Présidentielle 2019: Une campagne avant l’heure et des protestations

Yazid Alilat, Le Quotidien d’Oran, 17 février  2019

La campagne électorale du président-candidat Abdelaziz Bouteflika est pratiquement lancée, un peu plus d’une semaine après l’annonce officielle de sa candidature au scrutin du 19 avril prochain. Et, surtout, avant la fin de la date-butoir de clôture de retrait des formulaires de candidature, prévue le 3 mars prochain.

Après la démonstration de force, jeudi, à la Maison du Peuple du 1er Mai, avec les syndicalistes, le directeur de la campagne présidentielle, M. Abdelmalek Sellal, est allé, hier, samedi, à la rencontre des membres de l’UNPA, dont le SG, Mehdi Alioui avait promis 4,5 millions de votants au président. M. Sellal a expliqué aux participants à ce meeting, notamment, les objectifs de la conférence nationale inclusive programmée par le candidat Bouteflika, s’il est élu. «Il s’agit d’une conférence nationale consensuelle à laquelle tout le monde sera convié», a-t-il dit, avant de préciser qu’ «on sortira avec une stratégie nouvelle pour parachever l’édification de l’Algérie. Il s’agit là d’une proposition démocratique». Réaffirmant que la maladie ou l’état de santé de M. Bouteflika ne l’empêche pas d’exercer ses fonctions, M. Sellal a expliqué, sur les réalisations du président durant les quatre derniers mandats que «les chiffres sont là. Les indicateurs financiers et économiques de ces quatre dernières années sont meilleurs que ceux des cinq années précédentes, et ce, dans tous les secteurs. Cela prouve que le président a ses hommes forts et son peuple qui le soutiennent. Evitant de parler de la crise économique et financière, l’ex-Premier ministre a ajouté que «même avec la chute des prix du pétrole, on n’est pas en crise asphyxiante. Je comprends que certains puissent faire douter, c’est normal. On est en campagne, mais les chiffres sont têtus.»Celui qui a conduit les trois dernières campagnes électorales de Bouteflika (2004, 2009 et 2014) a ajouté que «le président de la République est l’artisan de la politique économique du pays», a insisté l’ancien Premier ministre. D’autre part, il s’est attaqué aux «adversaires» de Bouteflika, les accusant de «noircir la situation plus que de raison», avant d’admettre que l’Etat «a négligé certains aspects», notamment la prise en charge des aspirations des jeunes. «La question des ‘harraga’ est un phénomène social», a-t-il également relevé, avant de souligner que les jeunes Algériens, tentés par ce phénomène, ne sont pas dans le besoin, mais «se sentent étouffés».

Jeudi à la Maison du Peuple du 1er Mai et devant une salle bondée de syndicalistes, il avait annoncé que «Abdelaziz Bouteflika envisage de mener des réformes politiques et économiques profondes, s’il sera réélu, le 18 avril 2019.» Il a, également, confirmé que la Constitution sera réformée, expliquant qu’« il n’est plus possible pour l’Algérie d’avancer vers l’avenir avec les lois actuelles et l’économie actuelle. Les réformes sont nécessaires. «Mais,le président ne peut pas proposer ces réformes s’il n’existe pas un consensus national global de toutes les parties, de l’opposition, des autres partis et de tous les représentants du peuple algérien dont l’UGTA», a-t-il dit, avant d’affirmer que «des réformes globales et nécessaires seront menées». «De grandes réformes nous attendent comme la révision de la Constitution, comme probablement le changement du modèle économique et comme des changements politiques», assure, également, M. Sellal pour qui «ces réformes se feront en consultation avec tous les citoyens». Hier samedi, devant les membres de l’UNPA, il a confirmé que la conférence nationale «inclusive» et du «consensus» se tiendra, cette année, dans le cas de la réélection de Bouteflika.

La campagne électorale du Président Bouteflika est lancée avec les sorties de son directeur de campagne, mardi, chez les moudjahidine, jeudi chez les syndicalistes et samedi chez les «paysans» et les organisations estudiantines. Au sein de l’émigration, ce sera Djamel Bouras, député FLN pour l’émigration, qui a été désigné « directeur de campagne» pour la diaspora algérienne, à l’étranger.

Dans le camp de l’opposition, le Parti des Travailleurs n’a toujours pas pris de décision quant à sa participation à ce scrutin. Vendredi, sa SG générale Louisa Hanoune avait indiqué, devant les membres du Bureau politique que la décision de la participation ou non du PT «sera prise ultérieurement par le Comité central», mais aucune date n’a été donnée. Dans la foulée, elle a expliqué que «même le chef d’état-major, lui aussi est rentré dans la campagne politique pour un nouveau mandat pour le président de la République.» Elle a ajouté que «le chef d’état-major avait déclaré récemment que l’Armée ne s’ingérera pas dans la politique et ne permettra à personne d’entraîner l’institution dans ce domaine, en rappelant ses missions constitutionnelles. Où est la neutralité de L’ANP ?», s’est interrogée Louisa Hanoune.

Par ailleurs, les déclarations de M. Sellal selon lequel la candidature de M. Bouteflika n’est «rejetée» ni en Algérie, ni à l’extérieur, ont été démenties par des manifestations enregistrées, hier samedi, près de Béjaia. Plusieurs centaines de personnes, en particulier des jeunes, avaient marché à Kherrata contre le 5ème mandat. En sillonnant les artères de cette petite ville, les manifestants scandaient des slogans hostiles au 5ème mandat où des slogans habituels en Kabylie, dont ‘Oulach Smah Oulach’, ‘Pouvoir assassin’. Ensuite, les manifestants ont observé une minute de silence «à la mémoire de toutes les victimes, depuis 1954 à nos jours». Enfin, la proposition de Abdallah Djaballah, d’une candidature unique de l’opposition ne semble pas trouver, pour le moment, un écho favorable au sein de l’opposition, d’autant que le RCD et le FFS ont déjà annoncé qu’ils boycottaient ce scrutin.