Bouguerra évoque à Washington la volonté d’achat d’armement : «L’Algérie veut améliorer ses relations militaires avec les Etats-Unis»

Nadjia Bouaricha, El Watan, 11 mars 2019

Le média américain The national Interest a consacré, dans son édition de fin de semaine, un long article aux intentions des autorités algériennes d’acquérir de l’armement américain.

Hasard du calendrier ou annonce spéciale en plein mouvement de protestation en Algérie ? L’article fait parler l’ambassadeur d’Algérie à Washington, Abdelmadjid Bouguerra, qui évoque un «intérêt de l’Algérie d’élargir son programme d’acquisition d’armes et d’améliorer ses relations militaires avec les Etats-Unis, qui progressent lentement mais régulièrement». The National Interest note que cet intérêt «du plus gros acheteur d’armes russes sur le continent africain vise à amener les Etats-Unis à réexaminer les restrictions qui l’empêchent d’acheter du matériel militaire fabriqué en Amérique».

Pour rappel, l’administration Trump a annoncé à la fin 2018 son intention d’imposer des sanctions aux pays qui achètent de l’armement russe. A. Bouguerra évoque même une réunion de haut niveau prévue en juillet prochain avec les responsables de la Défense à Washington sur ce sujet. «Nous avions l’habitude d’acheter notre équipement militaire en Russie, mais nous avons entamé une diversification très efficace des sources de nos équipements militaires», déclare A. Bouguerra au National Interest.

L’ambassadeur d’Algérie à Washington évoque le souhait des autorités algériennes pour l’acquisition de «toutes sortes d’équipements, notamment des avions et des équipements électroniques». A. Bouguerra justifie l’achat d’armements russes par le fait que durant la décennie noire, seul ce pays et la Chine ont accepté de vendre des armes à l’Algérie. Le même article suggère des réticences américaines à trop miser sur un renforcement des liens militaires, même si la disponibilité d’Alger est entière.

«Nous nous sommes rencontrés l’année dernière pour la huitième fois. Nous attendons un autre rendez-vous en juillet prochain. Les Américains du DOD discutent avec un assez grand nombre de responsables, et je suis heureux de dire qu’à chaque fois qu’il y a ces rencontres, on est sur la même longueur d’onde quand il s’agit de la coopération militaire et de la sécurité», affirme l’ambassadeur.

La loi Leahy interdit au département de la Défense américain «de fournir une assistance militaire aux pays ayant des antécédents de violations des droits de l’homme». Le chef du US Africa Command, Thomas D. Waldhauser, a suggéré à la Commission des forces armées du Sénat de revoir certaines dispositions de cette loi en notant que «le point sur les droits de l’homme est une partie importante de notre formation…Mais nous ne pouvons pas nous en tenir qu’à cela».

L’article note que l’Algérie a dépensé des milliards de dollars pour l’achat de navires de guerre européens et que même si elle est classée par Human Rights Watch «comme un pays qui réprime le discours pacifique, il joue aussi un rôle important dans la lutte contre le terrorisme en Afrique».

Bradley Bowman, directeur général du Centre sur le pouvoir militaire et politique de la Fondation pour la défense des démocraties, relève que la Russie a pris une longueur d’avance dans cette partie du monde grâce à la vente d’armements. L’article cite qu’entre 2013 et 2015, la Russie a vendu 42 hélicoptères de combat Mi-28N et huit hélicoptères de transport Mi-26, ainsi que des systèmes d’armement comportant des suites logistiques et de maintenance qui peuvent durer des décennies. Ce qui est, selon Bowman, un avantage diplomatique sur la durée.

Le 7 février dernier le général Waldhauser et dans une réponse à la question d’un sénateur, a noté ceci : «Nos engagements sont limités, mais nous travaillons sur des problèmes d’équipement et de maintenance… Nous avons des visites périodiques. Même s’il s’agit d’une relation sans lien de dépendance, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour  favoriser cette évolution.» La formation des cadres militaires jette, selon des responsables cités dans l’article, «les bases des ouvertures diplomatiques» et sont «appelés en cas de besoin».

«Actuellement, un boursier algérien fréquente le US Army War College en Pennsylvanie. Cinq autres boursiers algériens ont participé au programme critique de renforcement des relations au cours de la dernière décennie… Les cinq étudiants avaient tous le grade de lieutenant-colonel», indique le même article. Et de suggérer que «si Abdelaziz Bouteflika a annoncé son intention de conserver son poste pour un 5e mandat présidentiel, la Russie pourrait voir ce qui est possible de faire».

«Si vous êtes à Moscou et que vous voulez convaincre l’Algérie d’acheter vos armes, en particulier sous la menace de sanctions, vous devrez essayer d’offrir quelque chose en retour… et l’Algérie apprécierait sans doute», note Bowman.

L’article précise en outre qu’au cours des dernières années, l’aide à la sécurité octroyée par les Etats-Unis à l’Algérie a été réduite de moitié, en passant de 3 millions de dollars en 2012 à 1,5 million de dollars en 2019, et les fonds à quatre programmes de soutien à la lutte antiterroriste ont été supprimés en 2016.