Mobilisation pacifique dans plusieurs communes à Boumerdès

Ramdane Koubabi, El Watan, 23 février 2019

Des milliers de personnes de différentes communes de la wilaya de Boumerdès sont sorties hier dans la rue pour exprimer leur rejet d’un 5e mandat du président Bouteflika et réclamer le départ du système.

Ni les menaces de déstabilisation du pays, ni les tentatives de diabolisation de l’appel anonyme lancé sur le réseau social n’ont eu raison de la détermination des manifestants à crier leur soif de changement.

Que ce soit à Bordj Menaïel, Naciria, Boumerdès, Issers et Boudouaou, la rue a vibré des heures durant au rythme des slogans anti-Bouteflika et son clan. «Le temps du FIS et des barbus est révolu.

Le pouvoir veut nous faire peur pour se maintenir, mais nous nous ferons tout pour nous en débarrasser, car il a mené le pays à la dérive», lance un jeune à Bordj Menaïel, une commune de 100 000 habitants qui vit un marasme sans précédent à cause du chômage et de la crise de logement. «On n’a qu’une seule usine ici. La filiale de Socothyd qui employait des dizaines de personnes a été fermée depuis plus de 15 ans. Malgré tous les problèmes, les Ould Abbès, Sellal et Ouyahia nous insultent matin et soir en tentant de nous faire croire que l’Algérie est mieux que le Suisse», ajoute-t-il.

La mobilisation des manifestants a commencé timidement dans la matinée avant de prendre de l’ampleur après la prière du vendredi avec l’improvisation d’une marche au boulevard Amirouche. Munis de pancartes, les marcheurs ont scandé plusieurs slogans hostiles au système. «Bouteflika, le Marocain, il n’y aura pas de 5e mandat», «L’Algérie libre et démocratique», n’ont-ils eu cesse de crier.

A Boumerdès, la marche qui se voulait pacifique a failli dégénérer à maintes reprises suite à l’intervention de la police qui tentait de la circonscrire. Mais les manifestants ont fait preuve de civisme et de grande maturité. La procession qui avait débuté avec 30 personnes devant la mosquée Ibn Khaldoun a grossi à mesure qu’elle avançait à travers les grandes artères de la ville.

A Naciria, une commune frondeuse, des centaines de citoyens ont battu le pavé. «Pouvoir au peuple», «20 ans barakat», «Système dégage», ont-ils écrit sur certaines banderoles. Malgré les tentatives de manipulation orchestrées par les partisans du 5e mandat, l’action s’est déroulée dans le calme sous les regards médusés des policiers. «Moi, je m’en fous de celui qui a appelé à cette marche.

C’est l’objectif qui m’intéresse. Pour le moment, on est là pour dire à ce système : dégage ! Le reste viendra après. On ne doit pas précipiter les choses et entrer dès maintenant dans des débats stériles et des querelles qui n’arrangent que le pouvoir», analyse un militant associatif. A Boudouaou, la mobilisation était de moindre importance. Ici, le nombre de spectateurs était égal à celui des marcheurs. «Et vous ! Vous vous sentez bien dans ce pays ? Qu’attendez-vous pour nous rejoindre. Quand on défend une cause juste, même le Bon Dieu sera avec nous.

L’histoire vous condamnera car votre silence ne fera que perpétuer le système», lance un manifestant à l’adresse d’un groupe de personnes qui se contentait de filmer leur action. Aux Issers, outre l’organisation d’une marche au centre-ville, la population a tenu à dénoncer le squat dans la soirée de jeudi de logements sociaux à El Hamri, et demande l’intervention de l’Etat pour les libérer. «A chaque mouvement ses opportunistes», réagit un citoyen de la localité qui n’a pas manqué de descendre dans la rue pour dénoncer le 5e mandat de Bouteflika.