes à rejeter, sans ménagement, cette «énième tentative de contourner la volonté populaire». La mobilisation se renforce et prend de l’ampleur. Parallèlement à la grève générale qui se poursuit dans plusieurs régions du pays, de nombreuses actions ont été organisées hier partout en Algérie.

En effet, plusieurs centaines d’étudiants ont occupé, dès les premières de la matinée d’hier, la place de la Grande-Poste à Alger pour dire au pouvoir «qu’il ne peut plus continuer à tromper le peuple». Les manifestants ont scandé plusieurs slogans hostiles à l’offre du chef de l’Etat. «Nous ne sommes pas naïfs, vous ne nous aurez pas !» et «Ni prolongation ni report !», ont été repris en chœur par les manifestants, dont les rangs n’ont pas cessé de se renforcer tout au long de la journée.

Affichant un haut niveau de maturité politique, les étudiants contestataires critiquent point par point le contenu de la lettre du président Bouteflika. Ils disent ainsi «Non au viol de la Constitution», «Non à la manipulation», «Système dégage !» «Les étudiants pour une IIe République» et des «Elites pour une assemblée constituante».

Ces revendications sont également au cœur des rassemblements des avocats, des magistrats et des huissiers de justice dans plusieurs wilayas, dont Tizi Ouzou, Béjaïa et Bouira. Ils condamnent le «viol de la Constitution» et exigent le respect de la «volonté populaire» en allant vers un changement du système.

Appel à une nouvelle marche ce vendredi

L’Intersyndicale de l’éducation nationale rejette aussi l’offre «empoisonnée» et appelle, dans un communiqué rendu public hier, à la poursuite de la mobilisation. Ayant tenu hier une réunion extraordinaire, l’organisation composée de six syndicats décide d’organiser, aujourd’hui, une grève et des marches pacifiques dans toutes les wilayas pour exiger une transition qui sera conduite par des personnalités acceptées par le peuple. Cette réaction de la rue prépare déjà la marche de vendredi prochain.

Pour ce rendez-vous, de nouveaux mots d’ordre sont déjà préparés : «Non au 4e mandat+», «Non au viol de la Constitution», «Dissolution du Conseil constitutionnel», «IIe République» et «Départ du système». Des appels à une forte mobilisation sont lancés sur les réseaux sociaux pour réussir «le vendredi du départ de tout le système».