Protestation contre le 5e mandat : Les autorités jouent la prudence

Salima Tlemcani, El Watan, 19 février 2019

Alors que des rumeurs sur des marches contre le 5e mandat se multiplient sur les réseaux sociaux, les craintes de dérapages s’amplifient et des appels à la «vigilance» se font de plus en plus nombreux.

D’abord sur la Toile, où des internautes publient régulièrement des mises en garde contre d’«éventuels dérapages», mais aussi contre «ceux qui veulent récupérer la colère».

Du côté officiel, c’est le ministère de la Défense nationale qui réagit par une déclaration lue par son directeur de la communication, le général-major Boualem Madi, à l’occasion de la célébration, hier, de la Journée du chahid (martyr). Dans ce message, l’officier supérieur a exhorté les Algériens à «être plus que jamais vigilants en raison des défis géostratégiques régionaux et internationaux qui s’imposent au pays» et «des tentatives de déstabilisation dont il a fait l’objet».

Lui emboîtant le pas, Abdelmalek Sellal, directeur de campagne du Président-candidat et ex-Premier ministre, profite de sa rencontre avec les responsables de l’Union nationale des femmes algériennes (UNFA) pour exprimer sa position par rapport à cette colère contre le 5e mandat.

Pour lui, «les gens ont le droit d’exprimer un avis différent» qu’il dit respecter, mais souhaite que «ces manifestations se déroulent dans un cadre pacifique et qu’elles ne soient pas porteuses de dérapages», parce que, souligne-t-il, «personne n’a intérêt à ce que la situation échappe au contrôle».

Même si ces craintes sont perceptibles, les plus avertis restent prudents. Pour eux, ces manifestations «peuvent avoir lieu dans le calme, si les autorités ne tentent pas de les empêcher par la force ou la provocation. L’exemple a été donné, le week-end dernier à travers les marches de protestation qui se sont déroulées à Kherrata et à Jijel, sans qu’elles soient émaillées par un quelconque incident.

Durant des heures, les manifestants ont scandé des slogans hostiles au 5e mandat, sans grabuge ni intervention policière». Contactées, des sources sécuritaires affirment que la situation «n’est pas aussi grave que certains la présentent. Tous les appels aux actions de rue sont suivis de près et pris en charge par les institutions concernées.

Le niveau d’alerte maximum est maintenu depuis le mois de décembre dernier. Pour l’instant, aucune directive n’a été donnée, à part celle d’assurer la sécurité des candidats à la candidature et des lieux où il y a une forte concentration du public, comme les stades par exemple ou les marchés,  les universités, etc.» Nos sources expliquent que les forces de sécurité (police et gendarmerie) n’interviennent que sur «réquisition» de l’autorité.

«Elles sont réquisitionnées soit pour empêcher tout attroupement sur la voie publique en recourant à tous les moyens nécessaire, y compris de la force, soit pour assurer la sécurité des biens et des personnes, en faisant en sorte qu’il n’y ait pas d’actes de violence ou de dégradation», expliquent nos interlocuteurs, qui précisent néanmoins que «les consignes de la hiérarchie ne sont pas alarmistes.

Elles vont plutôt dans le sens de la prudence et de la vigilance. Certains appels relayés par les réseaux sociaux ne risquent pas d’être suivis, soit parce qu’ils sont porteurs de risques, soit parce que leurs initiateurs sont loin d’être crédibles. D’autres par contre peuvent être suivis dans certaines villes du pays, où une partie de la population pourrait occuper la rue.

Ce n’est pas la première fois que cela arrive. Des marches imposantes ont déjà eu lieu dans ces régions sans qu’elles soient émaillées par des incidents. Les services de sécurité ont été réquisitionnés pour faire en sorte que ces manifestations se déroulent dans le calme, sans dérapage et sans acte de violence».

En fait, pour tous nos interlocuteurs, les risques d’actes de violence «ne peuvent être totalement éliminés. Il y aura toujours des fauteurs de troubles ou des individus malintentionnés qui profiteront des rassemblements pour commettre des actes de violence ou tenter de pousser vers l’irréparable.

C’est là qu’interviennent les forces de sécurité, dont la mission principale est de protéger les biens et les personnes en encadrant les regroupements publics». Les appels à la vigilance ne doivent pas concerner uniquement les organisateurs et les citoyens, mais également ceux qui sont censés assurer la sécurité.