Opposition au 5e mandat : Le ton monte

Abdelghani Aichoun, El Watan, 14 février 2019

Des voix de plus en plus nombreuses expriment le rejet d’une candidature du Président sortant à un 5e mandat à la tête de l’Etat. Ali Benflis déclare douter de l’authenticité  du message «attribué» à Bouteflika, alors que le mouvement Mouwatana appelle à une journée de protestation le 24 février prochain.

«Le Président est absent depuis des années à cause de la maladie. Ce sont ces forces extraconstitutionnelles qui se sont accaparé les centres décisionnels qui sont derrière ce 5e mandat. Et je n’accepterai jamais cela», a déclaré l’ancien chef du gouvernement.

Le président du parti Talaie El Hourriyet, Ali Benflis, persiste et signe : «Le 5e mandat propulsera le pays vers l’inconnu.» L’ancien chef du gouvernement s’est exprimé, à ce propos, sur la lettre-programme de Abdelaziz Bouteflika, rendue publique il y a trois jours via l’agence officielle. D’après lui, «il y a un problème d’authentification de la signature de la lettre d’intention». «Une lettre a été rendue publique il y a trois jours.

C’est une lettre attribuée au chef de l’Etat. J’ai des questionnements par rapport à son contenu. C’est un problème d’authentification de la signature. Qui est derrière cette lettre ? Si elle était du président, qu’il parle au peuple», a déclaré Ali Benflis à la chaîne de télévision France 24. En d’autres termes, le premier responsable du parti Talaie El Hourriyet serait convaincu que ce n’est pas Bouteflika qui en est l’auteur.

Du moins, il émet de sérieux doutes. A cet effet, celui-ci a réaffirmé, encore une fois, que «ce sont des forces extraconstitutionnelles qui sont derrière ce cinquième mandat» qui représente, d’après lui, «un saut vers l’inconnu». «Le Président est absent depuis des années à cause de la maladie. Ce sont ces forces extraconstitutionnelles qui se sont accaparé les centres décisionnels qui sont derrière ce 5e mandat. Et je n’accepterai jamais cela.

Ce n’est pas un 5e mandat de Bouteflika, c’est un 1er mandat de ces forces extraconstitutionnelles», a-t-il déclaré à ce propos. Et ces «forces extraconstitutionnelles», qui «ont bénéficié d’avantages durant ce 4e mandat, ont intérêt donc à rester dans le centre de décision», ce sont «les forces de l’argent sale, des médias corrompus et de tous ceux qui profitent de l’absence du Président».

Pour ce qui est de la proposition faite par Abdelaziz Bouteflika d’organiser une conférence nationale et de procéder à une révision de la Constitution s’il est élu, contenus dans cette lettre «non identifiées», Benflis s’est demandé «si c’est possible qu’après vingt ans de gouvernance, on s’adresse au peuple pour lui dire qu’on va réussir à faire durant le 5e mandat ce qu’on n’a pu faire durant les quatre précédents ?»

Pour ce qui est de la Constitution, le président de Talaie El Hourriyet a tenu à rappeler que celle-ci «a déjà été révisée durant les deuxième, troisième et quatrième mandats», et d’ajouter que «les mêmes promesses de réforme ont été faites lors de ces mandats», notamment dans «la lettre du quatrième mandat».

Quant à un prétendu «soutien» de l’Etat français à un 5e mandat, Benflis dira ne pas détenir d’informations dans ce sens. Au vu de tous ces éléments, le président de Talaie El Hourriyet se présentera-t-il quand même à l’élection présidentielle, lui qui a retiré les formulaires de parrainage ? L’ancien chef du gouvernement a encore une fois rappelé que c’est au comité central de son parti, qui se réunira à la fin du mois en cours comme il l’a indiqué, de prendre la décision qui s’impose.

En tout cas, eu égard à la position d’Ali Benflis par rapport au «5e mandat», il est fort à parier que Talaie El Hourriyet fera l’impasse sur cette élection présidentielle, même si Ali Benflis affirme qu’il soutiendrait une candidature unique de l’opposition si jamais il y aurait un consensus autour de cette question.