Troisième vendredi de mobilisation : Un autre rendez-vous avec l’histoire

Mourad Slimani, El Watan, 7 mars 2019

La mobilisation née le 22 février dernier voit de plus en plus grand et devrait le démontrer ce vendredi 8 Mars. Un autre rendez-vous avec l’histoire se dessine pour le pays à travers cette journée de protestation, qui s’annonce comme une autre apogée à toutes les formidables énergies qui se sont exprimées depuis des semaines, et irréversiblement engagées dans le refus de ce 5e mandat et du système qui l’a osé.

Dopée par la réussite spectaculaire des grandioses marches du 1er mars dernier, la rue compte revenir à la charge demain avec la ferme intention de mettre fin aux dernières résistances du pouvoir.

Celui-ci, perd la voix de plus en plus, et durant toute la semaine, a brillé par une absence qui peut préfigurer une abdication durant les prochains jours.

Les nouvelles en provenance de Genève sur la santé de Bouteflika sont loin d’être rassurantes pour ses soutiens, et fragilisent de plus en plus une position déjà intenable avant son hospitalisation.

Ainsi en est-il des partis de l’alliance, pratiquement perdus de vue depuis vendredi dernier. Des «désertions» en série sont par ailleurs signalées chaque jour dans les rangs de ces «organisations de masse» et groupements professionnels, transformés en bannerets institutionnels au service de Bouteflika.

La mutité qui s’est emparée également du gouvernement et de ses ministres, d’habitudes si inspirés et volontaires pour défendre le Président, contraste avec la parole profuse que reprend cette Algérie qui sort dans la rue, dans toutes ses composantes, et tranche qu’elle ne vivra plus comme avant.

Symptomatique(s) du moment, les interventions solitaires du vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, accentuent l’impression d’une vacance de pouvoir et le caractère exceptionnel et décisif de ce qu’est en train de vivre le pays.

Dans la semaine, les étudiants, qui représentent cette Algérie renouvelée et tendue vers l’avenir, ont maintenu admirablement la flamme de la protestation, toujours en préservant ces caractères pacifiques, et même créatifs, qui font l’admiration du monde depuis le début du mouvement de contestation.

De nombreuses organisations, des hommes politiques, des personnalités nationales emblématiques appuient sans réserves cet élan national vers le renouveau.

L’élection du 18 avril, de plus en plus disqualifiée et anachronique, réduite à une sorte de bruit de fond par les événements, n’intéresse plus que quelques figurants, après les renoncements décidés par les Makri, Benflis, Louisa Hanoune…

Le retrait, hier, de Mokrane Aït Larbi du staff du candidat Ali Ghediri prive ce dernier d’une caution qui aura sans doute des conséquences fatales sur l’ambition présidentielle du général à la retraite.

C’est dire si la rue a déjà imposé son propre agenda, au pouvoir mais aussi à l’opposition, et qu’elle est en passe de dicter une décantation profonde des enjeux du moment. Les appels à la mobilisation se sont multipliés durant toute la semaine, et rivalisent en détermination et en créativité.

A moins d’une intrusion malheureuse et suicidaire de l’appareil de répression, la journée de ce vendredi s’annonce comme celle d’une autre victoire historique de la mobilisation pacifique et de l’espoir.